LETTRE XXXI
16 Septembre 1907.
Ma chère Jeanne, Yolre lettre m'est venue, par l'entremise
' Par Monsieur Henri Joly, membre de Tlnstitut. Cel ouvrage sert en quelque sorte de préface à la Collection liaf(iographique publiée à la librairie LccolTre-Gabalda , sous sa direction, et qui porte le titre général « Lies Saints ». IMus de soixante volumes de ces vies de Saints oui déjii piiru dans cette intéressante collection, ^Notc d< l' Éditeur. ]
LETTRES. — PREMIÈRE PARITE 163
de Félix, à Louveciennes, où je suis depuis Jeudi chez des amis et d'où je rentrerai demain à Paris. De Samedi procliain au Lundi, j'irai chez ma belle-sœur L..., à Villers-Cotterets, puis je ferai un retour définitif à mon pauvre foyer longtemps déserté. Ces villégiatures successives ont pour but de me faire absorber beaucoup d'air avant la fin des beaux jours ; espérons que le résultat sera merveilleux. D'ailleurs, je suis mieux el plus forte qu'il y a deux mois.
Félix va bien et est de nouveau très occupé. Ma sœur et son mari sont à Paris ; maman et les enfants reviendront vers le 25 à Paris.
Nous sommes contents que vous ayez fait un agréable séjour à Saint-Goar* ; d'après ce que vous m'en dites, il me semble que cet endroit m'aurait plu, et il m'aurait plu davantage encore si j'y avais été avec vous. Ne serait-il pas très agréable d'être ensemble dans un pays tranquille ou bien de faire ce séjour à Rome que je rêve de recommencer avec vous?
Je ne vous écris pas très longuement, car il ne serait pas très aimable d'abandonner ainsi ma charmante hôtesse ; ce mot bien court sera
' Endroit do villégiature réputé en Allemagne, dans un site très beau aux bords du Rhin, aux pieds du Taunus, entre Bingen et Coblentz. {Note de l'Éditeur.)
simplement un souvenir de votre vieille amie, quelque chose comme un baiser du cœur.
Si VOUS faites connaissance avec saint Vincent de Paul, moi j'ai noué connaissance plus intime avec une déjà ancienne amie, sainte Thérèse, et celte découverte m'a ravie. Je suis toujours surprise de voir à quel point on parle avec assurance des choses ou des gens qu'on ne connaît pas; ma pauvre sainte est victime de cette façon d'agir, et l'œuvre médiocre de Catulle Mendès* prouve une fois de plus que pour comprendre certaines âmes lumineuses, il ne faut pas être trop enfoncé dans les ténèbres.
Bons baisers à tous deux et aux enfants de la part de tous deux. Notre respectueux souvenir à Madame H..,, que vous remercierez de sa lettre. Je vous embrasse, ma chère Jeanne, tout affectueusement,
^'otre amie
E, Leseur.
' Un drame cmi vers dont sainte Thérèse était l'héroïne, (|ni venait d'être représenté snr nn des théâtres de Paris. Lantenr, Gatnlle Mendés, avait dépassé tonte fantaisie permise anx poètes, et la j,'rande sainte dn Carniel était délîgnrée par Ini an point d'être rendne méconnaissalde et de fai^on très désagréable et choqoanle, {Note de l'Editeur.)