‹ Lettres à Basile [microforme]Chapitre 7 sur 18 · L QUATRIEME LETTRE · texte numérisé non relu

L QUATRIEME LETTRE

Mon cher M. Bazile,

Ah ! par exemple vous êtes trop exigeant. J'ai tout fait pour vous être agréable. J'ai même renoncé aux figures de rhétorique qui n’ont pas l'honneur de vous revenir, et voilà que vous voulez me priver du plaisir de vous donner le nom si euphonique que, dans un moment de prophétique inspiration, votre parrain a cru le plus propre à désigner votre intéressante individualité. En cela, parait-il, je me rends coupable d’une inconvenante familiarité. Vraiment M. Basile, vous vous autorisez. si souvent de notre vieille amilié, pour pour me décocher une foule de petits traits plus ou moins assasins, il me semble que je puis bien m'en prévaloir jusqu'au point de vous appeler par votre petit nom. Et puis, vous l’admettrez, ce nom là a je ne sais quel cachet particulier ; il a comme un parfum de......de quelque chose quoi : enfin il me plait. Basile ! cela en dit si long en quelques lettres ; cela peint si bien mon homme ! Il est probable que cest précisément pour cette raison-là, que ce doux nom vous turlupine tant. Ma foi, tant pis, je n’y puis rien. Je me svis prêté jusqu'ici « presque toutes vos petites exigences ; mais sur ce point,—inutile pour vous d'y revenir si souvent,—je suis inflexible comme un dieu terme. |

Donc, Basile tu as 6té et Basile tu seras. C'est plus fort que moi.

Vous n'avez pas le droit de vous plaindre, du reste, Il me semble que je suis accommodant RUUIL 1 À comme pas un. Voyez! vous m'accusez d'avoir HT des défauts : je ne le conteste pas : l'Imitation nous , JURA enseigne qu'il faut se mépriser soi-même. Vous

prétendez que j'ai peu ou point d'esprit : je m’en

glorifie en songeant que vous appelez les Dupan-

| loup, les Thiers, les Favre, les Simon, les Pelletan, {I les Picard, des phraseurs sans science vérilable. Vous IE insinez avec grâce que ma clientèle ne vaut pas la il votre : je suis d’autant mieux disposé à l’admettre que je n’ai jamais fait la combette au gouverne-

ment pour obtenir |: charge d'avocat de la Cou-

Al | ronne pour le district de Kamouraska. Vous dites

pe que je n’ai aucune notion de savoir vivre et de

LIRE bonne éducation : je ne m'en affecte guère, attendu

| que je trouve un correctif très-éloquent dans vos

| Causeries, où vous me donnez le doux nom d'ami presque à chaque ligne. Enfin, vous ajoutez que | mes vers ne valent rien : c’est bien triste, mais je

HU 1 me console en me rappelant que vous m'avez prié

il : plus d’une fois de corriser les vôtres.

(A Convenez q> je prends bien les choses, M Basile.

À Et puis, voyez donc ! Vous m’appelez traître, malador, gamin, scapin ; vous me jetez à la figure Les mots de niaiseries de mensonge de police correction nelle ; que dis-je, vous êtes assez impitoyable pour

HU TL m'écraser sous l’épithète horripilante d'exilé chica-

gli. | gouin.….et je ne rétorque pas. Avouez-le, M. Basile,

LEE yous avez rarement rencontré un adversaire,

(RE d'aussi bonne composition que moi. :

C'est peut-être ce qui vous a engagé à prévenir

le public que notre polémique doit encore durer

trois mois, à moins que vous ne l’ayez fait pour

IA

vous excuser de mettre quinze jours à répondre à chacune de mes lettres. Dans tous les cas, je n'oserais pas, assumer la tâche de vous suivre, si longtemps : et cela pour deux raisons. D'abord, je ne suis point payé à tant la ligne, moi ; et puis si je dois juger de vos prochains articles d’après ceux que vous avez déjà publiés, le débat me semble à peu près clos à l'heure qu'ilest. En effet, vous avez tout rengaîné et tout avalé. Vous n'avez pas maintenu un seul de vos avancés ; vous n’avez pas paré une seule de mes attaques, et dans votre dernier article surtout, vous abandonnez entièrement le terrain sur lequel avait commencé la contestation.

Voyons si la chose n’est pas exacte.

1o Vous m'avez accusé d'irréligion et d'impiété : —rengaîné !

20 Vos avez écrit que j'avais diffämé les institutions de mon pays :—rengaîné !|

£o Vous m'avez taxé de lâcheté pour ne m'être pas enrôlé au service du Pape :—rengaîné !

40 Vous avez prétendu que les libéraux canadiens qui se disent catholiques sont les hypocrites : —rengainé |

5o Vous les avez montrés comme des euuviuis de l’ordre et de la religion :—rengainé !

60 Vous avez avancé que j'étais blessé de vos appréciations littéraires, et que vous aviez une lettre pour le prouver :—rengaîné !

Voilà M. Basile, le chapitre de vos reculades, passons à celui des pillules qu'il vous a fallu digérer :

10 Je vous ai pris en flagrant délit de mesquine réclame :—avalé !

20 Je vous ai accusé de faire le nécessaire auprès

Ja —

du clergé dont les plus hautes autorités vous répudient orvertement :—avalé !

80 J'ai fait voir le suprème ridicule de votre, raisonnement au sujet des grandes questions qui. intéressent le pays :-—avalé ! |

40 J'ai montré votre école se servant du crucifix comme d’un marchepied, et du sanctuaire comme, d’un tripot :—avalé ! | |

50 J'ai prouvé que, tout en faisant si grande parade de vos principes religieux, vous fouliez aux pieds les enseignements de l'Eglise dons vos dis

cussions scandaleuses :—avalé ! :

J'en passe et des meilleures,

Vous sentez bien, M. Basile, qu'en face d'un adversaire de cette force un homme sérieux n'a rien de mieux à faire qu’à cesser toute discussion, à moins que, comme moi, il ne s'amuse à rire des divagations d’un esprit malade qui vous :épond Carcasonne, lorsqu'on lui parle Pontoise. Je vous l'ai déjà dit, on aime à rire, et c’est à cette circonstance que vous êtes redevable de l'attention qui s'attache à notre petite polémique, et de la complaisance que je mets à vous faire poser.

D'honneur, je vous croyais plus fort, M. Basile. Je m'attendais a des sophimes, à quelque chose enfin ; mais non, rien ! moins que rien !

Des raisonnements de la force de celui-ci, par exemple : M. Fréchette n’a pas le droit de citer les auteurs sacrés, lui qui a commis des philippiques comme la Voir’ d'un Exilé ; et deux longues colonnes pour délayer cette ineffabilité !

Voyons M. Basile, tendez les oreilles, et essayez de comprendre. En supposant même que j'aurais manqué aux préceptes chrétiens en attaquant polttiquement des hommes politiques, je ne me suis

Le

Fu jamais faït fort de parler au nom de lareligion, moi.

Müis vous, M. Busile, quand vous vous posez en’

modèle de toutesles vertus, en défenseur de l’arche d'alliance, en interprète infaillible de la doctrine évangélique, n’ai-je pas le droit de vous-dire que vous méconnaissez cette même doctrine, en éclaboussant à cœur-joie la réputation de votre prochain, eten essayant de faire le la religion la complice de vos haînes injustes et de vos ambitions

mesquines ? Comprenez-vous M. Basile, que nous ne sommes pas dans les mêmes conditions : et qu'en citant les pères de l'Eglise et les évangélistes qui parlent de charité, je n’ai pas.eu la prétention de me donner comme inattaquable sous ce rapport, mais que tout se réduisait à vous dire : Médecin, guéris-toi, toi-même ?

Vous devez saisir la chose M. Basile ; cela me semble assez clair, même pour vous !

À propos de la Voix d'un Exilé, si vous tenez, — comme tout me porte à le croir:,—à ce que le Nouveau-Monde la reproduise en entier, je pourrai vous en adresser la dernière édition, M. Basile. vous y trouverez certaines notes explicatives, appuyées sur des faits de notoriété publique, qui vous édifieront complètement au sujet de certaines choses que vous feignez de ne pas comprendre, telles que l’idyle de la …«atineau, par exemple

Cela pourra en même temps intéresser tout parti:

culièrement les lecteurs du Nouveau- Monde, dont le rédacteur en chef (à cette époque) était l'un des héros de cette romanesque aventure. Du reste, il y en apour hien des gens, car la nomenclature est jolie. Les éplogues de Kamouraska n’y figurent pas’; mails qu'à cela ne tienne, je puis ajouter un post-scriptum qui relaterait par exemple les faits

et gestes d’un saint homme que vous connaissez, lequel fut troublé, un soir, dans ses nocturnes et. sentimentales œuvres de piété, par des mauvais plaisants qui lui présente.ent un certain vase qui n’est point le pot aux roses. C’est à votre service M. Basile.

Comme vous êtes gauche 2 aussi ! On dirait que vous ne vous étudiez qu'à me donner des armes. pour vous combattre, Ainsi par exemple, tout en me gratifiant des jolies épithètes que je citais plus haut, vous avez l’aplomb de dire que je glisse sur la pente de l'invective ; et à l'appui de celte assertion, vous avancez carrément qué je vous ai appliqué le mot de race de vipères. D'abord, vous avez rêvé cela, M. Basile ; maïs l’eussé-je fait, qu'auriez-vous à dire ? N'’avez-vous pas écrit cette phrase dans vos Causeries du Dimanche, en parlant de St. Jean- Baptiste :..... ‘les Pharisiens baiïssaient la tête devant ce langage énergique que notre siècle efféminé appelle violent et dont le Christ s’est servi tant de fois, race de vipères, etc... ? ”

Plus loin, vous jurez vos grands dieux, avec un sérieux impayable, que pendant votre élection—en 1867 |—vous n'avez jamais traité votre adversaire, M. Pelletier, de démolisseur de colonnes et d’as- -sassin de Mgr. Darboy. Elle est bonne la farce ! Maissongez donc, mon cher M. Basile, qu'à cette époque, Mgr. Darboy se portait fort bien, et la colonne aussi !...Mais vous êtes d’une naïveté incrovable, ou bien vous conspirez contre ma vie : vous avez juré de me faire crever i

Vous niez aussi avoir voulu faire la leçon à Mgr. de Québec, qui a publiquement traité les libéraux comme des catholiques. C’est bien ; j'aime à vous voir, une fois au moins, à la question. Mais dites-

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