‹ Lettres a David, sur le Salon de 1819Chapitre 15 sur 36 · QUINZIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

QUINZIÈME LETTRE

( Industrie française. )

Tout ce qui peut concourir à l’illustration de la

patrie et à son bonheur vous est cher comme Fran-» çais et comme artiste ; les produits de notre industrie^ et des arts qui tiennent tous à l’étude du dessin , pourraient- ils vous trouver indifférent? Peintre d’histoire, ils sont presque tous tributaires de votre génie ; nous n’en voulons pour preuve que cette fidélité que vous apportez à reproduire les détails et les accessoires. Elle fait voir qu’il est peu d’objets dans les créations de la nature , ou dans les travaux des hommes, qu’aient dédaignés vos études.

Quand on a le sentiment du beau on a celui du bon : c’est ce dernier qu’on doit sur-tout consulter dans l’examen des produits de l’industrie ; dans cette lutte laborieuse , il s’agissait d’abord d’ctre utile ; mais sans doute aussi de concilier l’élégance des formes, et de plaire aux yeux. L’exposition de l’an IX est encore présente à votre souvenir ; la France manufacturière et commerçante n’a point dégénéré ; après tant de maux soufferts , elle offre encore à notre admiration et à notre orgueil les mêmes trésors d’industrie qui naissaient dans son sein lorsqu’elle commandait au monde. Délivrée de la présence de l’étranger , elle veut briser plus d’un joug odieux, et s’affranchir des tributs que paya long tems aux autres nations le luxe de nos villes. Les richesses qu’elle déploie maintenant nous permettent d’assurer que ces espérances seront bientôt comblées. Tous les genres de produits arrivent à

un point de perfectionnement qui doit faire le désespoir d’une nation rivale.

Si les ouvrages de peinture et de sculpture exposés cette année au Musée ont droit à nos éloges; nous devons cependant convenir que l’exposition des produits de l’industrie détournent d’eux une partie de l’attention publique. 11 faudrait vos talens, mon cher Maître , unis à ceux des Gérard et des Girodet , pour lutter avec avantage contre cette foule de trésors dont la plupart , facilement appréciés et jugés par nos citoyens , se lient à une foule de vanités ou d’intérêts particuliers , et tous semblent des gages de nos prospérités à venir. En entrant dans ces salles immenses du plus beau palais qui soit au monde , en examinant les fruits variés de tant de nobles et utiles travaux, quel Français, digne de ce nom, ne se sentirait pas enflammé du saint amour de la patrie ? A l’aspect de tant de merveilles j’ai vu des étrangers , des Anglais eux-mêmes, ne pouvoir retenir un cri d’admiration.

On se plaît à rendre hommage au gouvernement , qui fait revivre ces concours ; ils contribueront à l’accroissement de la richesse nationale. D’honorables récompenses seront accordées aux fabricans qui ont porté les produits de leurs manufactures à un degré remarquable de perfection et d’économie. Au nom du Roi , le ministre promet sur-tout d’utiles encouragemens au génie inventif des artistes qui ont

créé de nouvelles machines , simplifié la maln-d’œtt^ vre, amélioré les teintures, perfectionné les tissa-^ ges , etc.

Nous applaudissons à ces vues. Outre les pris: accordés aux produits les plus remarquables, on a formé dans les départemens un jury de sept fabricans chargé de désigner les artistes qui ont le plus contribué au perfectionnement pendant les dix années qui viennent de s’écouler. Les récompenses seront distribuées en même tems que celles qui seront décernées aux produits exposés au Louvre.

Dans l’examen que nous nous proposons de vous présenter , vous nous permettrez de ne suivre qu’une marche irrégulière ; attendez-vous à passer tour-àtour des toisons de M. Maffrand , des poils de chèvre de M. Romanet , aux perruques de M. TelUer des cuirs de M. Gomarl^ à la crème de beauté de M"® Chaumeton ; des fusils de M. Roux , aux jouets d’enfans de M. Verdavenne. Les objets destinés aux palais des rois , ceux qui sont promis à l’in-^ digence , les produits de nos manufactures , ceux de la chimie , les inventions nouvelles , les mécaniques propres aux arts utiles , le fruit des arts d’agrémens , nous n’oublierons rien. En ne nous traçant pas un rigoureux itinéraire , nous croyons agir dans l’intérêt de vos plaisirs ; au milieu des trésors , qui n’aime à revenir sur ses pas ? D-

s fl i© '111 de

Page 1