‹ Lettres à Henry Dix Hutton [microform]Chapitre 31 sur 39 · XXXII. À M. HENRY DIX HUTTON, À DUBLIN · texte numérisé non relu

XXXII. À M. HENRY DIX HUTTON, À DUBLIN

Paris, le jeudis 15 Moïse, 69.

Mon cher disciple.

Votre lettre de dimanche, que j'ai seulement reçue ce matin, m'en annonce une antérieure de M. Ingram, qui ne m'est jamais parvenue. En vous répondant, au début de Décembre, je vous avais spécialement prié de m'envoyer, avant la fin du même mois, les dix-neuf francs dus pour les deux exemplaires que je vous adressai le 18 Novembre, afin que cette rentrée concourût au versement que j 'avais projeté de faire à M. Thunot le 30 Décembre. Je regrette que vous n'ayez pas réalisé ce petit remboursement, auquel je me suis ainsi vu finalement forcé de suppléer en l'avançant sur ma caisse personnelle, celle de M. Thunot ne devant aucunement souffrir de votre négligence. Sans l'intervention hollandaise qui vint noblement dissiper mes graves inquiétudes pour la terminaison de 1856, cette minime avance m'aurait véritablement gêné. Ceux qui n'ont jamais été totalement dépourvus d'argent ne peuvent assez

Lettres d'Augîiste Comte

comprendre le prix que vingt francs acquièrent dans certaines situations. Me voilà pareillement forcé de vous répéter la même remonstrance envers M. de LombraiU auquel, sur sa demande spécialement motivée, samedi dernier, je remis à votre place les 19 J francs que vous lui devez pour divers envois, et qui, par conséquent, devront aussi me revenir de vous.

Ces explications nécessaires étant maintenant écartées, je vous félicite d'avoir dignement lié votre nom, et, par suite, votre religion avouée, à l'utile introduction, qui finalement réussira, des tribunaux de commerce en Angleterre. Hier, je reçus vos six exemplaires, dont je distribuerai cinq selon vos vues. Aujourd'hui, j'ai lu votre intéressante circulaire, où vous avez heureusement appliqué ma règle usuelle de ne jamais vendre la vérité, suivant votre noble formule. Si l'éminent Gibraltar de M. Congreve m'a surtout frappé par sa réaction nécessaire sur l'auteur, j'attends du vôtre un résultat équivalent. Il tend à vous confirmer dans la direction pratique que vous avez heureusement imprimée à votre apostolat positiviste, en renonçant, avec une sagesse, d'abord spontanée, puis réfléchie, à toutes prétentions théoriques.

Tout à vous,

Auguste Comte.

10, Rue Monsieur-le- Prince.

à Henry Dix Hutton,

XXXin. A M. HENRY DIX HUTTON, A DUBLIN.

Paris (10, rue Monsieur-le-Prince), le jeudi y 1er Aristote, 69.

Mon cher disciple.

Le principal objet de votre lettre de lundi, que j'ai reçue hier, mérite que je félicite M. Ingram et vous de la noble cordialité qui vous dispose tous deux à seconder l'intéressante publication de M. de Lombrail. Mais le degré de concours que vous m'indiquez me semble pleinement suffire, et vous ne l'excéderiez qu'en remplaçant la fraternité normale par un patronage inopportun. C'est pourquoi cette assistance se trouve normalement bornée aux opuscules secondaires, où les positivistes qui n'écrivent pas aident leurs frères plus hardis ou mieux placés, en développant des contacts également utiles à tous. Dans le cas de M. Edger, pour son importante traduction du volume final de ma Politique positive, cette fraternité collective serait naturellement insuffisante. Il faut alors attendre l'intervention du vrai patronage individuel, que cet éminent disciple espère, et je crois avec raison, trouver, peut-être bientôt, chez quelque Lombe^ américain.

Quant à l'opinion que vous me demandez sur l'opuscule de M. de Lombrail, il était essentiellement indigne de publication immédiate dans l'état sous lequel il me fut d'abord soumis. Mais le jeune auteur eut le noble courage de le

* Mr. Lombe, who gave £500 for the publication of Miss Martineau's " Condensed translation of the Positive Philosophy," as stated in her Préface.

Lettres d^ Auguste Comte

à Henry Dix Hutton.

refaire entièrement d'après mes indications paternelles. Je l'ai soigneusement relu dans ce dernier état, et je l'ai finalement jugé digne d'être maintenant publié. Cette exposition manque de force et de profondeur. Néanmoins, elle indique une âme consciencieuse, dont les sincères convictions peuvent utilement ébranler un milieu sceptique.

Tout à vous,

Auguste Comte.

P.S. — Ma dernière circulaire fut récemment envoyée à

M sous la même double bande que votre exemplaire.

Si, comme je conce\Tais aisément, il craint d'être ainsi compromis en la recevant .... il n'a qu'à m'indiquer une autre voie, soit en l'adressant à son domicile en ville, soit par votre entremise. Je pourrais aussi, s'il le préfère, l'envoyer sous enveloppe par la poste, suivant mon usage antérieur ; quoique nous devions mieux utiliser, ce me semble, l'heureuse libéralité finalement introduite dans les envois mutuels entre la France et l'Angleterre.

Page 1