LETTRE LXI
Jougno, Doubs, 7 Septembre 1909.
Ma chère A...
Depuis bien des jours je me tourmente divous et voudrais vous écrire ; si votre silence est dû seulement à vos occupations ou au doux
J Se reporter à la Lktthk XXXII, ci-dessus. {Noie il<l'Editeur.)
envahissement des chers vôtres, tout va bien ; mais j'ai toujours peur que la santé n'y soit pour une part et c'est cela qui me cause un gros souci que j'aime mieux vous dire, en vous demandant une toute petite carte postale de nouvelles, à défaut de mieux.
Tous ces derniers jours ont été pour nous bien attristés par l'épreuve qui a frappé les pauvres V...* ; j'étais unie à leurs angoisses et ensuite, hélas ! aux heures cruelles qu'ils ont traversées, et j'aurais aimé être auprès d'eux pour leur exprimer ma bien grande sympathie.
Notre réunion familiale a été complète durant le mois d'Août et c'est pourquoi, mon amie, je n'ai pu vous écrire de nouveau. Etant mieux celte année, je me mêlais un peu plus à la vie commune et n'avais guère de liberté, hors les instants « réservés », qui me sont indispensables pour faire provision de force et de sérénité quotidiennes, et durant lesquels ceux que j'aime ne sont pas oubliés.
Les santés sont bonnes autour de moi ; ma mère seule marche bien difficilement et connaît nombre de misères physiques ; les miennes sont réduites en ce moment à ce minimum qui ne m'abandonnera pas de longtemps ; mais
^ So reporter ci-dessus aux Lettues XXXVII, XXXVllI, XXXIX, XL, pages 175 et suivantes. {Note de l'Editeur.)
il n'est pas mauvais, n'est-ce pas, de ne pas perdre tout contact avec cette bonne conseillère et éducatrice, la souffrance? Mon amitié pourtant a la faiblesse de ne pas la désirer pour vous et se justifie en se disant que vous n'en avez pas tant besoin que moi pour être améliorée.
Gomment va tout votre cher entourage :
votre mère, votre nouveau ménage? Vous ne vous figurez pas combien je désire un mot de vous et voudrais savoir comment vous êtes et si ces vacances vous sont douces. Je suis sûre que votre silence n'est pas l'oubli et que vous pensez à l'amie qui a pour vous une si réelle et fidèle affection.
Laissez- moi vous embrasser de tout cœur, ma bien chère A..., en vous envoyant le souvenir de tous et en vous répétant que je vous aime et pense à vous.
Votre amie,
E. Leseur.