LETTRE LXVIII
(Novembre 1902.)
Ma chère Yvonne.
Je viens d'écrire à madame J...- de venir me parler un des malins de celte semaine et lui ferai faire une robe de chambre. Dans l'avenir, si j'ai besoin d'autres choses, je penserai à elle, et en attendant je vais en parler autour de moi. Justement, aujourd'hui, je dois voir plusieurs personnes ayant des enfants. J'emporterai ta lettre et ferai mon petit boniment.
Il ne frfut pas me remercier, ma chérie, car c'est un simple devoir de chercher à aider ceux qui ont moins reçu que nous. Et que de misères et de tristesses on voit lorsqu'on cesse de s'intéresser à soi seul ! C'est cela qui ôte
' Cette lettre n'a pas été datée par Elisabeth Leseur ; mais sa correspondante a inscrit elle-même en tête ces mots : Novembre 1902. {Note de l'Editeur.)
'^ Ouvrière en lingerie à laquelle s'intéressait beaucoup Mademoiselle Le G... et qu'elle avait chaudement recommandée à Elisabeth Leseur, connaissant sa charité active. Xutr (/<■ r Editeur.)
toute envie de beaux manteaux de fourrures. N'empêche que le mien sera superbe^ !
Un bon baiser pour toi, petite chérie, et toutes sortes d'amitiés à tes parents.
Ta vieille amie,
E. Leseur.
Il ne faut pas en vouloir à Juliette*. Elle ne nous écrit pas non plus. Maman dit que tous les embarras matériels retombent sur elle (Juliette], et à la fin de la journée elle est fatiguée et ne peut se mettre à écrire. Elles sont encore pour quelques jours à Venise, Hôtel délia Luna.
' Le mari d'Elisabeth Leseur, très mondaiji et aimant le luxe, voulait que sa femme fît toilette. Il lui offrait fourrures et bijoux, malgré elle, insistant pour qu'elle les portât, comme ce fut le cas pour le manteau dont il est ici question. Il dut renoncer peu à peu à ces cadeaux devant l'attitude d'Elisabeth, qui lui répétait chaque fois qu'elle recevait une de ces coûteuses vanités : u Je t'assure que tu ne me fais pas plaisir. Je préférerais de beaucoup que lu me donnasses l'argent que cela coûte pour que Je puisse l'employer à de bonnes œuvres. » Elisabeth Leseur revient fréquemment, dans Jouhnal et Pensées de chaque jouk, sur ce détachement complet et profond qu'elle avait de toutes ces choses de coquetterie et sur l'ennui sincère que lui causait l'obligation où elle se trouvait parfois de les accepter pour faire plaisir à son entourage et pour tenir son rang social. {Note de l'Editeur.)
^ Alors en voyage en Italie avec sa mère. {Note de l'Éditeur.)