LETTRE XCVII
4 Août 1909.
A coiirl de papier en ce moment, ma sœur chérie, je veux cependant l'écrire aujourd'hui et emprunte à Félix cette feuille*; il m'est impossible d'attendre davantage pour te redire que je pense à toi, à vous tous ; j'aurais voulu savoir le jour et l'heure de la triste cérémonie pour m'y unir d'intention, mais mes prières ont été si fréquentes qu'elles auront rencontré les tiennes sûrement : dans mes communions, mes prières de chaque jour, à la messe, j'ai eu un souvenir spécial pour votre chère P...\ pour toi, ma petite aimée, et pour tous ceux qui sont en ce moment dans la tristesse autour
' Lettre écrite de Jouf^ne , comme la précédente. [Noie (le l' KdilPiir.)
- Feuille de papier ;\ lettre officiel i"» l'en-tête de la Compagnie que dirigeait le mari d'Elisabeth Leseur. ( \ote de /' F.dHeur.)
^ Se reporter aux deux lettres précédentes. [Note de rfùliteur.)
■21 Lettres à des liicrovaul^.
de toi. En me rappelant les heures cruelles d'il y a quatre ans, je sens une compassion immense pour ta malheureuse tante , ton pauvre beau-frère, et je comprends ce que tu as dû souffrir aussi, toi pour qui cette mort remuait tant de souffrances anciennes. Quand tu le pourras, donne-nous de tes nouvelles ; nous voudrions être sûrs que tu n'es pas trop surmenée et que tu vas pouvoir te mettre au calme. Votre réunion à Ty Plad sera bien triste; tu seras là, comme tu as dû l'être à Brest, la douce messagère de consolation et je te sais à la hauteur de cette tâche bienfaisante. Ta chère maman a également une triste mission à remplir près de ta grand'mère et de ta tante ; son cœur si bon saura adoucir leur douleur à toutes deux; mais quel été pour vous, mes pauvres aimées !
Ton Félix aura été comme toujours l'appui de tous; dis-lui combien nous l'aimons et nous unissons à sa peine fralernelle. N'est-il pas vrai, ma chérie, qu'en face de la douleur il fait bon regarder en haut et chercher force et consolation près de Celui qui nous aide à porter les Croix qu'il donne? Je L'ai toujours trouvé aux heures amères, et Lui demande pour toi qui es ma sœur si tendrement chérie un grand apaisement et toutes ses meilleures
Nous allons bien et tous vous envoient le plus atfectueux souvenir. Le temps est froid aujourd'hui après des jours superbes. Je t'embrasse ainsi que Félix et ta chère maman de toute ma tendresse, ma sœur trois fois aimée.
Ta vieille sœur,
LETTRE XCVIU'
.1 Madame M. Le G..., mère de Madame Félix Le Danfec.
« Août 1909.
Votre lettre et celle d'Yvonne nous ont bien émus, Madame chérie, et nous sommes très pleinement de cœur auprès de vous. Que de douleurs laisse en disparaissant ce pauvre être jeune et aimé* ; je pense avec une compassion
^ Lettre écrite de Jougne, comme les précédentes. [Xote de l'Editeur.)
' Se reporter aux trois lettres qui précèdent. (Xote de l'Editeur.)
3oi LETTRES A DES INCROYANTS
profonde à tous ces cœurs affligés et à vous, qui êtes aussi dans la tristesse. Il est bien à souhaiter que Félix puisse empêcher son frère de donner sa démission ; que deviendrait ce malheureux garçon, si jeune encore et sans foyer? Ce que nous dit Yvonne de Félix et de la bonté qu'il a montrée ne nous surprend pas ; dites à ma sœur chérie que ce sont là choses qui crient au Ciel et auxquelles Dieu répond par beaucoup de grAces supérieures ; il aura une protectrice de plus là-haut, où nos sœurs, les sœurs de notre Yvonne, prient pour lui et pour nous déjà. Quand Yvonne écrira au clu r beau-frère, qu'elle lui envoie notre tendre pensée et un souvenir pour ceux qui l'entourent. Quand vous le pourrez, envoyez -moi un mot et dites-moi très spécialement, Madame chérie, comment vous êtes toutes deux. Quand vous serez privée de Vonnette, je vous écrirai, et certes, cela ne remplacera pas la chérie mais cela me permettra de vous témoigner ainsi un peu ma si grande et fdialc affection.
Nous avons de nouveau un temps superbe ; combien cela durera-t-il? La maisonnée est en l)on état et je suis aussi bien que possible. Nous serions au complet si vous étiez auprès de nous. Les journées passent, à hi fois tranquille^ et occupées ; ce pays me plaît toujours et en ce momciil la nioiilaiJiK» esl iuoudée dlune
LETTHES. — TROISIÈME PARTIE 3S;J
admirable lumière. Nous lisons, écrivons, travaillons ; et puis il y a les promenades, courtes pour moi, plus lointaines pour les autres; et il y a aussi les instants de recueillement où l'on pense à ceux qu'on aime, ceux qui sont au loin ou plus haut... Je n'ai pas besoin de vous dire de noms.
Un tendre baiser à toutes deux. Madame chérie, et le souvenir affectueux de tous. Je pense à vous et vous aime du meilleur de mon coeur. Ne nous oubliez pas auprès de Madame D... ' et de votre pauvre sœur, et croyez que je suis un peu votre enfant par la tendresse.
iLLlSABliTll.