LETTRE CINQUIÈME
riNsmiJcneii puhaiiub dans les caipagnes.
DBDXlim f AMTIB. — lâB COMHBliVAniB.
32 Février.
Eh- bien ! mon «mi Jacques , que t*aYa«-j6 dit? N'as-tu pas entendu depuis samedi dernier ce gracieux concert de malédictions, de blasphèmes, de calomnies, dont je t'avais parlé? Pourquoi me suis-je avisé, bon Dieu ! de mettre le pied dans cette galère? Pourquoi, au lieu de dévider tranquillement mes fusées quotidiennes, en eheirchant à te débrouiller Técheveau
Je poiirsuis donc ma tâcha, et je reprends la conférence au point où je Tai laissée.
Je t'ai rappelé sous Tempire de quelle préoccupa* lion liberticide, la loi a été proposée» discutée» votée; je t'ai dit qu'une loi pareille était plus fatale que la loi contre le suffrage universel
Un autre monsieur, qui se prétend grand chrétien^ et qui s'est essoufflé pendant cinq colonnes à me àê* noncer, à me calomnier^ à m'injurier comme un mécréant, prétend que je commets un crime en n'aimant pas la loi. Un crime ! parce que, sous le suffrage universel, nous luttons afin de préparer pour plus tard la victoire qui nous a échappé un jour ! un crime? parce que nous, la minorité d'aujourd'hui, nous nous efforçons par la discussion de devenir la majorité de demain. Âhça! quel droit peut donc rester aux vaincus, si on leur refuse cette eqpérance légitime de revendication? Et ces farouches inquisiteurs, ces casuistes si pointilleux, ne commettent-ils pas un crime cent fois plus criminel que le mien^ en injuriant tous les jours la Constitution, qui est la loi des lois, le pacte suprême, et la République qui est le gouvernement établi, consacré ?
Ne trouves-tu pas étrange que sous la République, on traite de crime toute tentative faite par les Républicains pour défendre les principes démocratiques» et qu'on puisse impunément travailler au renversement de nos institutions et conspirer à ciel ouvert, c'est-à-dire nous préparer d'aimables catastrophes et dV gréables révolutions?
Si je commets un crime, je ne demande pas mieux que de passer aux assises ; mais je demande à y aller avec tous mes complices, et je faisure, mon ami Jacques, que la halle aux grains serait trop petite pour les contenir tous, et qu'il n'y aurait pas assez de gendarmes pour les garder. Car il n'est pas une seule commune dans le département où des criminels comme moi ne maudissent, à l'heure où je t'écris, cette loi jésuitique que les partis ont enfantée après une monstrueuse alliance, et qui ne doit pas survivre à cette coalition éphémère.
Si je suis criminel, parce que je réclame en faveur de l'enseignement du pauvre, il paraît que je suis non moins digne d'être brûlé pour m'ètre permis de qualifier de congrès royaliste, d'assemblée inquisitoriale, le Conseil académique de l'Aube, Royalistes, eux ? de si honnêtes gens! des hommes si recommandables I
fallait des instruments dociles, des sentinelles inflexibles qui criassent haro sur toutes les idées de liberté, et les républicains furent signalés comme une peste dont le Conseil académique tenait essentiellement à se garer !
Si deux ou trois hommes appartenant aux anciens comités (et je fais la part belle), continuèrent d'exercer leurs fonctions, ils le durent à leur position sociale, à des considérations toutes particulières. On n'osa pas les destituer ; mais partout où Ton osa, la révocation fut prompte et brutale.
Un incident assez plaisant et qui Vja te servir à décider si j'exagère en rien mes griefs, se produisit au sujet de ces exécutions. Je commence par garantir l'authenticité de mon récit. Je puis citer tous les noms, et même celui de l'honorable témoin qui m'a raconté le fait Si unanime que semble le Conseil dans ses projets, il y a pourtant là, conmie ailleurs, une majorité et une toute petite minorité. Eh bien ! quand la minorité vaincue, opprimée sans cesse, s'incline au-dedans, elle se relève pour respirer au-dehors, elle se soulage par des confidences , e( c'est l'écho d'une de ces confidences de la minorité vaincue^ mais proteêtanu, qui m'est venu directement.
Or donc, il s'agissait un jour, dans le sein du Conseil, de choisir un délégué pour une portion de rarrondissement de Nogent-sur-Seine. FiCS renseignements faisaient défaut ; on ne voulait pas agir légèrement L'arrondissement de Nogent appartient à M. Casimir Périer, et mérite par conséquent des égards tout particuliers. Que décider? que conclure? Quelqu'un ouvrit Tavis d'écrire à M. le curé de ***, pour lui demander conseil. Cétait là une précaution parfaitement naturelle; la loi étant pour le plus grand bien du parti clérical, c'était au clergé à désigner ses hommes.
M. le curé désigna M. S.....« notaire à P....| chef de bataillon de la garde nationale, homme parfaitement reconmiandable, que son état de tabellion représentait comme un défenseur naturel de la propriété ; qui offrait d'autres garanties équivalentes sous le rapport de la famille, et qui, ayant des frères dans les ordres, devait naturellement prétendre à protéger
la religion. M. S fut nommé sans contestation,
et le Conseil, de sa plus belle encre, lui écrivit pour lui annoncer son entrée en fonctions.
Mais voilà qu'on apprend, le lendemain de cette élection, que M. le curé a étrangement abusé le Con-
seil académique, et que M. S manifeste des opinions républicaines. C'est d'ailleurs un très-honnète homme, parfaitement en état d'inspecter les écoles ; Qiais il est républicain ! Grande rumeur au camp des croisés : on s'assemble , on discute ; on commence par tancer vertement M. le curé de ***, qui a agi avec une coupable légèreté. Avoir deux frères dans les ordres, être notaire, propriétaire, chef de bataillon, homme intelligent et dévoué à la cause de Tordre, c'est sans doute quelque chose ; mais cela ne rachète pas le vice originel, et, sous la Ré publique, il est, on ne peut plus dangereux.... pour des royalistes d'admettre des républicains aux moindres fonctions.
Que faire? Destituer un homme huit jours après Tavoir nommé, et sans qu'il ait fourni aucun prétexte plausible; c'était difficile! Pourtant la loi le voulait; un républicain eut compromis le succès de la sjiinte cause, il fallait, coûte que coûte, l'immoler. On l'immQla, sans même lui mettre au front ces fleurs polies et ironiques que les sacrificateurs mettaient à Içif^s victimes. On décida que M. S... était purement et simplement révoqué des fonctions qu'il n'avait pas encore bien ou mal exercées. — Mais, objecta quelqu'un, si M S nous interroge pour connaître les
motifs de cette décision, que dirons-nous? — Rien
de plus simple, répondit-on, le Conseil ne doit de comptes à personne, il ne dira rien, restera muet et ne donnera pas de raisons !
Cette mirifique considération enleva le vote, et il ne fut plus question que du remplaçant à choisir. Nous ne le connaissons pas, mais nous pouvoqs affirmer qu'il n'est pas cette fois républicain.
Voilà le Conseil académique dans son intimité; voilà la besogne qu'il fait; voilà pourquoi nous disons que c'est un tribunal inquisitorial ; voilà pourquoi nous le dénonçons à l'opinion publique ; voilà pourquoi l'honnêteté de ses membres ne nous suffit pas, et voilà pourquoi nous demandons, à honnêteté égale, si Ton ne peut pas souhaiter plus d'indépendance, plus de liberté ?
Après les actes, jugeons les écrits. J'ai le fameux règlement sous les yeux, tel qu^il a été rédigé, signé, paraphé; tel qu'il a été lu en chaire par des curés qui ont bien compris que c'était là une arme qu^on leur remettait; tel qu'il a été commenté par les populations alarmées. Je serai bref et précis dans mon examen.
Le premier chapitre, mon bon Jacques, traite de la
morale et de la religion. C'est à ce chapitre-là que l'on m'attend : si je blâme, si je critique, si je refuse le catéchisme, si je conteste l'évangile, on va me mettre en pièces, et c'est à cette occasion que le chœur formidable doit s'écrier, plus que jamais, que je suis un impie, un sacrilège, un anarchiste, un barbare, un philosophe !
Parlons haut et parlons clairement; que Thypocrisie n'ait pas de prétexte, et qu'on ne puisse pas, sans être convaincu de mensonge et de lâcheté, dénaturer la moindre de mes paroles.
Je veux, moi aussi, que la prière commence et termine les travaux ; moi aussi, je veux qu'à chaque réprimande Tinstituteur fasse intervenir l'idée religieuse ; moi aussi, je veux qu'à l'âge où les enfants entrouvent leur âme. aux premières lueurs de l'intelligence, ridée d'un Dieu juste, bon, grand dans ses œuvres, se manifeste à eux ; moi aussi, je veux que Tinstituteur ait le soin de garder vierge et pur le terrain que la foi doit ensemencer un jour; moi aussi, je veux un Christ dans Técole où ne se trouvent que des chrétiens, comme il y a un Christ partout où l'idée de la Divinité doit s'interposer entre les idées humaines, pour les éclairer et les mûrir I
Ainsi donc, pas d'ambagesi pas d'insinuations ! Je veux autant de morale, autant de religion que vous. Mais ce que je ne veux pas, c'est que sous le prétexte de surveiller les tendances religieuses, de prescrire les leçons, le curé ait le droit d'entrer à toute heure du jour dans Pécole, de la diriger en quelque sorte ; ce que je ne veux pas, c'est qu'au-delà des notions générales et premières, l'instituteur usurpe sur les fonctions du curé, afin que le curé, à son tour, usurpe sur les fonctions de Tinstituteur.
L'église est le lieu spécial et consacré pour renseignement religieux ; c'est là que Télèvc doit aller le chercher; c'est là que le pasteur doit le donner; c'est là qu'il interroge, qu'il examine. Mais ne comprenezvous pas qu'en armant les curés du droit de professer et de faire professer sous leurs indications dans les écoles, on les associe tellement à l'instituteur qu'on ôte quelque chose à la liberté de celui-ci.
Un homme, mon bon Jacques, qui valait bien messieurs les membres du Conseil académique de l'Aube, sans leur faire injure, Condorcet, écrivait en 1792 : « La Constitution, en reconnaissant le droit c< qu'a chaque individu de choisir son culte, en état< blissant une entière égalité entre tous les habi-
(c tants de la France, ne permet point d'admettre « dans l'instruction publique un enseignement qui, « en repoussant les enfants d'une partie des citoyens, (c détruirait l'égalité des avantages sociaux et douce nerait à des dogmes particuliers un avantage con- « traire à la liberté des opinions ; il était donc rigoU- « reusement nécessaire de séparer de la morale les « principes de toute religion particulière, et de « n'admettre dans renseignement public Tenseignew ment d'aucun culte religieux.
« Chacun d'eux doit enseigner dans ses temples, (( par ses propres ministres. Les parents, quelle que « soit leur opinion sur la nécessité de telle où telle « religion, pourront alors, sans répugnance, envoyer <c leurs enfants dans les établissements nationaux, et « la puissance publique n'aura point usurpé sur les « droits de la conscience, sous prétexte de l'éclairer a et de la conduire. »
Je n'affaiblirai pas, mon bon Souffrant, ce langage simple et clair, en voulant le paraphraser. Condorcet a posé des principes véritablement sociaux, qui établissent les bases d'une véritable et auguste liberté. Il n'insulte, ni n'entrave la religion. Il délimite son domaine et ne permet pas une promiscuité,
un empiétement préjudiciable à la sainteté du mandat du prêtre, aussi bien qu'à la liberté de Vinstituteur.
Tu comprends, maintenant , pourquoi le premief chapitre du règlement qui veut, en exagérant la loi, que le curé indique les leçons à l'instituteur, et qui consacre ce mélange fâcheux des deux enseignementSi paraît la consécration de Tinfluence cléricale ; et dismoi si je suis un impie pour vouloir que mon enfant devienne chrétien à l'église, et savant à Técole !
Dans Tarticle 12 de ce fameux règlement, je lis ; L^instituteur ne devra recevoir les enfanté au-deuoui de six ansy qu'autant qu'il y aura été autorisé par U délégui chargé de la surveillance de son école.
Je ne te dissimule pas que cet article, qu'on dit extrait de certains règlements antérieurs et que je ne retrouve pas dans la loi, a excité de violentes rumeurs dans les campagnes. — Quoi ! disait-on, jusqu'à six ans nos enfants seront des vagabonds, si M. le délégué n'y met ordre; et pendant que nous irons travailler aux champs, ils iront courir le village ! d'ailleurs, ne sait-on pas qu^à la campagne surtout, les enfants ont besoin d'aller dès leur plus jeune âge à
récote, parce qu'on les retire à onze, à douze ans, dès qu'ils peuvent servir aux travaux !
On parle des salles d'asile faites pour les pins jeunes. Mais avez-vous donc partout de9 salles d'asile ? Je ne sais où cet article a été pris, puisqu'on m'assure que le Conseil académique ne l'a pas inventé.; mais tout ce que je puis dire, c^est qu'il a violemment irrité les esprits, c'est qu'il a semblé une restriction de plus apportée à l'enseignement; c'est qu'il rentre si bien dans l'esprit général du règlement et de la loi, qu'il a profondément blessé les pères de familles, dont le droit peut être entravé par le bon vouloir des délégués.
Je n'entre pas dans Texamen minutieux de tous les articles du règlement. Je n'épluche pas chaque mot, chaque terme. C'est là une mauvaise querelle, et j'ai la partie assez belle pour m'en tenir aux énormités. Arrivons donc au fameux chapitre de la direciion de VenseignemeiiL
La loi disait: Art. 23. L'enseignement primaire comprend :
« L'instruction morale et religieuse ;
*t# 89 #^ « Laleetare;
« L'écriture ;
(( Les élanents de la langue française ;
c< Le calcul et le système légal des poids et mesures;
(c il peut comprendre en outre :
i< L'arithmétique appliquée aux opérations pratiques;
« Les éléments de Phistoire et de la géographie ;
(c Des notions des sciences physiques et de Thistoire naturelle, applicables aux usages de la vie ;
« Des instructions élémentaires sur Tagriciilture, r industrie et l'hygiène ;
ce L'arpentage, le nivellement, le dessin linéaire ;
(( Le chant et la gymnastique.
Yoilà Tartide de la loi dans son entier, je ne re-
tranche rien. Si tu le comprends, comme moi, tùte dis, n'est-ce pas Jacques ? que si la première partie contenant les notions essentielles doit être enseignée, la seconde partie facultative peut l'être également, et il n'y a pas de défense, de restriction.
Pourquoi donc alors, le conseil académique, ajoutant à la loi, la dénaturant, a-t-il imprimé dans son article 24 :
« L'enseignement ne comprendra que les cinq parties énoncées dans le premier paragraphe de Tarticle 23 de la loi.
« L'instituteur ne devra enseigner aucune des branches comprises dans le deuxième paragraphe sans avoir été préalablement autorisé.
Où donc le docte Conseil a-t-il vu qu'il avait la faculté de resserrer ou d'élargir la courroie? Où donc a-t-il vu qu'il pouvait changer une tolérance en une défense , et accorder exceptionnellement ce qu'on pouvait parfaitement enseigner sans contrevenir à la loi ? Si la loi avait voulu donner cette attribution au conseil académique, elle se fût catégoriquement exprimée; et si j'ouvre le Moniteur, je vois au con-
traire que rAssemblée n'a pas youIu que le conseil académique fût le seul arbitre dans cette question.
Tu yas comprendre^ mon ami Jacques^ à quel point messieurs les législateurs provinciaux se sont fourvoyés, et combien est légitime le mécontentement des populations, contre un règlement tout arbitraire et parfaitement illégal.
Le Moniteur du 20 février 1850 contient tout au long la discussion du fameux article 23. M. Baze, rapporteur de la commission, était d'abord de Tavis de ces messieurs, et proposait un amendement ainsi conçu : « Tout instituteur peut, avec l'approbation du conml académique^ donner à son enseignement des développements conformes aux besoins et aux ressources des loca-^ litis.
De cette manièrQ, le droit que s'attribue le conseil académique était parfaitement consacré ; mais Tamendement n'eût pas un sort heureux. !. Victor Lcfranc prit la parole pour protester, et dit entre autres bonnes choses :
« Comment ! lorsque la commune dira k Vinstitu- « teur : Je veux que votre enseignement arrive jus-
(( qu'à rextrême limite de renseignement supérieur, « vous voulez que le Conseil académique puisse dire « à celte commune : Non, vous n'enseignerez pas « cela; les besoins de la commune, vous ne les con- « naissez pas, l'instituteur ne les connaît pas plus que (( vous ; c'est moi qui les connais, et qui décide qu'il « n'est pas nécessaire d'enseigner le dessin linéaire à
(( vos enfants En sorte que les communes, les pères
« de famille, paieront aux instituteurs les dépenses i< qu'ils feront, au budget les sommes quHl consacre « à l'instruction publique, et ils n^auront pas le droit « de faire enseigner à leurs enfants, même le dessin w linéaire, même léchant... »
Eh bien ! en présence de cette protestation, M. Baze déclara retirer son amendement. L'article fut adopté purement et simplement ; 'c'est-à-dire, que TÂssemblée laissa à la commune la faculté de permettre à l'instituteur de développer tout son enseignement, et ne voulut pas que le Conseil académique intervînt.
Est-ce clair, mon ami Jacques ? Ne semble-t-il pas désormais évident que le Conseil académique a précisément fait te que n'a pas voulu l'Assemblée ni la loi, et par conséquent ce règlement, qui ne porte la marque d'aucune autorisation ministérielle, ne te semble-t-il
pas aussi illégal qu'il t'avait semblé d'abord étroit, intolérant?
Cette œuvre est donc condamnée par la législation, aussi bien que par l'opinion, et je n'insisterai pas davantage. Je ferai seulement remarquer que les journaux qui m'accusent de demander la violation des lois, feraient bien de baisser le ton ou de changer la direction de leur porte-voix; c'est dans le docte Conseil académique que Ton viole tout doucement la loi, de même que j'ai prouvé plus haut, à propos des délégués cantonaux, qu'on y violait la liberté, et qu'on y outrageait la conscience.
Le temps me presse, il faut te quitter, et, pourtant, que de choses j'ai à te dire encore, mon ami Jacques I J'aurais voulu t'expliquer comment la lecture du latin est tout spictidement recommandée, afin de peupler le lutrin, au-dessous d'un article qui prescrit de ne laisser lire aux enfants que des choses qu'ils puissent comprendre. De sorte qu'en refusant les branches supérieures de l'instruction, et en faisant perdre dans la lecture du latin un temps qui pourrait être si utilement employé dans l'étude de l'histoire, de la géographie, du dessin linéaire, on vise à faire des enfants de chœur, plutôt que des hommes instruits et utiles !
Âhl ce n'est pas tout cela que promettait la [République ; ce n'est pas cela que nous voulons, t'obligation et la gratuité de renseignement élémentaire, c'està-dire la première éducation de TËgalité et de la Fraternité, la liberté pour tous, la séparation de TEgUse et de rÉcole, l'enseignement civique à côté et en dehors de renseignement religieux, les écoles professionnelles, les carrières ouvertes à toutes les aptitudes dans les arts, les sciences, les métiers, les cours publics et les lectures publiques pour les hommes, la lumière enfin versée sur tous et à chaque âge, voilà œ que nous réclamons, au nom du travail, au nom de l'humanité, au nom de Dieu !
Et c'est, parce que nous ne cessons de formuler ce vœu, qu'on nous traite de barbares et d'impies. Étrange aberration, calomnie absurde qui ne trompe personne!
Les impies, ce sont ceux qui ne craignent pas de faire descendre la religion, pure et sereine, dans les honteux couloirs de la politique! les impies, sont ceux qui mettent la foi au service de l'ambition, et qui trouvent moyen de conspirer derrière l'Evangile ! les impies, ce sont les hypocrites et les intolérants !
Quant aux barbares , tu les connais^ ce soDt ceux pour qui Fignorance et la force sont des moyens de gouvernement, et qui veulent faire trembler sous la loi, au lieu de la faire comprendre et aimer! A ce compte-lày les royalistes ont plus de chances pour être barbares que les républicains.
Adieu Jacques ! Cette lettre est longue, et pourtant elle effleure à peine un sujet vaste et profond. Y reviendrai-je un jour? Peut-être ! non pas en tout cas, à cause de ceux qui vont m'insulter et me calomnier, mais à cause de ceux qui, comme toi, me comprendront et m'aimeront ! Je ne dois rien à des ennemis sans conscience, je me dais tout entier aux sympathies encourageantes, et à la critique sérieuse et loyale.
J^attends donc avec autant de bonheur, tes doutes, tes objections, tes scrupules, s'il t'en vient, que tes remerciements : je veux t'instruire en t' éclairant, Jacques, c'est le but de ces lettres; je ne veux ni te. tromper ni m'infatuer des études que j'entreprends. Je cherche la vérité. Si tu la trouves avant moi et sans moi, ne crains pas de partager, je ne serai jamais jaloux'.