PRÉFACE IX
elle tout de suite les qualités naturelles, parfois exceptionnelles, des incroyants. Elle y voit comme un reste d'un christianisme oublié et méconnue Elle pressent tout ce que ces aspirations vers le bien contiennent implicitement, et combien la grâce les enrichirait en les surélevant.
On ne saurait guère trouver une plus grande bienveillance pour ceux qui ne partagent pas notre foi.
Il arrive souvent que cette bienveillance à l'égard des incroyants, si elle n'est pas assez surnaturelle et fondée sur l'amour de Dieu, dégénère au point de se confondre avec ce qui n'est plus que le simulacre de la charité. Un philosophe catholique , qui n'était pas suspect de partialité en la matière, et qu'Elisabeth Leseur aimait à lire et à méditer', a bien noté les degrés de ce glissement : « C'est d'abord une sorte de noble dédain pour toute façon étroite de servir la vérité ; c'est une confiance telle en la divine vertu de la vérité que pour la faire recevoir on ne veut plus compter que
» Lettre XCIII, pages 334 et 335.
* Se reporter à la La Vie Spirituelle, page 432.
sur elle. C'est bien; mais que la tentation ici est délicate pour les belles Ames! Il n'y a pas à craindre qu'elles deviennent jamais indifférentes elles-mêmes au vrai et au faux ; mais elles risquent de ne plus savoir assez, de ne plus oser assez s'armer de précautions contre l'erreur. Si elles n'y prennent garde , elles vont pratiquer la funeste maxime du libéralisme : (( Laisser faire, laisser passer. » Alors va par leur imprudence s'établir dans les esprits cette idée que dans une société l'erreur comme telle a des droits, que la liberté comme telle est toujours inviolable... Et bientôt, chez les esprits moins hauts, c'est, sous prétexte de largeur intellectuelle, une méconnaissance croissante du prix de la vérité; chez les esprits peu sûrs, une tendance soidisant charitable à ne contrarier personne et à laisser tout le monde jouer avec le feu, et finalement, chez les esprits faibles et mous une disposition à juger que tout peut se soutenir et que d'ailleurs celui qui dit : « Je ne crois pas, je ne puis croire, » est plus qu'à moitié excusé^. »
' Oi,ik-Lai'hu>k, La Vilnlilé chrétienne, 1001, p. i5.