‹ Lettres `a des incroyantsChapitre 21 sur 78 · LETTRE XXV · texte numérisé non relu

LETTRE XXV

11 St-pU-nibri- l'JOo.

Mu chère Jeanne ,

Nous sommes bien heureux de savoir Maurice presque remis de la petite maladie qui vous a préoccupés ; j'espère que le rétablissement physique du cher petit va coïncider avec le rétablissement moral de sa maman, en grande paix de cœur et sérénité d'esprit.

Je pense souvent et très alleclueusenient à vous ; il me semble que le « laïque » et la « cléricale ' » ont un peu le même dia<j;nostic sur votre cas. Le point difficile est de prendre en soi une force qui ne peut souvent venir que hors de soi. Je ne désespère pas de voir mon amie Jeanne y arriver ; mais je bénis Dieu de n'avoir pas, dans mes humbles efforts sur moi-même, à compter sur moi uniquement pour m'améliorer.

* Klisaboth Loseur parle ici, sous forme de plaisanterie, d'elle-même et de son mari, en rappelant l'opinion de ce dernier transmise dans la Lettre XllI ci -dessus. {Note de l'Editeur.)

Emile est -il remis des mauvais moments qu'il a passés ; vous allez les lui faire oublier, n'est-ce pas, à force de vous oublier vous-même pour penser à lui? Au fond, ce ne sera pas là un métier de dupe, car vous travaillerez pour vous en même temps.

Vos grands vont bien . beureusement. Pourquoi vous tourmenter de Maurice, quand vous les voyez devenus forts et faisant honneur à leur mère « dénaturée » 1 Dans quelques années, Maurice sera comme eux et vous sourirez de vos tourments passés.

Je ne suis pas très vaillante physiquement en ce moment et mon vilain corps donne bien du travail à mon âme ; étant personne plus digne et supérieure, elle le mate tout de même et aura la victoire. Ce qui m'ennuie, c'est l'absence absolue d'appétit et une fatigue qui fait de toute occupation un elTort ; je crois que c'est la suite inévitable des mois que j'ai passés. J'ai un grand besoin de solitude, besoin de me recueillir avec mes souvenirs et mes intimes tendresses; mais je combats ce que celte tendance aurait de trop exclusif, car ce n'est pas la vie et le devoir. Une seule chose me ressuscite : la possibilité de faire quelque chose pour ceux que j'aime ou ceux qui soull'renl. Kt c'est pourquoi vous m'avez été bienfaisante en me forçant à vous ouvrir un peu mou cceur.

Donnez-moi bientôt des nouvelles de tous et du petit chéri en particulier. Partagez avec Emile notre souvenir amical. Embrassez pour nous la petite bande. Ce que vous dites d'Adrien m'a fait plaisir, mais sa nature m'a toujours été sympathique. Votre vieille amie vous donne un baiser et vous envoie un peu de tendresse ; il y a de la réserve.

É. Leseur.

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