LETTRE XXXVIII
:{ Septembre lyO'J.
Ma chère Jeanne, Le malheur redouté est accompli et je suis
' La correspondante d'Elisabeth Leseur, rappelée de Suisse par la maladie de son neveu, passait en chemin de fer vers 1 1 heures du soir dans le tunnel de Jougnc.A'o/e Je l'Editeur.
encore dans toute la douloureuse stupeur causée par cette nouvelle. Et pourtant je veux qu'aujourd'hui un mot de moi vous porte le meilleur de ma tendresse et vous dise l'union de mon cœur au vôtre en ces jours affreux. Quel déchirement pour ces pauvres parents, quelle brusque rupture d'un bonheur trop grand sans doute pour ce monde, mais que j'aurais tant désiré voir durer toujours!
Et vous, pauvre amie chérie, comme votre cœur fraternel doit souffrir et comme je vous plains aussi. C'est en de tels moments qu'on sent profondément la force des liens d'affection ; la mienne s'associe à tout ce que vous éprouvez et vous suit pas à pas sur cette route douloureuse, dont je connais toutes les étapes. 11 me semble que vous devez me sentir près de vous, comprenant et partageant vos souffrances et pleurant avec vous.
Je ne sais trop ce que je vous écris, mon amie ; il y a des sentiments et des pensées trop difficiles à exprimer; vous devinerez, n'est-ce pas, ce que je ne peux vous dire. Je vais prier pour vous , pour vos chers affligés ; c'est la seule chose que je puisse faire, mais j'y mettrai toute ma tendresse.
Que ferez-vous après tous ces jours douloureux? Si vous revenez par ici, il faudra que je vous voie; j'en aurai besoin, car je souffre de
ne pouvoir en ce moment vous témoigner mon affection.
Mon amie , embrassez Emile , Adrien , Marianne; dites-leur que je les aime et partage leur peine. Je vous donne un baiser bien tendre et suis tristement de cœur auprès de vous.
Votre amie,
E. Leseur.
Maman et ma sœur me chargent de vous dire leur très grande sympathie.