‹ Lettres à Jacques Souffrant, ouvrierChapitre 16 sur 29 · IL FAUT TROUVER DES MOYENS CONTRE L^INDIGENCE · texte numérisé non relu

IL FAUT TROUVER DES MOYENS CONTRE L^INDIGENCE

Eh bien ! prétendra-t-on encore que la sollicitude pour les pauvres, que l'extinction de la misère est une rêverie impossible ? Traitera-t-on toujours dans les sacristies, de diclamaUons artificieuses et hypocrites, ce langage simplement évangélique ?

J'ai voulu chercher des arguments dans TEglise, précisément parce qu^on voulait la rendre solidaire de cette doctrine odieuse et insensée dont M. Tévêque de Chartres est le champion. J ai voulu prouver que loin d'attaquer la religion, nous savons Tappeler à notre aide, quand elle est interprétée dignement et servie saintement.

Je n^en finirais pas si je voulais citer tous les passages dans lesquels Bossuet proclame les droits de r humanité : « La société est tenue de rendre la vie commode à tous. » dit-il. Ce n'est plus là un conseil, c'est une obligation qu^il impose.

11 renouvelle son injonction dans des termes plus précis encore, et définit la politique nouvelle, celle

que nous invoquons, celle qui doit se substituer à Tancienne, celle que nous appelons du nom de socialisme, faute de mot plus exact pour la caractériser.

« Les Egyptiens, écrivait Bossuet, sont les premiers « où Ton ait su les règles du gouvernement. Cette « nation grave et sérieuse connut d'abord la vraie ^ fin de la politique qui e$t de rendre la vie commode et (( les peuples heureux. »

Je voudrais bien avoir sur ce passage de l'aigle de Meaux Tavis des oisillons qui se perchent sur les chaires des églises pour parler de plus haut. Ainsi, tu as maintenant, mon ami Jacques» la vraie, la seule définition de la politique, de celle que nous n'avons pas encore rencontrée dans Thistoire.

Tedirai-je maintenant, ce qu'écrivait en 1834, à l'époque où l'on ne pouvait guères Taccuser de démagogie, un homme bien souvent calomnié et bien rarement compris! Ecoute M. de Lamartine dans son voyage en Orient :

« Les prolétaires, classe nombreuse, inaperçue « dans les gouvernements théocratiques, despotiques « et aristocratiques, où ils vivent à l'abri d'une des

« puissances qui possèdent le sol et ont leurs garanti ties d'existence au moins dans leur patronage; « classe cpû, aujourd'hui, livrée à elle-même par la « suppression de leurs patrons et par l'individua- (i UsmOy est dans une condition pire qu'elle n'a jamais u été, a reconquis de$ droits stériles sans avoir le néa cessaire at remuera la société jusqu'à ce que le Soa ciÀUSME ait succédé à l'odieux individualisme* d

Voilà ce que disait après la Révolution de 1830, Thomme qui devait représenter dans la Révolution de 1848, Télément modéré, bourgeois!

Dira-t-on que M. de Lamartine est un démagogue, et nos adversaires ne s'en rapporteront-ils pas à cette autorité ? Eh bien ! en voici un que les royaUstes ne récuseront pas! en voici un que les partisans du comte de Chambord seront bien forcés de reconnaître pour un des leurs. M. le vicomte de Chateaubriand dit dans les mémoires d^Outre-Tombe :

« Dn temps viendra où Ton ne concevra plus qu'il (c fut un ordre social dans lequel un homme comp- « tait un million de revenu, tandis^ qu'un autre « homme n^avait pas de quoi payer son dtner. On

if noble marquis et un gros propriitaire paraîtront des (( personnages fabuleux, des êtres de raison. »

Proudhon, ce cauchemar du propriétaire, a-t-H rien dit de plus audacieux que ce que signait M. le vicomte de Chateaubriand ? N'est-il pas bien extraordinaire que le Paladin de la légitimité ait été contraint de s'incliner devant la raison des révolutions modernes? Qui donc pourra se plaindre d'être traité de socialiste, quand il a pour lui de si nombreux, de si

augustes parrains.

Si je n^ avais emprunté des arguments qu'aux révolutionnaires contemporains, qu'aux réformateurs modernes, mon raisonnement eût paru suspect. Je n'ai donc puisé qu'à des sources parfaitement brevetées et garanties pures par les gouvernements. C'est Confucius, c'est la Bible, c'est Henri IV, c^est Bossuet, e'est Chateaubriand, que j'invoque. Dieu, des sages, des rois, des évêqnes, voilà mes complices. Un seul peut paraître suspeet, c*est M. de Lamartine, et tu conviendras, Jacques, qu'on peut se trouver compromis en plus mauvaise compagnie.

Tu sais donc maintenant ce que j'entends par la politique nouvelle, par le socialisme. C'est le dévoue-

^^ 176 Cornent substitué à Tégoïsme^ c'est la justice substituée à l'intrigue. Dans une autre lettre, je ferai l'application de ces principes aux événements contemporains. Pour aujourd'hui, j'ai voulu te prouver que sans nous prononcer pour telle ou telle théorie, nous pouvions en notre âme et conscience reconnaître, avouer le but, la fin des dernières révolutions.

J'aurais pu faire défiler encore une assez grande quantité de socialistes malgré eux, et sans le savoir (c'est-à-dire les meilleurs, les plus vrais). J'aurais pu te citer les paroles, les circulaires de l'empereur Napoléon, qui rêvait pour la France l'extinction du paupérisme, mais j'aime mieux terminer par la citation d'une autorité beaucoup moins sublime, mais qui ne manque pourtant pas de valeur.

Je signale à M. Carlier, le pourfendeur des socialistes, un monsieur assez bien yu, fréquenté par la soi-disant meilleure société de Paris, et qui n'a pas craint d'écrire ces lignes abominables :

a Aujourd'hui, le but de tout gouvernement habile « doit être de tendre, par ses efforts, à ce qu'on c puisse dire bientôt : le triomphe du christianisme a « détruit t esclavage; le triomphe de la Récoluttan

*♦ 177 ♦* « fnmçaiêê a détruit U iervage ; le tiiomphe . des

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