‹ Lettres à ElisaChapitre 10 sur 12 · II. — LA LÉGENDE D'ULENSPIEGEL · texte numérisé non relu

II. — LA LÉGENDE D'ULENSPIEGEL

Récension du texte d'après un manuscrit de l'auteur.

On attache aujourd'hui le plus grand prix à la correction des ouvrages littéraires et l'on y afTecte des éditions spéciales, » définitives « , ne varietiir, qui en sont comme une consécration. Quand l'auteur vit, ce soin lui appartient de droit. Mais une édition posthume présentera toujours des difficultés, surtout, comme c'est ici le cas, lorsque l'œuvre est écrite dans une langue toute personnelle, à la fois archaïque et artistique, deux éléments de beauté, mais aussi deux continuelles occasions d'erreur. On sait de plus que De Coster faisait sur les épreuves d'imprimerie un consciencieux travail de retouches littéraires ; ce qui ne laisse guère d'attention pour la revision typographique; ce qui prête, au contraire, à des fautes nombreuses. Cela pouvait excuser celles de la première édition et rendait plus nécessaire la correction de la deuxième. Un manuscrit pouvait y aider : c'est la dernière copie de l'auteur, malheureusement incomplète, celle qui a servi aux imprimeurs. Il est à regretter que ce précieux guide ait manqué à la réimpression du livre. Mais il n'est pas trop tard. La réputation de l'œuvre est faite, sa correction reste à faire; c'est l'intérêt de l'artiste et c'est le devoir de la critique. Nous n'y manquerons point.

Il va de soi qu'il n'y a pas lieu de s'arrêter aux » coquilles » que le lecteur remarque peu, tant il est facile de les rectifier au courant de la lecture ; ni de faire état des « règles typographiques », dont chaque écrivain ne prend que ce qui lui convient. Certes, il peut être agréable de trouver toujours les noms propres orthographiés de la même manière ; mais s'il a plu à l'auteur de les habiller, tantôt à la flamande, tantôt à la française, qu'avons-nous à y reprendre... pourvu qu'on ne les estropie pas dans l'une ou l'autre langue '^'i — On aime aussi 4 être prévenu, par des lettres italiques, qu'il s'agit d'un mot de langue étrangère ou d'acception spéciale... à moins que l'auteur, au bon moment, ne croie l'expression assez familière à ses lecteurs pour lui accorder le droit de bourgeoisie : baes, baes ; reiters, reiters, reîtres, etc. 2, N'est-ce pas ainsi que de coutume les mots étrangers se faufilent dans une langue.? — On n'est pas fâché non plus de voir, d'un coup d'œil, grâce à des majuscules, à qui l'on a affaire : noms d'hommes ou de partis, institutions, titres, choses que l'auteur présente comme des personnes : « La fiancée de la Néerlande Liberté*. Pour les italiques, on peut admettre des exceptions ; ici point, surtout pour le mot gueux, dont il convient de ne pas confondre les deux sens, que la majuscule distingue 3.

De Coster aimait le vieux langage ; mais, dès son premier livre, Deschanel le félicitait de n'avoir pas abusé de la vieille orthographe, et lui-même dit l'avoir rajeunie: le goût archaïque ne tient pas à cela. Ulenspiegel donne son dernier mot sur ce point. Le manuscrit dit toujours raide, et non roide, comme on le lui fait souvent dire, et, s'il avait écrit : onques, emmi, es, il est rare qu'il n'ait pas rétabli, sur les épreuves, l'expression

1 Exemples : De Hoorn ou De Homes. — Lumey de la Marche ou de la Marck.

~ La première édition a mis trop de régularité en cela, malgré le manuscrit, qui indique de nombreuses variantes, bonnes à reprendre.

3 II faudra toujours-: les Mal contents, les Rivageois, les États-Généraux, le Plat-Pays; le Compromis, la Pacification de Gaiid; le Chien rouge, le Prince des Sots, l'Abbé de Liesse; le Pater, le Credo, les Grâces; Sa Sainteté, Sa Ducalité. Son Épervialité, Sa Ven^ralité; le Saint- Sacrement, la Sainte-Pantoufle; la Parole (pour l'Évangile) ; Monsieur du Soleil, Amour, le géant Hiver, etc.

moderne. Cependant, après avoir imprimé vingt fois : noces, en simple français, s'il laisse échapper la formule si connue de » nopces et festins, nopces et ripailles », pourquoi ne lui laisserait-on pas ces retours à de vieux amis, et comme des • témoins » de sa familiarité avec Villon, Rabelais, Montaigne et Marnix? Les manuels du typographe n'ont rien à voir à cela.

L'auteur se plaisait aussi à élider les particules, lorsqu'il y gagnait du mouvement dans l'énumération, de la prestesse ou de la grâce dans la comparaison. Qu'on doive toujours dire : » le banc de torture » et ne pas lui faire dire : « prier Dieu de paix », le manuscrit l'indique autant que le sens. Mais le reste est affaire de nuances^ le goût peut varier, le choix ne dépend plus que de l'artiste. Il conviendra de chercher ce qu'il eût préféré ^ .

Ces points généraux entendus pour éviter de trop nombreuses corrections, il a semblé inutile aussi de noter celles qui ont été faites à la première édition, dans la deuxième ; elles resteront acquises, il faut l'espérer ; presque toujours le manuscrit les confirme. Mais, lorsque les fautes sont communes aux deux textes, ou que la seconde édition en fait à son tour, il y a lieu de rompre la prescription par des errata, en se bornant à ce qui est nécessaire à la clarté du texte et au goût de Tartiste.

I. — Fautes communes aux deux éditions ou particulières à la seconde, corrigées d'après le manuscrit.

fOn a suivi les pages de la seconde édition en y ajoutant le numéro de la ligne. Le numéro des pages de la première a été mis entre parenthèses, et les pages du manuscrit sont notées en chiffres noirs.]

P. VI, note, ligne 4. Les chiffres Z,Fet LVl, imprimés en italiques, doivent être en majuscules romaines (11) 2.

1 Notons aussi qu'il met toujours au féminin le mot toute : toute en larmes, toute courante, toute ensoleillée, et qu'il écrit en deux mots : maie rage, maie mort. Quand on a imprimé le contraire, c'est une faute que le manuscrit ne commet presque jamais et ne justifie point.

2 Quand la page de la première édition est placée à la fin de la ligne, c'est que le texte y est correct.

veaux, etc.

13 (2), tu vois là-bas — tu vois là. 3

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