PRÉFACE XI
Rien de semblable chez Elisabeth Leseiir. Sa charité ne lui fait pas oublier la responsabilité d'ailleurs très variable des incroyants. Elle sait qu'il n'y a pas, dans la réalité concrète de la vie, un seul acte délibéré qui soit moralement indifférent. On dirait qu'elle a lu l'exposé et la preuve de cette doctrine dans saint Thomas ^ «Zi/i matière morale, dit-elle, la neutralité rC existe pas », entre le bien et le maP.
Elle n'ignore pas non plus la doctrine de l'Église sur la conscience erronée, suite d'une négligence plus ou moins coupable dans la recherche de la vérité religieuse. Elle sait que si nous ne pouvons licitement agir contre le dictamen de cette conscience, nous ne pouvons pas non plus le suivre, mais devons le réformer, en cherchant sincèrement et en demandant la lumière, surtout pour ce qui est nécessaire au salut ^. Si elle a « un respect absolu, total pour toute conscience et toute conviction^ », c'est précisément en ce sens qu'il n'est jamais permis d'agir contre la voix
'.Somme Tiiéologique, i" ii"', question xvm, 'article 9.
2 Leïthe XLVI, page 193.
3 Saint Thomas, Somme iThkolooique , i> ii", question xix, articles 5 et 6.
^ Lkttke XLVIH, page 20G.
de la conscience, celle-ci fût-elle dans Terreur. Mais elle sait montrer aux incroyants les lacunes de leur information, et leur rappelle qu'ils doivent chercher à s'éclairer. Elle voit qu'il convient d'amener progressivement à la vérité les âmes qui ne peuvent pas encore la porter tout entière ; mais sa charité ne l'empêche pas d'être très ferme dans l'affirmation de tout ce qui montre dans l'Evangile la parole de Dieu. Elle écrit à Félix Le Dantec : « Malgré vous, la notion de conscience , de responsabilité morale vous sort par fous les pores et Je crois bien que vous pensez souvent aux conséquences proches ou lointaines de vos actions. Quel bien est destiné A faire votre attaque contre l'idée de Dieu. Je parle au point de vue scientifique? Je comprends fort bien que vous, athée, vous ne teniez nul compte de cette idée dans vos recherches savantes, et que vous cherchiez uniquement la vérité sans aucune préoccupation religieuse. Mais J'ajouterai : sans aucune préoccupation antireligieuse, et c'est ce que vous ne faites pas, malgré votre ton dégagé^. >)
• Lkttuk XCIII, page 336.