II
presque rien à reprendre ; la tête, qui est charniante, me paraît trop petite;; la main droite est manieree , mais U est impossible de concevoir une idée plus riante, et de l’exécuter avec plus de grâce.
Caldélary , à qui son Androclès a fait beaucoup Caldélary. d’honneur il y a deux ans, a été moins bien inspiré cette année'. Sa statue du général Moreau est défectueuse sous. beaucoup de rapports. La tete ale double tort d’être sans aucune expression et de ne point ressembler ; le- manteau est mal jete. S il. faut le dire, en regardant l’ensemble de cette figure , on est tenté de croire ,, au peu d’études qui s’y fait remarquer, que- Caldélary n’a travaille que s.ur un mannequin. Croyez, Je vous prie , mon cher Maître , que nous ne critiquons aussi sevérement cet artiste qu’à cause du vif intérêt qu’inspire son talent.
Un jeune Spartiate vouant son bouclier à sa patrie. Ca,unoîs. La pensée de cette figure est noble et imposante ; mais on voudrait que l’exécution y répondit; elle est maigre et pauvre de formes. M. Caunois a étudié, la nature, mais l’a trop servilement copiée; il fallait l’em- JaeUir., Aurait - il pris pour modèle un de ces jeunes g, eus. qui sacrifient à l’Amour avant d’avoir connu sa mère ? Au surplus , lors même que M. Caunois aurait fait un mauvais ouvrage ( ce que je suis loin d’ayancer ) il aurait des droits à l’indulgence : son état est de graver sur médailles ; la sculpture n’est qu’un de ses délassemens; qu’il contiuue à les employer toujours ainsi. Son buste de Monrose , acteur que je yoüs. ai entendu appeler l’un des soutiens de lhalie
est d’une ressemblance parfaite , et très-bien modelé.
Debray. Je reviens à M. Debray père. J’ai cru devoir critiquer son S. Sébastien; mais sa Naïade, placée sous le numéro 1 249, mériteunehonorable mention. Cette figure a du style, elle est bien dessinée, et la pose en est gracieuse , sur-tout si on la regarde en arrière du côté gauche. Son bas-relief ( numéro 1 25o ) est bien composé , et si je pense que les nudités sont trop lourdes , j’aime à reconnaître qu’il est difficile Debray fils, de mettre plus dégoût dans les draperies. M. Debray fils a exposé un buste de Mlle C.... Lequel des deux, de M. Debray fils ou de Mlle C.... , a été condamné à l’exposition ?
Lemoyne. Galathée portée sur un dauphin se rend vers le berger Acis , son amant. Ce groupe en marbre a été exécute à Rome. M. Lemoyne a un dessin correct; il sent bien les formes; mais sa sculpture ressemble assez à de la sculpture d’ornement. La pose de sa Galathee est maniérée. Quant à l’Amour placé sur 1 épaulé gauche de la nymphe , si j’ose dire ce que j’en pense , il ressemble à un enfant qui n’est pas Lorta. venu à terme. L’Amour de M. Lorta est mieux; mais il n’est pas aussi joli que la note du livret : « Après avoir épuisé ses flèches, l’amour s’endort en- » toure de roses épanouies, résultat de ses con- » quêtes. » Le résultat de ses conquêtes me plaît beaucoup. Après une note pareille , M. Lorta était obligé en conscience de faire un chef-d’œuvre.
Roguîer. M. Roguier a recommencé la statue de Duquesne , ijue nous avons vue à l’exposition il y a deux ans , et
qui est toujours destinée au Pont - Royal. Ce brave Duquesne avait, il faut le croire , une figure bien malheureuse; en dépit de M. Roguier , il ressemble encore bien plus à un chef de flibustiers qu’à un amiral de France.
De tous les ouvrages que M. Romagnesi a exposés, le seul vraiment digne d’éloge, à mon avis, est son ■Candélabre allégorique. W est d’une richesse, d’une élégance et d’une pureté de dessin remarquable.
Avec un aussi beau nom que celui de Pigalle , on est bien coupable d’avoir fait deux bustes tels que ceux d 1 prince de Condéei de BI. comte du Cayla. R y a plus d’un noble descendant des preux conquérans delaTerre-Sainte qui ne se croient pas obligés d’être braves; il n’y a rien qui force le petit-fils de Pigalle à faire de la sculpture.
M. Jacquot apporte un nom tout nouveau dans les arts; tant mieux pour lui; il ne devra quh lui toute sa renommée. Sa Daphné annonce de bonnes études et d’heureuses méditations. Je dois aussi quelques éloges au Télémaque de M. Dan tan fils; cet ouvrage ne s’élève pas à une hauteur de talent bien remarquable , mais il y a des formes; on voit que l’auteur est dans la bonne route, c’est de la sculpture.
Aristo dévie au tombeau de sa fille , par M. Bra , sous le numéro i2i3 , est un ouvrage de beaucoup supérieur au Télémaque. Bl. Bra donne, dèsà présent, plus que des espérances. Ce jeune homme , s’il continue à travailler, est fait pour occuper, dans quelques années, un rang distingué parmi nos artistes.
Romagnesi.
Pigalle.
Jacquot-
Dantan.
Bra.
Un début , vous nous l’avez souvent dit , mon cher Maître , commande riudulgence. Les maîtres , dont la fortune est faite , ont les moyens de recommencer plusieurs fois un morceau ; un jeune artiste n’a pas les mêmes facilités ; un modèle coûte cher; il ne peut en avoir qu’un. Ses yeux , toujours frappés des mêmes formes , finissent par se blaser , sa tête se fatigue , et si le modèle prend une mauvaise pose , il la copie sans s’en apercevoir. Les fautes d’un artiste riche sont donc sans excuse quoiqu’on disent les têtes d’expression de M. Deseine. A. B.