‹ Lettres a David, sur le Salon de 1819Chapitre 30 sur 36 · VINGT-SEPTIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

VINGT-SEPTIÈME LETTRE

Paris, le i^r décembre 1819.

Mon cher maître ,

Nous vous avons parlé avec éloge du tableau de Lordon Lordon , représentant une Prédication de saint Marc. L’intérêt que vous avez pris aux progrès de ce jeune artiste nous a déterminés à mettre sous vos yeux le trait destiné à retracer l’ordonnance de son tableau ; c’est la meilleure manière de justifier l’opinion avantageuse que nous avons annoncée.

Nous avons à réparer une erreur , commise au dernier article de Granet, auquel nous avions attribué son portrait; nous devons aux égards que réclame le talent de M"® Bouthillier, de lui restituer l’honneur dû au pinceau féminin. Elle a su tromper notre oeil observateur , par la vigueur , la fermeté et le ton mâle de la couleur. Si nous n’avions déjà rendu justice à ses autres ouvrages , celui-ci serait notre condamnation, et notre impartialité serait compromise.

Un portrait de M. le comte de Pradel, par Mauzaisse, est d’un ton si franc et si vrai , qu’on croit voir la nature. L’artiste s’est écarté avec succès de la route

Girodet.

oiilinàii'c ) il îi'y ^ point lü de inonière ^ et 1e couleuF srgentine de 1e cErnEtion , 1e frEncliise du. pinccEu et la justesse des touches , donnent un mérite de plus à celui de la ressemblance. Nous avons vu avec plaisir Mauzaisse ajouter un nouveau genre de talent à celui que ses autres ouvrages ont déjà signalé .

Girodet n’a point voulu lasser notre admiration par une seule création , et fatigué , sans doute , des éloges outrés prodigues a sa Galatee , il offre a notre curiosité trois têtes d’étude et deux portraits.

Deux têtes, l’une de Mameluk et l autre de Dal— mate: la première exprime la douleur; elles sont d’une proportion presque double de nature , et dessinées avec une correction remarquable ; une tête d’Hercule , aux sourcils épais , aux cheveux hérissés , à la barbe noire , dont le regard est hors du tableau, et dans la même proportion que les precedentes ; telles sont les nouvelles preuves que vient de nous donner Girodet de la pureté de son crayon et de sa profonde instruction anatomique. Sous ce rapport, cet artiste n’a plus rien à prouver. Ces têtes font beaucoup d’effet ; mais cet effet n’est point vrai ; le ton de chair est systématique , on sent que le peintre veut etonner et non séduire.

Le portrait du violon Boucher fait a lui seul plus d’honneur au talent de Girodet , que les quatre te— tes dont il est entouré. Nous invitons lesconnaisseuis

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à observer les yeux de toutes ces figures, ils sont peints avec une telle transparence et une telle vérité , qu’ils semblent se mouvoir dans leur orbite. Nos observations ne dérobent rien au mérite de celui qui nous les suggéré , elles doivent lui faire ajouter foi à la sincérité de nos éloges.

Nous pensions , mon cher Maître , avoir tout dit Granet sur Granet ; mais il vient encore de mettre au Salon un nouveau tableau. Le sujet est une anecdote historique , puisée dans les annales romaines.

La belle Cenci, de la maison Borghèse, unissait à la plus magique beaule une fortune immense ; tout ceux qui la connaissaient aspiraient à lui plaire, mais aucun ne pouvait obtenir sa main. Son père même n’échappa point au pouvoir de ses charmes; il éloignait tous les partis et joignait aux désirs effrénés d’un amant le prestige de l’autorité paternelle; chaque jour voyait renaître ses persécutions. Elles lassèrent enfin la belle Cenci , qui , pour obéir aux conseils de sa propre famille, et pour éviter de succomber à des attaques qui lui faisaient horreur , se détermina à donner du poison à son père ; elle seule fut auteur de ce crime, dont personne n’eut connaissance. Mais sa conscience timorée ne lui permit point de le cacher à son confesseur, et celui-ci crut devoir le révéler au pape. Les richesses de la coupable tentèrent le souverain pontife ; il la fit arrêter et livrer au tribunal secret, qui la condamna à mort. Tous

Jîoisfremont.

ses biens furent confisqués au profit de Clément Vïïï» et la belle Cenci , au lieu d’être menée à l’autel que ses charmes et ses richesses lui promettaient, fut conduite à l’échafaud.

L’artiste a retracé l’instant ou l’on vient la chercher pour lui faire suhirson supplice ; Cenci, vêtue d’une draperie blanche et tenant un crucifix , sort du souterrain où elle était enfermée : elle est encore sous les voûtes ténébreuses du péristyle , dont les issues sont fermées par des grilles ; une file de pénitens noirs , coiffés de leurs capuchons et portant des flambeaux allumés , la précèdent ; le premier tient son mouchoir et semble pleurer. La triste Cenci est exhortée par deux pénitens noirs qui marchent à ses côtés ; un vieux cardinal la suit. Les soldats de la sainte-inquisition l’entourent et la suivent lentement, armés de longues hallebardes. Un pénitent attache sur la muraille la sentence fatale. Tous les détails sont vrais et piquans , l’effet est juste , il est digne du talent du peintre des capucins , qui nousa donné aussi son portrait. Ce portrait est peint d’un grand goût et d’un beau pinceau ; pour l’intelligence de ceux qui ne le connaissent pas , l’artiste a heureusement placé dans le fond du tableau une esquisse légère des moines barbus qu’il peint si bien.

Ulysse, sous la forme d'un mendiant , dit le livret , raconte à Pénélope , les longs malheurs de son époux.

Cette constante épouse , à demî-couchée sur un lit dè repos, baisse la tête et verse d’abondantes larmes sur 1 absence de celui qu’elle n’a point cesser d’ai~ mer. Une dé ses femmes , debout, appuyée près du dossier de son lit , file au fuseau ; elle sourit au mendiant, et sa jolie tête contraste avec l’expression, d’affliction de la physionomie de sa maîtresse. Cette composition simple et bien entendue plaît aux spectateur. Mais on voit trop que l’artiste n’a point été à. Ithaque , Penelope et sa suivante sont de piquantes. Françaises. La couleur est aimable , les draperies de. bon goût , le dessin coulant et sans prétention.

Nous croyons le mendiant assez ressemblant aux médailles du roi vagabond ; mais nous blâmons l’expression du livret : Ulysse n’est point sous la forme ,, mais sous le déguisement d’un mendiant ; la fortune ne change que l’habit.

L instant choisi par Drolling ppur représenter l’é;' Drollin îernelle histoire d’Orphée et d’Eurydice , est celui on Orphee , les bras étendus , voit Eurydice dans ceux, de Mercure , prête à disparaître pour jamais. Eu^ rydice, entouree de longues et légi^res draperies blanches , est posée avec un abandon plein de grâce. Orphée, nu, est assez purement dessiné; mais on lur désirerait des formes plus nobles. L’entrée des enfers, est d un bon effet. Drolling soutiendra le nom de son père, et il vient de prouver par le portrait d’un.

Bouillon.

Guillemot.

artiste , que nous avons sous les yeux , qu’il n’a pas moins de talent pour l’imitation de la vërilé que pour les sujets de la fable.

La résurrection du fils de la veuve de Naïm a été traitée par Bouillon , ainsi que par Guillemot ; mais , quoique différens de proportion , ces tableaux le sont encore plus par le mérite. La composition du même sujet a sous le crayon de Bouillon un effet et une ordonnance qui rappellent l’école du Poussin. Bouillon était depuis long-tems connu comme un de nos meilleurs dessinateurs , et si sa couleur eût été plus soutenue , plus vigoureuses , ses masses d’ombre plus déterminées , nous aurions bientôt compté sur un successeur du célèbre peintre français qui prit naissance aux Andelys.

On ne peut louer toutes les parties de ce tableau; le second plan semble d’une autre main que le premier , la composition n’en est pas heureuse , et cette file de spectateurs en perspective n’est pas d’un bon effet. L’artiste semble avoir épuisé tout son talent sur le jeune ressuscité et sur les acolytes qui l’entourent : le nu et les draperies sont traités d’un grand style ; mais le Christ n’est pas noble,, et cette mère agenouillée n’intéresse point; l’effet général n’est pas harmonieux.

Dans le tableau du même artiste , qui nous offre Mars surprenant Bhéa-Sylvia endormie , l’œil du spectateur se porte avec satisfaction sur cette mère

des fondateurs de Rome. L’imitation de la nature est parfaite, et ces belles formes , purement dessinées , font illusion. Cet ouvrage est poétiquement composé; ce Génie qui répand des pavots sur Rliea est plein de grâce. Nous n’en dirons pas autant des Amours, qui semblent coiffés de perruques. Le dieu Mars a l’air d’une amazone; il n’a point de caractère. Mais, en général , ce tableau est satisfaisant de couleur et d’exé-

cution. i t .

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VINGT-HUITIÈME LETTPvE.

Voici encore un de nos premiers peintres , mon Guei cher Maître , qui a fourni son contingent au Salon par l’exposition d’un portrait. Guérin vient de livrer aux connaisseurs celui de M. de Laroche -Jaquelein, général de la Vendée en i8i5. On remarque dans cette nouvelle production la grâce , 1 expression , la vie qui distinguent le talent de ce grand artiste; son esprit ingénieux brille jusque dans les accessoires ; et cette épaisse fumée qui dérobe aux regards les ennemis que combattait le chef vendéen , n’est pas ce qu’il y a de moins louable dans la composition. C’est la première fois qu’ou ne se plaint pas de perdre quelques figures du pinceau de M. Guérin.

Berthon. Du portrait d’un guerrier à celui d’un médecin ; la transition est un peu brusque; cependant, en y réfléchissant , si ces deux professions ont un but différent, elles ont bien quelquefois des résultats pareils, et , tous les morts bien comptés , je ne sais pas trop qui de Mars ou d’Esculape aurait droit à la plus grosse part. Quoiqu’il en soit, M. le docteur Alibert est bien désintéressé dans le partage , et l’on sait gré à M. Berthon d’avoir si fidèlement et si habilement retracé la physionomie et les traits de l’un des plus savans bienfaiteurs de l’humanité. Il y a toujours un groupe de jolies femmes devant l’image de l’aimable docteur : on sait que beaucoup d’entre elles aimeraient autant n’être jamais malades que de n être pas traitées par M. Alibert.

Pagnest. Peut-être , si le jeune Pagnest eût été confié à ses soins , les arts n’auraient-ils pas à pleurer un de leurs plus chers favoris , sitôt enlevé à leur culte. Cet infortuné jeune homme n’a laissé pour recommander sa mémoire que trois ou quatre portraits et quelques études ; mais son portrait de M. de Nanteuil est un prodige de ressemblance et un chef-d’œuvre d’exécution. Il n’est pas étonnant que Pagnest , d’après le système de perfection qu’il avait embrassé, ait produit si peu, mais il n’en est que plus douloureux que la mort nous ait dérobé le long avenir de travaux auxquels sa jeunesse lui permettait de prétendre. Un homme de talent qui meurt ayant

l’âge périt deux fois : il perd la vie et l’immortalité.

Le général Desvaux n’a perdu que la vie ; il est tombé à Waterloo, comme les compagnons de Léonidas aux Tliermopyles ; mais moins heureux que ces héros antiques , son cadavre n’a opposé qu’une vaine barrière à l’invasion des hordes étrangères. Son image n’existait que dans une miniature et dans le souvenir de sa veuve ; M"*® Chéradame , aidée de ces seuls secours, a, pour ainsi dire , recomposé son être et deviné son attitude. Le portrait en pied de ce général , qui a remplacé pendant quelques jours celui de M*"® de Barente , entre Héloïse et Abeilard , est un vrai tour de force aux yeux des personnes qui sont dans le secret de sa composition , et fait honneur au pinceau de son auteur dans l’esprit de toutes les autres. La même artiste a exposé aussi le portrait de Allard , une des femmes de la société les plus célèbres pour sa voix et son talent de musicienne ; quelqu’un disait à côté de moi : Ce portrait n’e^st pas parlant , il est chantant ; M"*® Allard ne peut pas se plaindre de son peintre , car tout le monde s’accorde à dire qu’elle n’est jamais si bien que lorsqu’elle chante. Nous avons encore de M"*® Chéradame une Jardinière devant laquelle on ne passe point impunément. Je voudrais bien savoir si c’est un portrait ou une figure de fantaisie ; en tout cas , c’est la mienne et celle de bien des gens , et ce qu’il a de siir , c’est que si cette

M*”* Chéradame.

Hesse.

jardinière existe autre part qu’au Salon , on ne doit pas faire grande attention à ses fleurs. Je désire pour l’honneur de la nature que ce soit un portrait ; m^is j’espère pour la gloire de M"*® Chéradame que cette tête charmante est un rêve de son imagination.

Une bergère , quand elle est jolie, marche l’égale des princesses ; mes hommages passent donc sans cérémonie de la belle jardinière à la fille des rois. Le portrait en buste de la duchesse de Berri, par M. Hesse , est , sans contredit , une des plus gracieuses productions de cet artiste , et, par conséquent, un des ornemens du Salon. S. A. R. y est représentée un simple costume de ville ; mais sous le pinceau de M. Hesse , le chapeau du matin et la robe négligée n’ont rien à envier au diadème et au manteau de cour.

Je n’ai pas la prétention , mon cher Maître , de vous faire passer en revue toute la série de portraits bourgeois dont le Salon est tapissé. Qu’un honnête citadin , pour être flatté une fois dans sa vie , fasse faire son portrait , il serait cruel de lui envier cette innocente volupté ; mais qu’il laisse exposer sa physionomie aux observations d’une foule moqueuse ; qu’il consente à se voir , pour ainsi dire , pendu eu effigie devant un public impitoyable , voilà une vanité bien humble ! Les portraits , en général , comme les couplets de fête , doivent rester en famille ; chez

soi , on peut impunément avoir une gros ventre ou un nez écrasé ; mais à moins d’être, réellement peindre, il faut se garder de se montrer aux gens. Telle figure triviale que tout le monde plaisante dans son cadre numéroté , a peut-être fait verser des larmes de joie au sein de ses foyers. Pourquoi donner ainsi un démenti solennel à l’attendrissement d’une réunion de famille ?

Le poète Lcmierre , que l’on critique beaucoup trop , et qu’on ne lit pas assez , a dit , en parlant du portrait :

La toile est un miroir ou l’objet présenté ,

Même loin du modèle est encor répété.

Doux charme des amis, malgré le sort barbare,

Le pinceau fait tomber le mur qui les sépare ;

De la mort elle-même il affaiblit les coups,

Et lorsqu’elle a rompu nos liens les plus doux ,

L’objet qui dans la ton.be emporta notre hommage Reste encor près de nous et vit dans son image.

Ces illusions du cœur disparaissent au grand jour du Salon , d’où il faut se hâter d’enlever toutes ces têtes d’estimables particuliers , qui seront beaucoup mieux placées dans l’alcove de leurs femmes qu auprès de Psyché ou de Galatée.

On devrait peut-être en faire autant des quatorze curés , cinq chanoines et trois grands-vicaires qui sont étalés en habits sacerdotaux dans toutes les salles du Musée; non que je prétende qu’on doive les con-

fmer dans l’alcove de qui que ce soit ( cela était bon du tems des petits abbés , lorsqu’il y avait de la religion en France ) j mais il me semble que ces portraits ne doivent pas plus que les pieux personnages qu’ils représentent , se trouver en si nombreuse et si mondaine compagnie. Certain curé que je pourrais nommer , est-il , par exemple , bien à sa place si près de M ® Bigottini, qui lui sourit d’une manière charmante dans la galerie d’Apollon , et à qui il ne refuserait pas moins la porte de son église , si ( ce qu’à Dieu ne plaise ) elle avait le destin de M*'« Chaîne roi ^ comme elle en a les grâces.

A propos de portraits qui se regardent, je ne résiste pas , mon cher Maître , à la tentation de vous conter une anecdote toute récente qui ferait croire que dans le siècle de la politique et de la bourse , il est encore des hommes qui aiment à aimer et des jeunes filles qui ont un cœur. Vous allez en juger.

Le portrait du jeune M. après avoir longtems voyagé du grand salon dans la galerie d’Apollon , et de là dans le petit salon carré , était enfin venu se fixer , dans la grande galerie , côte à côte du portrait de la jolie de L***. Il y a tant de conformité dans la taille et l’encadrement des deux tableaux et sur-tout une telle sympathie dans l’expression des physionomies, qu’on pouvait croire d’abord qu’un autre aveugle que le hasard s’était mêlé de cet arrangement. Quoi qu’il en soit, il ne

se passait guère de jours sans qu’un beau Jeune homme ne vint rêver devant le portrait de M"® de L*** ; tantôt il soupirait à faire peine ou à faire rire, tantôt , frappant du pied , il ouvrait brusquement le livret , et parvenu au doux numéro semblait chercher à pénétrer le mystère des initiales ; quelquefois, d’un ton d’indifférence beaucoup trop naturel pour n’être pas affecté , il demandait à ses voisins s’ils savaient {juel était ce portrait de femme , et puis il attendait leur réponse avec une anxiété dont lui seul ne s’amusait pas.

Cependant , on avait souvent aperçu une demoiselle d’une tournure aussi gracieuse que décente , conduite par sa grand’maman qui lui expliquait en détail tous les tableaux d’église qu’on rencontre à chaque pas au Salon, et la vie des saints qui y sont figurés, le tout accompagné de réflexions morales et d’excellens conseils tirés de ces pieux exemples. La belle inconnue aimait sur-tout à s’arrêter devant un Saint-Charles Borromée , tableau assez médiocre; mais qui joignait à l’avantage d’exiter la verve narrative de la grand’maman , celui de se trouver immédiatement au-dessus du portrait de M. C*"**. Tous les jours s’étaient de nouvelles questions sur les miracles de saint Charles Borromée ; la vieille mère en racontait de plus inconcevables tous les jours, ou répétait ceux de la veille ; la jeune fille écoutait ou n’écoutait pas , mais dévorait des yeux

le séduisant portrait , et tout le monde était content.

Un matin , attirés chacun par l’image qui les avait charmés , le beau jeune homme et la belle in- ^ connue y arrivèrent au même instant. Leurs regards se rencontrèrent. C’est lui! C’est elle! s’écrièrentils ensemble. — Comment ? comment ? s’écria de son côté la bonne mère ; et onc depuis il ne fut question de saint Charles Borromée. Une reconnaissance si inespérée devant leurs tableaux mêmes, une si heureuse péripétie , firent sur leurs jeunes cœurs l’effet d’un dénouement’, le plus difficile était de se connaître, il y avait si long-lems qu’ils s’aimaient! On assure que les parens et les fortunes se sont convenus aussi vite que les enfans, et les bans sont déjà publiés pour leur prochain bonheur.

Si j’étais appelé au jury chargé de décerner les prix au meilleurs tableaux de l’exposition , je n’oublii'ais pas ces deux portraits qui, certes, ont fait plus d’impression que tous les chefs-d’œuvre qu’on pourra couronner, et si j’étais M. Villaume, j’en ferais tirer vingt copies , et je les hisserais en guise d’enseigne au-dessus de toutes les portes de mon agence matrimoniale.

11 serait possible à ce grand homme, s’il voulait se donner un peu de mouvement , d’arranger encore plusieurs hymens avec les portraits du Salon. J’ai remarqué entre autres le portrait d’un vieux Mon-

sieur et celui d’une dame âgée, peints par M. Chéry, qui devraient bien faire affaire ensemble. Aucune des deux parties contractantes ne se trouverait lésée: le futur ( ou futur passé ) apporterait en mariage quinze ou seize lustres bien comptés ; la future se constituerait une dot qui ne serait pas précisément la dot de Suzette; mais M. Fmée pourrait leur chanter un épitlialame sur l’air : Il faut des époux assortis.

Je demande pardon à mon confrère des croûtons i si j’ai empiété sur ses attributions en m’emparant de ce portrait de dame âgée ; il va peut-être s’établir entre nous un conflit de juridiction ; mais ( comme cela ce pratique quelquefois ) avant que la compétence ne soit jugée, J’aurai toujours porté mon arrêt.

Par exemple , je puis aborder sans crainte de réclamations les trois portraits exposés par M*'® Volpilière; il n’yarienà voir dans les productions de cette artiste. Je regrette que le défaut d’espace m’oblige à réduire mes éloges à la plus simple expression ; son portrait de M“® C**** , et celui de M"® *** , en paysanne italienne, ne seraient pas désavoués par nos peintres à grande réputation : C’est tout ce que je puis vous dire.

Il me reste encore moins de place pour vous parler du portrait d’un de ces députés vulgairement connus sous le nom de ventrus; il se trouve placé au Salon absolument au pied du portrait d’un ministre ; on voit que

le peintre n’a négligé aucun trait de ressemblance , et il faut qu’il se soit entendu avec l’ordonnateur du Musée pour qu’on reconnût son modèle au seul aspect de sa pose.

Il est inutile de vous dire, mon cher Maître , qu’on rencontre au Salon la plupart de nos excellences à portefeuille et de leurs épouses ; mais j’avoue que je n’y ait point fait assez d’attention pour vous en rendre un compte fidèle : je ne m’arrête en général qu’aux portraits des jolies femmes ou des grands hommes. Saint-A.

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