DEUXIÈME PARTIE
Lorsqu'à la suite de près d'une année où ils avaient vécu loin l'un de l'autre, lui l'ayant • toujours eue présente • à l'esprit, elle ayant • pensé à lui si noblement {^) *, il était revenu à elle, De Coster avait écrit à Élisa : • Tout ce que j'ai fait en t'aimant m'a réussi, et ce que j'ai gardé, et ce que j'ai livré au public (-) ».
Ce qu'il a publié nous intéresse d'abord.
Je ne puis m'arrêter longtemps à ses poésies. Il en fit beaucoup, en publia peu, pour les publier les refit de fond en comble, les déguisa en prose, ou n'en garda que des fragments de vers pour céder à la prose la place d'honneur. D'abord, il y avait jeté un premier feu en toute sorte de genres : des nouvelles, comme Nellah, comme Paolo (3) ; des récits de voyage du Cercle, comme le long poème V Excursion ; un essai de théâtre, qui deviendra Jeanne ; une Lettre de fou (•*), dédiée à sa maîtresse, première idée des Sirènes; la Neige , où il raconte le mariage de la Mort et de l'Hiver (5) :
L'Hiver faucha les fleurs, la Mort faucha les hommes.
(') Lettre n° 145.
(2) Lettre n» 143.
(3) Nellah, Journal des Joyeux, H, 41, juin 1849. — Paolo, les Joyeux, 31 octobre 1850.
(*) 25 février 1855. Lettre n" 83.
(5) Reviit trimestrielle, I, 266, 1854.
Une fantaisie dialoguée : les Atnes en vacances :
Mon corps, mon gentil corps, je voudrais m'en aller {}).
Des contes d'humouriste, comme les Deux Chattes (2) :
Minette, ta maîtresse est plus chatte que toi.
En 1854 et 185 Ç, il en donna cinq à la Revue trimestrielle (3) et, dès le huitième numéro de VUylenspiegel (4), il y imprimait le Mercredi sainte où parlent déjeunes pécheresses :
Nous ne mangerons plus de pommes, O père ! ailleurs qu'en la maison.
On conserve la première rédaction de trois de ces poésies, lues aux Joyeux en 1849 : Quelques chiens, Raison et Imagination, les Sirhtes. En la comparant à l'imprimé, on est frappé du grand soin qu'il prend de tout corriger, remanier, compléter. Plus d'un beau vers ou d'un joli trait est de premier jet : sa nature perçait; mais que de trouvailles nouvelles et quelle habileté à mieux faire! On a trois éditions de Raison et Imagination : celle des Joyeux, celle de la Revue trimestrielle, puis les Deux Duchesses des Contes brabançons. Deux fois il a remis l'œuvre sur le chevalet. D'abord, il supprime tout le début, plus de soixante vers sur la cour d'une sorte de roi de cocagne, dont quelques vers nouveaux condensent et animent le portrait :
Dans sa vie il compta plus de baisers donnés, De flacons mis à sec et de mois de folie Que d'instants de tristesse et de mélancolie.
Dans la dernière version^ l'humour s'aiguise : au lieu d'ajouter qu'il était encore vert, le poète rattache es deux traits comme l'efTet à la cause :
Ce qui fit qu'il était à peu près encor vert.
(1) T'""^"^'^ des Joyeux, 111,45, 1851.
(2) y(?7^r«a/ des Joyeux, II, 213, 1850,
(3) Voici la neige, I, 226. —Le Chat, I, 267. — Quelques chiem, II, 262 {Journal des Joyeux, II, 57). — Raison et ImuginMion, IV, 279 {yournal, etc., II, 51) — Les sirhtes, VI, 265.
(^) 25 mars 1856.
Alors il passe à son héros, le jeune prince :
Tout le monde l'aimait, et surtout deux duchesses.
Ici, il garde presque intactes les strophes où il nous a présenté les deux rivales :
L'une était blonde et l'autre brune.
Mais, en revanche, quand le prince, devenu roi, veut les épouser toutes deux :
Il fit chercher les lois touchant la bigamie, Réveilla sur ses bancs toute l'Académie...
l'auteur taille en plein cuir ; un long épisode de la noce est élagué, celui où les académiciens s'enivrent et se querellent ; Ue sorte que beaucoup roulèrçnt sous la table.
Ensuite, les dix vers de moralité des deux premiers textes lui semblent terre à terre sans doute :
La morale du conte est facile à trouver.
Il les remplace et se laisse aller à chanter un nouvel hymne à la Fantaisie :
L'imagination, c'est la duchesse blonde,
La folle du logis et la folle du monde !
Pourquoi ne pas l'aimer? Les fous ont tant d'esprit !
Elle est si belle, elle est si bonne, elle est si gaie.
Montre si blanches dents, l'enfant, quand elle rit !
La poésie déborde de verve :
Peut-on ne pas l'aimer, même quand elle pleure Sur ses chagrins si gros, si grands que tout à l'heure Elle ne saura pas plus ce qu'elle en a fait Que du myosotis cueilli dans la forêt ?
C'est au moment où il est le plus poète qu'il se joue de la poésie et imprime ces vers comme de la prose; puis il s'oublie, prend ses aises, passe une rime, laisse un vers inachevé ; mais quel enthousiasme :
Tu me poursuis parfois, cauchemar, songe, rêve. Hallucination ; je n'y vois point de mal. • Sois partout et toujours, chère, la bienvenue, Que tu sois le démon ou Madeleine nue Avant son repentir, ou quelque fiction, Viens, entr^, ma mie, entre, Imagination !
Il ne pense plus qu'il s'agit de gouverner un royaume et que la Raison peut y être bonne à quelque chose; il célèbre la fée des beaux livres :
Viens, entre, ma mie, entre, Imagination !
La dernière poésie publiée dans cette revue : les Sirènes, porte la même date que la Lettre d'un fou, adressée à son amie le 25 février 1855, avec un * envoi » :
Pouvez-vous m'en vouloir, chère, si je vous aime?
Mais quelle différence! L'œuvre semble transformée d'un coup de baguette; à peine l'auteur en garde-t-il dix vers, et la lettre devient un poème en l'honneur des amants du beau :
Chantres de tous les deuils et de toutes les fêtes, Ceux qui donnent la vie h la toile, ou qui font D'un bloc de marbre brut un poème profond.
L'alexandrin lui a suffi pour la lettre improvisée. Il y échappe à chaque page, et trois fois reprend la strophe lyrique pour glorifier, chez tous ces fous, la fierté dans la souffrance, le courage de vivre, la force de chanter :
Jouets de toutes choses.
Couronnons-nous de roses.
Rions à nos douleurs.
Faisons de nos blasphèmes De terribles poèmes Où brilleront nos pleurs.
Nos lyres sont nos armes ; Si l'art est fait de larmes.
Ces larmes sont des fleurs.
Plus tard, il n'écrira guère que des poèmes de circonstance, parmi lesquels on doit signaler la Chanson des Blancs-Bonnets de Sambre et Meuse, mise en musique par Léon Jouret, un ami des Joyeux ; ou une préface pour les chansons de Félix Bovie :
Ici l'on chante, ici l'on rit, ici l'on aime. C'est l'enseigne de la maison.
Ici, le vers court vif, fringant, agile, alerte, Comme il convient au vers français,
Et l'on ne dira pas que tu cours à ta perte, O joyeux vers, mais au succès.
Tantôt, c'est une satire inachevée et inédite, dans les terze rime de Dante :
Comme un poison subtil, redoutons la pensée ! Moi, si j'avais vingt fils, ils auraient vingt chevaux Qui, sous les grands soleils et la bise glacée,
Les emportant joyeux et par monts et par vaux. Devanceraient la flèche et l'oiseau dans les courses ; Ils n'entendraient jamais parler de leurs cerveaux.
Puis^ ce sont deux poèmes lyriques sur la guerre. L'un, daté de 1856 : Ceux qui sont dessus et ceux qui sout dessous , oppose le droit des victimes à l'ambition des puissants, des héros, des vainqueurs :
Ils tiennent aujourd'hui, mais demain est à Dieu.
L'autre, rOiseau, n'a pas de date :
Pensifs, nous écoutions le bruit lointain des armes S'éteindre lentement, lentement..,
A peine ose-t-on croire à la paîx :
Et le monde inquiet regarde et doute encore Si c'est pour bien longtemps que luit le météore.
Tout à coup ;
Des ailes ! écoutez le rossigno', l'artiste !
Toute la nature chante, travaille, fait des nids :
Des ailes ! regardez la tendresse des mères.
Et partout :
L'art, le chant, la beauté, l'innocence, l'amour !
Tout dit à l'homme d'espérer :
Des ailes ! le bon Dieu nous donnera des ailes, Ainsi qu'aux rossignols, ainsi qu'aux hirondelles. Des ailes pour aller jusqu'à lui, sans effort.
Certes, il aurait pu faire un recueil de ses meilleures poésies, en y mettant cet art de la retouche qui étonne. Il n'y pensa point. Son originalité était dans les légendes.
Revenons à son genre favori.
Thyes, entre autres conseils, écrivait à De Coster : « Ne va pas au cabaret! » Je serais bien surpris qu'il ne lui eût pas répondu : » Où veux-tu que j'aille observer les mœurs du peuple pour les peindre? « Un jour de carnaval, en 1858, il va à Gand, avec Dillens et d'autres artistes. « Le soir venu, écrit-il à Élisa, nous avons tenu conseil ; — Qu'allons-nous faire.? — Voir le peuple, le peuple surtout. La bourgeoisie est la même partout. Donc, va pour le peuple! (i) «.
Je m'étonnerais fort aussi qu'en cherchant bien on ne trouvât pas un ami qui lui ait déconseillé de tant lire Rabelais, Montaigne (2), le roman du Renard^ les Contes drolatiques de Balzac. Sa réponse est dans le style de ses Légendes : où donc l'aurait-il étudié.? » Le vieux langage français, dit-il, dans une conférence manuscrite, est le seul qui traduise bien le flamand. « C'étaient les mœurs flamandes qu'il voulait traduire : pour le faire en artiste^ il voulut vivre à la fois dans la familiarité du peuple et dans l'intimité du seul langage qui pût rendre en français la naïveté goguenarde ou mélancolique du vieux Flamand.
On le voit s'y exercer de bonne heure.
Il reste des feuilles volantes d'un roman intitulé : Histoire véritable de la belle Marianne. Une des préfaces qu'il en ébauche met l'enfer en scène. » On vous a dit (mesdames) que c'est l'orgueil qui a poussé Lucifer à détrôner Jéhovah. N'en croyez mie. C'est l'amour. « Donc, une histoire d'amour en français moderne va alterner avec des épisodes de l'autre monde en vieille langue. Une belle scène y est à noter, celle où un boucher à bonnes fortunes, après lui avoir acheté cher sa vache, force une mère brutale à embrasser sa fille. Rien de charmant comme la joie de la pauvre enfant au premier baiser maternel. Il s'ensuit que le séducteur est sûr de cette proie : il attire la mère chez lui, où son aide l'enivre, et court frapper
(1) Lettre n" T47.
(2) J'ai pleuré deux larmes sur mon gros Montaigne. {Lucie^ 2 mars 1854.)
à la porte de Marianne. • Et il entra. « Sur ces mots, le rideau baisse et l'orthographe change ;
» Or çà, dit Guilguiroth (à un chérubin), veux-tu point véoir choses bien plaisantes et prétieuses également ?
— Je veulx, respondit le gentil chérubin.
— Doncques, regarde cy... Que véois-tu?
— Las ! las ! je véois ung paillard, paillardant dans le logis d'une gente fillette.
Marianne résiste encore, mais le chérubin appelle en vain à l'aide. Le diable s'en joue en le menant près de la mère qui dort dans l'ivresse et qu'on ne peut réveiller; vers l'amoureux qui se traîne de phtisie d'amour et ne peut courir. Et bientôt l'ange voit le démon entrer en danse :
n Et véit Guilguiroth subitement prendre son bonnet à plume de coq de l'Inde et, le jectant en l'aër, le ramasser de la main... Puysdança, sur la somme part du toict, dance merveilleusement infernale et horrificque à véoir... Il daiiçoit sus ung pied, pays sus ung doigt, puys sus la teste, puys féit come carpe au soleil, soy retornant le dos, le ventre, de cy de là et touiours s'esclatant de rire. Puys descendit du toict et dança sus l'herbe drue, puys sus la haie du jardin, puys sus les arbres, chesnes, pommiers de court peadu et aultres... Et touiours s'esclatant de rire très horrificquement. Puys se pourmena par le jardin, en posture raaiestueuse et impériale, se grattant l'aureille ioyeusement, puys dança sur le toict comme devant et cria : Guaignée la bataille!...
1 Le gentil chérubin pleurant comme nouveau né, remonta es haults cieulx, cependant que Guilguiroth, le grand diable, soy descendit ea terre, sonnant fanfare ioyeuse et battant tabours come veray tabourineur, »
On a souvent comparé l'écrivain à un peintre, et lui-même n'en manque pas Foccasion. Ici il prépare et broie ses couleurs. Mais il ne borne pas là sa méthode. Il procède surtout par l'observation dans la vie ou dans les livres du temps, par le croquis, fait sur le vif, des moindres traits, par l'annotation même des mots, sous la dictée des conversations ou des lectures; il ne ménage rien pour faire cette moisson d'esquisses : aucune dépense^ aucune excursion dans les pays les moins hantés ou dans les bas-fonds les plus populaires; il veut accumuler des documents, s'assimiler les mœurs. Même au sein de ses amours, il a pensé à saisir le vrai. Il y insiste auprès
d'Élisa (1), et on le sent alléché à Fidée de voir » ce qui se passe dans sa petite tête « : « Prends ta pensée au vol et dis-lui : Je te prends pour mon petit Charles. Quels jolis petits oiseaux babillards et chantants ; quels petits anges aux ailes de velours, quels papillons richement nuancés doivent être tes pensées!.. Veux-tu les mettre en cage pour moi, je leur rendrai la liberté (2) «.
Puis, ces matériaux rapprochés comme les pierres d'une mosaïque, classés comme les esquisses préparatoires d'un tableau, il n'en conserve que ce qu'il y trouve de vivant, d*original, de précieux. Vienne alors « la fougue du travail », et l'écrivain a une bonne journée.
» J'ai eu aujourd'hui une excellente, une précieuse journée : ma préface (3) est finie, et chaudement finie,.. Je me suis passionné pour elle; je l'ai fouillée sans autre distraction que ceUe de t'avoir vue — et une bonne distraction; — je l'ai fouillée pendant quatre bonnes heures. Et en quatre heures, quand elles sont bonnes, j'abats la besogne d'une mauvaise, de deux mauvaises et tièdes semaines. Tu peux m'embrasser aujourd'hui.,, n (Lettre n" 119.)
Ce travail, enlevé d'entrain, ne réussissait pas toujours du premier coup. Au retour de la verve, l'artiste grattait des parties de sa toile, reprenait le dessin, retrouvait le ton. Souvent il faisait copier son manuscrit pour y voir plus clair; son amie ("*/ ou sa sœur s'y prêtait avec intérêt. Mais l'épreuve imprimée était surtout décisive, comme la mise en cadre d'un tableau pour une exposition : c'est la dernière fois qu'on peut y retoucher (5) ! La passion le reprenait, il biffait sans pitié de longues scènes, taillait dans les chapitres, remaniait « chaudement « de longs passages, et ces pages, dix fois refaites peut-être, mais chaque fois de prime-saut, on les dirait nouvellement écloses. L'art des maîtres est là : faire difficilement des vers faciles^ disait Voltaire.
(^) Lettres n°» 24, 26, 27 et 28.
(2) Lettre n0 26.
(3) n Le volume est composé sauf la préface -i avait-il écrit, la veille. Lettre n» 118.
(■*) Voir les lettres 44, 97 et 114.
(^') » Callewaert — c'est son imprimeur — me permet de faire des corrections sui ia toute première épreuve, absolument comme si c'était un manuscrit ", écrit-il avec joie. (Lettre n» 113.)
Il y réussit dans les Légenïes famanies.
« Ce monde étrange, j'aime à m'y plonger. J'aime l'espèce de folie qu'il faut pour créer dans ce genre. . Je voudrais tant ne marcher sur les traces de personne!... On peut aussi dans ce genre peindre de vrais caractères, de vrais hommes, avoir et montrer du bon sens. Je resterai crâ lement et fortement ce que je suis... » (Lettre n" 124.)
Il y employait aussi l'esprit critique exercé chez les Joyeux. Ses lettres en témoignent ; un concours de poésie l'attire en 1S54 : " Quelques vers encore, écrit-il, et tout est fin'. Mais je m'aperçois d'une chose : je ne sais pas bien louer un homme. Je parle... bien plus de la Belgique que du roi... (i). » Quand elle a lu le manuscrit^ une autre objection lui vient à l'esprit : » Le seizième siècle manque, les guerres de Louis XIV n'y sont pas... Il ne faut pas te faire d'illusions sur le succès (2). »
Pour les légendes, plus le genre le charme, plus il vise à la perfection. La première qu'il se risque à publier en dehors de son journal est celle des Frères de la Bonne Trogne. Il a déjà • une bonne réputation inédite «, dit-il gaîment (3). Ici, nous sommes loin de Mariane. Mais que Ton compare à ce tiré à part le texte des Légendes : l'orthographe est rajeunie, Télision oe s'emploie qu'à bon effet, les transitions sont ménagées pour charme de diction et clarté suffisante, les détails sans vie ont disparu, d'autres sont ajoutés et on a l'impression qu'ils manquaient; et partout l'accent est plus juste, la langue plus ferme, sans que les traits familiers, les tournures du vieux temps perdent rien de leur naïveté naturelle. A la seconde édition, il trouvera encore à corriger, à perfectionner son style dans le même sentiment et avec un goût parfait.
Un petit épisode de sa vie littéraire ne sera pas déplacé ici. La brochure parue, un lecteur de YUylenspiegel lui offre, si elle s'écoule vite, d'en faire une seconde édition à mille exemplaires, de compte à demi avec l'auteur : • Nous partagerions. » Il y voit » un éloge réel », et — ce qui n'était pas
(1) Lettre n" 85. Il reste de ce poème un premier jet incomplet, daté de 1854.
(2) Lettre n» 86.
{•'') Lettre n" 73.
pour lui déplaire — l'amical mentor était un bon boucher d'Ixelles (i).
Pour Smeise Smee, lui-même nous fait la confidence de cette œuvre de retouche : « Je travaille à Smetse, le forgeron, et Tai fait bonhomme au possible (2) », dit-il d'abord. Puis il hésite : « J'ai un peu peur de la fin, qui me paraît être un peu de la charge. Je tâcherai d'y remédier en corrigeant les épreuves (3). „ H faut croire qu'il y réussit, car Deschanel dira Il ces merveilleuses et divertissantes aventures, terminées par une invention tout à fait charmante ».
Celle des Légendes flamandes qu'il fit après les autres l'emporte sur toutes. Il en trouve le sujet au dernier moment, et c'est un cri de victoire :
• Une légende manquait pour faire de mon volume un vrai volume. Cette légende, je l'ai trouvée. Elle est historique, sublime et vraie. Félicite-moi, le sujet est si beau que, bien traité, il ferait à lui seul ma réputation. Il est inédit et se base sur une ballade flamande populaire. Demain, je traduis la ballade ; lundi, je commence la légende. Je suis tout feu pour elle. » (Lettre au crayon n" m.)
C'est le Sire Halewyn. Quelque temps après, il écrit :
n Ce soir, j'ai repassé les 8o premières pages à! Halewyn. Il y a encore des longueurs. Mais je ne puis me croire moi-même aujourd'hui : je ne suis pas assez vivant. » (Lettre n» 115.)
n J'ai travaillé en rentrant, j'ai travaillé encore ce soir, j'ai eu un peu de fièvre, maià qu'importe ! Je veux bien être malade, s'il le faut, mais réussir. Je me guérirai après. J'ai encore demain et peut-être un peu après-demain à travailler à Halewyn... Je n'ai pas été assez sévère envers moi, ce soir; je me suis laissé aller à l'émotion, aux larmes, comme si j'en lisais un autre. Demain, il me faut être plus froid. Je dois être à moi-même un plus terrible juge. 11 (Lettre n" 116.)
Il avait dit déjà :
» Je suis de ceux qui savent attendre. On ne sait pas ici quel long travail il faut à celui qui veut refaire son intelligence, entrer dans le bon, le vrai et le juste, se soustraire à l'imitation, être original enfin. » (Lettre n° 109.)
Maître de son genre et tout de feu pour un beau sujet, il fit le chef-d'œuvre de ce Hvre : ses larmes ne le trompaient pas.
(') Lettre n» 100.
(*) Lettre noiTo.
Lui-même, parlant d'un article du Charivari du i8 février 1858:
• Il est très bien fait, écrit-il à Élisa, mais je ne sais pourquoi ces gens tombent toujours sur Smetse Sinee et si peu sui; Ilalewyn. C'est Ifalewyti que Rousseau préfère, Pirmez aussi, Adolf (Dillensj aussi, etc., et moi aussi. Et toi? • (Lettre n» 147.)
Quelqu'un ayant dit de sa première légende qu'il l'avait » prise dans un vieux livre, » il s'indigne avec la même ardeur qu'il met à se corriger. Oubliait-il les Joyeux .'' Non. Mais ce temps lui semblait passé avec son apprentissage. C'est lui seul désormais qui, pendant son travail, sera pour lui-même un juge terrible et sûr. Quoi qu'il en soit, il a voulu répondre. Il a envoyé à ses collaborateurs le livre où est la légende :
• Elle y est en français et en mauvais latin; le français est moderne et la légende en elle-même est bête... J'ai cru pouvoir la traduire en français du moyen âge, y ajouter des épisodes et dessiner plus nettement les personnages. • (Lettre n» loi )
Veut-on vériner sa manière, il suffît de comparer la vieille Chanson d'Halewyn à sa légende. Le moindre trait d'esprit ou de grâce est resté intact sous sa plume : il n'était pas homme à sacrifier ou à remâcher des perles. Le surplus, le fumier ramassé avec ces bijoux, a disparu. Mais l'auteur a revécu les personnages, rempli les scènes, reconstruit le drame, animé la couleur, et l'ancienne chanson est devenue une légende, la vieille esquisse un tableau. Lui-même se juge et crée.
Van Bemmel, parlant de l'illustration des Légetiies, félicitait l'auteur d'avoir pu réunir, comme » dans une même galerie », des talents d'artistes si divers. Cela nous annonce une autre sphère où se plut l'écrivain.
De Coster se mêla à la société littéraire de son pays. Mais il eut toujours une préférence pour les artistes. Ils étaient sept à illustrer les Légen ies flamandes et six pour les Contes brabançons. Quand paraîtra Ulcnspiegel, ils seront vingt. Il a raconté ses impressions au premier groupe de peintres qu'il rencontra.
Dillens et autres : « Ah ! dis-je..., voilà des hommes! C'est là qu'est la bonté, la franchise, le dévouement. « Il sait bien qu'il eut vite à en rabattre, mais il gardera toujours intérêt à ces relations, plus familières entre gens qui ont les mêmes tendances, les mêmes « faiblesses » et un autre art. Dès 1851, Félicien Rops était entré aux Joyeux, où il trouvera l'éditeur et le rédacteur en chef de son journal illustré. De Coster était déjà l'intime de Dillens, » le premier homme de cœur que j'ai rencontré, écrit-il, et cachant sa faiblesse envers ses amis sous une apparence de rudesse 0) ». Dillens avait dans son atelier un choix de vieux livres flamands. Il ira plusieurs fois avec De Coster en Flandre et en Zélande. C'est lui qui attachera le grelot pour les gravures des Légendes. L'auteur annonce avec joie à Elisa que le dessin de la Dent de fer est achevé pour les Frères de la Bonne Trogne : » Mon volume sera magnifique d'aspect (2) ! «
Avec Rops, comme avec Dillens, l'entente est complète, sauf les nuances, comme il convient entre esprits libres, et avec le même » mépris des pudeurs mesquines », comme dira Lemonnier sur sa tombe. La poésie et la peinture aiment ces échanges d'idées, où chacun gagne. Dillens se passionne pour la Zélande, et ses tableaux zélandais, ses meilleurs, figureront dans la Zélande de son ami, que publiera le Tour du monde. Rops avait fait pour les Légendes deux eaux-fortes, et il retenait, dans la seconde édition, » pour lui tout seul les illustrations de ce bon Smetse Smee » (3). Pour les Contes brabaJiçons, il fit le menuisier d'art : Christtis, d'un vif sentiment populaire. Quand De Coster rédigera une note pour le ministre, il dira que le concours de Rops à l'illustration de sa Légende d^Ulenspiegel, a été stipulé » comme nécessaire » dans les lettres qui servent de contrat avec son éditeur : « Ce serait une bêtise que de le faire paraître sans la collaboration de Rops (4) ». Le 2 juin 1866, il écrit au ministre une sorte de
(') Lettre n» 146.
(3) Lettre sans date.
(^) Note au sujet de V Excellente chronyckt.
rapport sur ses projets littéraires : Ulenspiegel ne paraîtra pas avant le 31 décembre 1867, dit-il, parce qu'il veut » attendre que Rops, en illustrant l'ouvrage. . . , en fasse un chef-d'œuvre. . . » Quand le livre parut, ils étaient dix-neuf à l'orner de trentedeux eaux-fortes.
Ces relations ne devaient s'arrêter jamais. En 1858, il va voir Wiertz, qui a lu et qui aime ses Légendes {}), et il raconte à Élisa cette visite dont il se souviendra quand il fera de Satan, " qui est orgueil «, un » homme beau et nu « (2). Pour publier son voyage en Néerlande, il dut encore s'entourer d'artistes ; sa jeunesse d'impressions est toujours là quand il présente à ses éditeurs parisiens de nouveaux talents, de jeunes amis : « Mellery est enchanté de ce manuscrit, qu'il a lu. Il prétend l'illustrer sur place... et nous donner une série d'illustrations qui seront charmantes et très originales (3). »
Ici, c'est fraternisation et maturité qu'il faut dire. Avec les Légendes flamandes, l'écrivain était entré dans ce qu'il était désormais en droit d'appeler son art.
Les Légendes flamandes eurent un franc succès. 'SJInlépcndance belge avait alors parmi ses collaborateurs littéraires un proscrit français, ancien professeur de la Sorbonne, érudit et spirituel dans ses écrits et ses conférences, Emile Deschanel. Le 29 septembre 1857, il annonce le livre et en fait un si bel éloge qu'il parut à l'éditeur parisien Hetzel, réfugié aussi en Belgique, contenir » les éléments d'une préface » qui permettrait de le présenter au public français. Deschanel revit son article, en retrancha des remarques de linguistique, y ajouta des considérations littéraires, et le livre, ainsi complété, fut remis en librairie. L'illustration aussi en avait été enrichie. Deschanel n'avait annoncé que des eaux fortes d'Adolf Dillens; la Revue trimestrielle du i^"^ janvier 1858, où Van
(2) Légende de Thyl Ulenspiegel, 1. I, ch. 79. p) Lettre à M. Templier, 1876. Brouillon.
Bemmel en fait un éloge médité, le dit illustré de douze eauxfortes et nomme les artistes : Dillens, De Groux, Rops, Schampheleer, Roffiaen, Van Imschoot, Van Thoren. C'est l'édition que nous avons tous lue alors (i).
Le feuilleton était enthousiaste. Deschanel préférait le style des Légendes à celui des Contes drolatiques de Balzac, félicitait l'auteur de n'avoir pas eu recours, comme lui, » au leurre de l'orthographe surannée «, louait sans restriction, une à une, chaque légende et allait jusqu'à dire ; « Plusieurs passages sont du Rabelais réussi... L'auteur possède à un très haut degré le don du style... Rabelais ni Montaigne^ en leurs meilleurs moments, n'eussent pas mieux dit. J'ajouterai même que ce dernier trait sent quelque peu son Lucrèce et son Homère... »
La préface abordait d'autres points : l'histoire, où l'auteur a montré des connaissances de costume et d'ornement, avec l'intelligence morale des époques; l'invention de types nouveaux, de caractères pris dans le peuple flamand et d'une vie tellement locale que « bien qu'écrites en français, dans une langue pure, maniée habilement, les Légejides, traduites en flamand, paraîtraient sans doute être l'œuvre originale « . Enfin, • M. De Coster n'a pas cherché ses modèles hors de chez lui. C'est là un grand bien, un élément de force et de talent, etc. ».
Rien ne répondait mieux aux visées de l'auteur, qui, du premier livre, se voyait compris dans ce qu'il aimait le plus de son art.
(') Cette seconde mise en vente du livre soulève deux questions de bibliographie. La première édition, avant la préface de Deschanel, est introuvable. En quoi différait-elle de celle qui produisit pour la première fois la préface de Deschanel et dont j'ai pu voir un exemp'aire ? S'il faut en croire l'en-téte du feuilleton de Vlndépendatice, la première n'aurait eu que des eaux fortes de Dillens; et, d'un autre côté, De Coster parle à Élisa (L. Ij8 et 119) d'une préface faite par lui, qu'il a fouillée. J'ai cité ce passage page 36. On comprend qu'il ait supprimé cette préface pour mettre en vedette celle de l'écrivain français. Mais qu'est devenue la sienne? On n'en sait rien On doit supposer aussi qu'il profita de la bonne fortune pour compléter l'illustration, que Van Bemmel déclarait aussitôt composée de douze eaux-fortes, en nommant exactement les artistes, et qui contenait, comme j'ai pu le vérifier, deux dessins pour les Frh-es de Al Bonne Trogne, deux pour Blanche, Claire et Candide, quatre pour ^(j/ew)'/; et quatre pour Smetse Smee. (Paris, Michel Lévy, et Bruxelles, Méline et Cans, pp. IV et 252.) Cette édition diffère de celle de 1861, en ce qu'elle n'a aucun en-tête de chapitres.
Pour que rien ne manquât à la sensation que, selon Van Bemmel, ce livre devait produire, la Revue des Deux Mondes abondait dans le même sens, le i^*" août 1858 :
» L'auteur possède éminemment l'intelligence morale du pays et de l'époque où il place ses récits. Il a su, avec un rare bonheur, exprimer la spécialité de son sujet. C'est bien là le moyen âge... Mais c'est déplus le moyen âge flamand. •
Van Bemmel avait dit que De Coster avait » su être original dans cette vieille langue déjà si originale par elle-même • et que, » pour s'assimiler ce style et y avoir ses coudées franches, il fallait plus que de l'intelligence et de l'étude, il fallait un certain instinct de la forme qui n'appartient qu'à l'artiste ». La Revue des Deux Mondes dit à son tour :
» Derrière les spécialités de tournure et de style que lui imposait un pareil ouvrage, M. De Coster laisse deviner son propre style, et ce n'est pas à son désavantage. Son livre renferme un sentiment de grâce et de mélancolie qui est évidemment dû à la seule personnalité de l'auteur. •
Dans quel pays, à quelle époque, une œuvre ainsi appréciée n'aurait-elle pas fait la fortune d'un écrivain.?
De Coster n'ignorait pas les difficultés de la carrière, surtout dans les petits pays étouffant sous l'influence d'un grand centre littéraire de même langue :
» Au peintre qui réussit un tableau, d'autres tab'eaux sont à l'instant commandés, avait-il écrit. Je réussis quelque pièce de vers, quelque morceau de prose, rien ne vient pour cela, et je dois recommencer la même vie de luttes. •
Les Légendes flamandes eurent une deuxième édition en 1861 (1). Leur succès avait déjà donné à l'artiste, non pas des
(') (Bruxelles, v* Parent, et Paris, Michel Lévy, 238 p.). On en trouve deux différents genres d'exemplaires : l'un illustré de neuf eaux- fortes, les mêmes, sauf quelques unes, que dans la première; l'autre sans illustrations et sous un titre général : Collection de romans nouveaux . La couverture, illustrée, reproduit le frontispice de la première édition et, au verso, la Dent de fer, par Dillens. De Coster en profita pour l'embellir et la corriger. Chaque chapitre y prend un titre en lettres gothiques, et la seconde légende, publiîe d'abord d'une pièce, est divisée ea dix parties, dont chacune a son en-tête. Le style ausbi est revu comme l'auteur s'y entendait .
moyens de fortune, mais d'études; non une position, mais des loisirs, avec le pain assuré. Deschanel l'avait montré supérieur à Balzac pour le sentiment du vieux langage. On crut l'artiste archéologue. En 1860, il était nommé » employé de la commission royale chargée de la publication des lois anciennes «, dont le bureau était annexé aux archives du royaume. C'eût été évidemment se tromper de prendre le romancier pour un historien et le fantaisiste pour un paléographe. Mais nos archives sont aussi une mine de trésors historiques, et il pourrait en tirer parti. Le ministre l'avait bien entendu ainsi, ot. put le croire. L'artiste ne serait pas sans se rendre utile, mais c'était plutôt une sinécure qu'on lui donnait, dans un milieu où l'on sent, pour ainsi dire, palpiter sous ses doigts la matière de l'histoire.
L'auteur des Frères de la Bonne Trogne s'était fait aussi une seconde langue maternelle du vieux français, et il savait » le flamand, dit-il, l'ancien, un peu mieux que le nouveau {}) ». Mais l'art de déchiflfrer les paperasses et d'analyser des chartes ne lui allait pas à la cheville : il le traita, dit-on, de son haut. Là encore, après quatre ans de lutte, il donna sa démission (1864). Et quel joyeux deuil il dut porter des archives comme de la banque! Les rêves de mariage aussi avaient été enterrés : il lui restait ses deux duchesses ; le Bon Sens qui observe et la Fantaisie qui crée.
Il s'était * employé » aux archives à étudier le XVF siècle, pour une œuvre d'artiste. En attendant, il avait publié les Con tes brabançons ( 1 86 1 ) .
Quand on s'arrête, incertain et troublé, devant la séparation des deux amants, ce livre apparaît comme un effort du poète pour se rattacher à l'avenir par ce qui lui restait de meilleur du passé, en reprenant ce qu'il gardait d'inédit des oeuvres qu'il avait esquissées lorsqu'il disait presque chaque jour à Élisa : « Tout ce que je fais est en vue de toi. »
Les Contes sont écrits en français moderne. On l'attendait là. Mais en renonçant au vieux langage, il n'avait pas aban-
(1) Lettre à M. le secrétaire de la commission de publication des anciennes lois (1860).
donné les qualités qu'il lui devait. Il serait injuste aussi de dire qu'il ne réussit qu'à moderniser son style. Il y a là des fantaisies vives d'allures, où son genre s'applique à la satire; puis deux romans, dont l'un, dans sa dernière partie, l'autre dans son ensemble, contiennent une manière singulièrement persuasive de peindre l'amour, en dehors des lieux communs, dans une vérité pittoresque. Ces amants-là vivent et s'aiment. On sent à quelle époque de sa vie ces nouvelles ont été conçues et écrites.
" Ces qualités étaient bien à lui sous cette parure d'emprunt. Les voici fraîches, vives, gracieuses, naturelles. Voici la verve, voici l'originalité, voicj l'artiste, le fantaisiste, le poète. »
La Revue trimestrielle parlait ainsi {}) et j'eus le plaisir de lui voir reproduire l'article dans YUylenspiegel (2), comme il l'avait fait pour le feuilleton de Deschanel (3).
Ce que la vente de ce livre put lui rapporter, cependant, n'allait pas jusqu'à remplacer ses honoraires d'archiviste. L'écrivain se retrouvait dans la même situation qui lui avait fait écrire à Èlisa huit ans auparavant : » J'ai résolu de travailler et de beaucoup travailler, de toutes les manières, afin de refaire notre petite fortune qu'on a bien un peu entamée à cause de moi (^) «, Aussitôt, il s'efforce de se créer des ressources nouvelles. Il a énuméré deux fois (^) les œuvres qu'il pouvait successivement livrer à l'impression. C'est Jeanne • un vaudeville en vers * qui parut en 1863, — encore un lambeau de son cœur. — Ce sont : la Tour de Je/, qui ne parut que plus tard (6); les Bohémiens, publiés dans \Uylenspiegel ("); V Histoire d'un menuisier, qui doit être le Christus des Contes brabançons ; d'autres qui ne paraîtront jamais, car il n'en reste que des fragments, et, avec son pro-
(1) T. XXXI, p. 357.
('-) 4 août 1861.
(3j i" janvier 1858.
(^) Lettre n» 13T.
(") Lettre au ministre du 2' juin 1866 et note sans date sur V Excelletite chroiiyke.
(6) Rrjue de Belgique, t. VI, p. 8r, 1870.
(") Tiré à part ia-12, imprimerie Parent. 16 pages, sans date. Bibliothèque de l'Académie. Non renseigné dans la Bibliographie nationale.
cédé de retouches, toute édition posthume de légendes semble impossible : » Mary et Jack, 200 pages « dit-il (i); \ Histoire d'une abeille (2), le Cheval du colonel i^)] enfin, il nomme un roman qui devait paraître après Ulenspiegel : le Voyage de noces. Les manuscrits seraient prêts à temps ; mais des manuscrits ne s'achètent pas en Belgique ; tout au plus peuvent-ils servir à justifier quelques subsides. Chose assez maigre que les subsides de l'État; ceux qu'il reçoit sont d'ailleurs absorbés, et au delà, par ses recherches et ses voyages pour sa grande légende. Un cours d'histoire à l'institut Rachez lui est utile et aussi e secrétariat du D"^ Moeremans, qui lui est enlevé lors d'un séjour à Paris. Il pense à des conférences, en donne sur ses sujets favoris dans nos diverses villes. Mais les conférences ne sont possibles qu'en hiver, et l'été ramène les mêmes préoccupations (4). De nouveaux projets passent dans l'imagination du poète. C'est une traduction de V Excellente Chronycke van Vlanderen, dans le vieux français qu'il adore. « N'est-ce pas une entreprise utile.?... Quel inconvénient peut-on voir à payera un traducteur le prix de son travail.? M. le professeur Altmeyer veut bien se charger d'en faire la préface « (5), Ce sont les légendes de la Campine, qui seraient « encadrées dans une description des mœurs et usages, si charmants dans cette partie du pays, primitive encore sous plus d'un côté (6). »
Il préfère cela à la position qu'on lui reproche d'avoir quittée, aux archives : » Elle n'était pas tenable et elle était sans avenir p). » Un jour, devant un cortège de grands dignitaires de la Cour, il avait écrit à Élisa : « Il est beau, il est bon pour l'homme d'être fier et libre, dût-il rester pauvre (s). »
L'avenir pour lui était dans sa grande légende.
(1) Il en reste deux fragments.
(2) Il en reste quelques pages.
(3) Inconnu.
(4) " Mes conférences à Anvers, Gand, Bruges, Ypres, Tournay, Hasselt, etc., m'ont donné quelques ressources cet hiver, mais voici l'été... ». Note sur VExcellente Chronycke.
(•■'; Note pour le ministre relative à VExceilente Chronycke, 1866. (6) Copie d'une lettre au ministre, 2 juin 1866. C) Note au sujet de V Excellente Chronycke. (8) Lettre n<> 139, 1858.