‹ Lettres à des positivistes anglais [microform]Chapitre 3 sur 6 · II.— LETTEE D' AUGUSTE COMTE À UN POSI- TIVISTE ANGLAIS · texte numérisé non relu

II.— LETTEE D' AUGUSTE COMTE À UN POSI- TIVISTE ANGLAIS

Paris, Le Vendredi 16 Guttemberg 69.

Monsieur,

je suis très touché de la profonde sympathie qui m'est sincèrement témoignée, dans une grave occasion, par un jeune théoricien dont M. Congreve m'a déjà signalé le mérite moral et mental. Votre noble ami M. Winstanley, qui repartit hier matin pour Londres, pourra complètement vous expliquer ma maladie, et vous rassurer sur ma pleine convalescence actuelle, longue et pénible, mais certaine. Il vous apprendra que, dans un cas décisif, après m'ctre successivement affranchi de la théologie, de la métaphysique, et môme de la science, en gardant de chacune ce qu'elle a de vraiment incorporable au positivisme, j'ai pareillement étendu, sous ma responsabilité, mon émancipation finale jusqu'à la médecine, notre dernière tutelle provisoire. En ayant fait traiter, avec un succès irrécusable, la plus grave maladie que j'ai jamais subie, je n'ai fait que devancer, à mes risques, l'état normal, où l'éducation encyclopédique ayant partout répandu de saines notions sur la nature humaine, tout malade suffisamment éclairé, si sa raison reste pleinement

intacte, deviendra son meilleur médecin, nul autre que lui-môme ne pouvant assez connaître l'ensemble de sa propre constitution. Ceci vous montre que, malgré vos inquiétudes, ma maladie de 1857, loin d'entraver le développement général de ma mission philosophique et sociale, y suscite de grands progrès inattendus. Survenue Tan dernier, ou l'an prochain, pendant la composition directe d'un nouveau volume, elle aurait gravement troublé le cours normal de mes travaux, et par suite se serait ellemême aggravée. Mais, la présente année étant entièrement vouée, sans rien écrire, à la forte préparation méditative qu'exige ma morale positive, cette perturbation corporelle tend à faciliter mon élaboration cérébrale, en me fesant mieux comprendre la nature humaine, objet propre et direct du volume théorique que j'écrirai l'année prochaine.

Je vous souhaite. Monsieur

Fraternité, Vénération, et Dévouement Auguste COMTE

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