LEE
DR na MY ob
Christ, mon cher M. Basile, n'a pris la verge qu'une seule fois dans sa vie, lui, et c'était pour chasser les marchands du temple, c'est-à-dire ceux qui comme votre école, se servent du sanctuaire pour faire de l’agiotage politique et satisfaire leurs ambitions mondaines.
Réfléchissez bier à cela, M. Basile; et puisque nous en sommes à parler de l'Evangile, je vous rappellerai, ce que vous oubliez trop souvent, si vous l’avez jamais su, que St. Luc a écrit quelque part : ‘ Ne jugez pas autrui si vous ne voulez pas être jugé vous-même.” Je soumettrai aussi à vos dévotes méditations ce que Jésus disait du pharisien hypocrite qui se tenait debort dans le devant du temple, et les paroles que St. Mathieu adressait à ‘ceux qui aiment les siéges élevés dans les synagogues et qui veulent être appelés Rabbi.”
Vous êtes fort sur les faux-fuyants, M. Basile. Vous essayez de déplacer la question en citant certains vers où j'ai stigmatisé la conduite de nos hommes d’État infidèles à leur mission, et pour rejeter sur moi la responsabilité de l'agression, je suppose, vous avez l'air de prendre cela comme vous étant adressé, Je proteste, M. Basile, que telle n’a pas été mon intention ; en écrivant cela, je ne pensais guère à vous, je vous l’affirme. Mais si vous trouvez que le bonnet vous convient, c’est votre aftaire.
Tandis que vous étiez en frais, vous auriez pu citer aussi mes vers à l'adresse des histrions sacrilêges qui tendent des piéges aux croyances du peuple, et dressent leurs tréteaux. jusques à l'ombre des autels ; ou bien encore les strophes où je dis un mot de ceux qui donnent à leurs tripotages politiques le sanctuaire pour décor, et jettent dans le même pla-
teau de la balance la loyauté du prêtre avec le baiser de Judas. Puisqu'il vous fallait absolument un bonnet, celui-là vous aurait encore mieux coiffé, M. Basile,
Tenez, mon ami, prenez un conseil; mettez votre religion un peu mieux en pratique, et inquiétez-vous un peu moins de la manière dont les
autres remplissent leurs devoirs religieux. Nous
en serons beaucoup mieux, et vous n’en serez pas pire. La religion bien comprise est trop belle et trop sainte, pour qu'on'doive la mettre ainsi à toutes les sauces, et s’en faire un instrument à satisfaire ses petites passions. Au lien de faire aimer l'Eglise, vous la feriez détester, si l’on ne connaissait mieux cette divine doctrine prêchée par celui qui disait à ses discipl:s: “ Apprenez de moi à être doux et humbles de cœur. ”
Encore un mot, M. Basile.
Vous dites: “ M Fréchette a beau protester “ qu'ilne m'en veut aucunement, et que mes criti- “ques ne lui ont pas déplu le moins du monde, il “me doit pas avoir oublié la lettre d’injures qu'il “m'écrivait de CFicago, après la publication de mes ‘articles. ?”
Eh bien, M. Basile, je vous défie de mortrer une seule ligne de ma part eù je me plaigne de vos appréciations littéraires. Si je vous ai écrit de Chicago, ce n’a dû être que pour vous faire remarquer que vous crachiez naïvement en l'air en m'accusant de léchelé, parce que je ne m'éte. pas enrôlé dans les zouaves pontificaux ; et pour vous souffler à l'oreille que de semblables mots peuvent devenir malsains dans la bouche de ceux qui les adressent à des gens qui ne demeurent pas à qua: tre cents lieues de distance. Vous avez prouvé de-
En
—22— puis que vous m'aviez fort bien compris, M.
. Basile. (#)
Je terminerai, pour cote fois, en vous priant de ne plus mettre entre guillemets des phrases de votre crû, afin de me les attribuer. Vous sentez que je ne tiens pas absolument à signer vos œuvres.
Vous dites qre vous n'avez ; pas fini, A bientôt donc, M. Basile! Si vous désirez une nouvelle râclée, il y a encore du bois vert.
Lundi, 27 novembre 1871.
(*) Bien qu'il m'eût menacé de publier cette lettre, M. Routhier ne l’a jamais fait, malgré ce défi.
tôt
hier