‹ Lettres `a des incroyantsChapitre 47 sur 78 · LETTRE LIX · texte numérisé non relu

LETTRE LIX

6 Octobre 1908.

Voici le moment, ma chère A..., où tous regagnent Paris, et vous devez y être maintenant. Gomment votre hiver s'organise -t -il ? Est-ce , et c'est un vif désir, suivant vos goûts et le bien de votre santé si précieuse à vos amis? Je ne vous ai pas oubliée et si j'ai été un peu silencieuse, la faute en est au cher entourage dont je voulais jouir, sentant que la fin de cette douce période d'existence allait trop vite venir. Et maintenant la grande maison est silencieuse; les trois garçons (car nous avons eu dix jours le fils de mon frère) ont été reprendre, bien à regret, la vie de collège. Ce matin même, maman et ma grande nièce sont parties pour une tournée de quinze jours aux lacs% Milan et Venise. Nous sommes seuls tous deux, mon mari et moi, pour dix jours, et ce tête-à-tête nous réjouit après la joie tout autre

' Lettre écrite également de Jougne comme les précédentes, et comme aussi les suivantes et dernières. {Note de l'Éditeur.)

2 Le Lac Majeur, le lac de Lugano et le lac do Cônic, en Italie. {Note de VÉditeur.)

de la nombreuse réunion familiale. Le 45 nous irons passer trois jours à Lausanne, et le 19 au matin nous serons à Paris. Vous savez, mon amie, quelle joie ce sera pour moi de vous retrouver et de vous voir seule en de bonnes causeries. Il faut cette douce perspective pour me rendre agréable ce retour que, d'autre part, j'effectue sans enthousiasme. Le pays est admirable en ce moment, sous son aspect d'automne que je ne connaissais guère ; je mène une vie qui me plaît absolument et suis en contact très cordial avec la population. Et je vais quitter tout cela pour l'inconnu ; car,si j'espère éviter les souffrances et misères de l'an dernier, je n'en serai pas moins astreinte à de grands ménagements et mon existence sera encore bien entravée. A chaque jour suffit sa peine, et Dieu est là pour la lâche ou la souffrance quotidienne.

Je vous envoie ce mot du Docteur B...

Vous serait- il possible de faire parvenir un mot de rappel au Docteur Chauveau^ ? Si vrai-

' Savaiil physiologiste, professeur au Muséum d'histoire naturelle, membre de l'Académie de médecine et de l'Institut. Il s'agissait de faire présenter à l'Académie de médecine par le professeur Chauveau un mémoire du docteur B... de Cannes, sur le traitement de la tuberculose par l'opothérapie splénique (par les sucs de la rate , que le docteur B... avait découvert, qu'il avait expérimenté depuis plusieurs I années, [qui avait donné et a donné

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ment le mari de notre amie a trouvé un traitement de la tuberculose, je comprends qu'il ne désire pas se voir évincer. Merci d'avance. Je ne m'excuse pas, parce que vous aimez rendre service et faire plaisir.

Mon mari vous envoie ses meilleurs souvenirs. J'espère que tous les chers vôtres sont en bonne santé et que le séjour de Saint-Lunaire vous a été bienfaisant pour le corps et le cœur.

Un tendre baiser de votre amie ,

É. Leseur.

LETTRE LX

IS Juillet 1909.

Maintenant, ma chère A..., que je ne crains plus en vous écrivant de paraître solliciter une visite, je veux vous envoyer un mot tout plein

depuis des résultats sérieux. MademoisoUe A... F..., qui connaissait le docteur Chauveau, voulut bien intervenir auprès de lui pour qu'il consentît à déposer ce mémoire en l'accompagnant d'une communication à l'Académie de médecine, ce qui fut fait. (A'o<e Je l'Editeur. )

de ma fidèle affection. Elle a gardé volontairement le silence et, ne pouvant encore aller à vous, je ne voulais pas que vous veniez à moi vous sachant si occupée et fatiguée d'autre part. Quand vous serez très reposée, vous me récompenserez de mon amical sacrifice en me donnant de vos nouvelles et en me parlant de vous, du dehors, c'est-à-dire de la santé, et du dedans aussi, de votre plus intime et meilleur fond.

Nous avons eu enfin pendant deux jours du soleil et de la chaleur ; le début avait été lamentable et je ne reconnaissais plus mon Jougne. J'ai trouvé les enfants en bonne santé ; leur mère arrive Samedi et son impatience doit être grande de les embrasser. Ma mère est toujours dans le même état et ne peut guère sortir de la maison. Moi je reprends vite ici mes habitudes et ma vie s'organise pour ces trois mois si bienfaisants et trop vite passés. On retrouve des amis très humbles, mais si dignes d'estime et tpi'on sent heureux de vous revoir ; de bons sourires vous saluent sur les routes et cela repose des coudoiements anonymes de Paris.

Gomment s'est passée votre heureuse cérémonie et que devient le jeune ménage? Êtesvous encore à Paris ou avez -vous pu vous échapper vers le calme et le repos? Je n'ai

pas encore de nouvelles des A..., mais nous avons su le succès d'Adrien*.

Avez-vous de bons projets de lecture? nous avons ici une abondante bibliothèque, et de plus j'ai apporté pour mon usage personnel quelques-uns de ces volumes peu folâtres qui font la joie de mon entourage... et la mienne aussi, mais autrement.

Ne m'oubliez pas auprès de votre mère si vous êtes à X... Maman vous envoie un cordial souvenir ainsi que Félix. Moi, je vous embrasse, ma bien chère A..., de toute ma profonde affection.

Votre amie,

E. Leseur.

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