‹ Lettres à Jacques Souffrant, ouvrierChapitre 17 sur 29 · DEMOCRATIQUES A DETRUIT LE PAUPEIISME · texte numérisé non relu

DEMOCRATIQUES A DETRUIT LE PAUPEIISME

Le démagogue, le socialiste qui écrivait ces lignes s appelait M. Louis-Napoléon Bonaparte. Le bruit a couru qu'il avait été nommé président de la République française; mais nos enfants ne voudront pas le croire; car il est évident que ce n'est pas la même main qui a signé «ette profession de fui» et qui se refuse à parapher aujourd'hui tous les projets de loi que présentent les républicains en faveur des classes pauvres. Nous dénonçons donc ce dangereux Sosie à la vigilance de M. Carlier. Quant aux vœux anarchiques contenus dans l'écrit cité plus haut, en dépit de nous» nous ne pouvons nous empêcher d'y souscrire et de leur dire : amee !

LÊTTIRË ÎAltXMÈ.

U Mimm et Lfi SOCtÂLlSM.

7 Avril.

fti as bieft compfis, Jusqo^à préséût^ mon ami Jao qûes^ dans quelle limite et bous quelles conditions nous recoîmaissons le fiocialisme. toi qili as an bon tons ei ae la i>onne toi, tu hausses les épaules quand tu entends qu^on mie reproche d'âtre un communiste, un fouriériste, etc., etc...» un ennemi juré de la reli- ^on, dé là famille et de la propriétés

Plaise à Dieu que nos ennemis n'apprennent pas un jour trop violemment qui, d*eux ou de nous, défendaient le mieux ces choses trois fois saintes! Plaise à Dieu que la vérité soit pure et sans tache, dans son triomphe, comme elle est sans fiel et sans colère dans son travail ! Ces hommes qui répondent par la calomnie à nos studieux efforts seraient responsables, devant Dieu et devant l'hmnanité, des troubles, des révolutions que leur mauvaise volonté aurait suscitées.

Quant à nous qui n'avons pas d'autre intérêt que la justice, d'autre souci que la liberté; quailt à nous qui trouverions peut-être le compte de nos appétits et de nos ambitions personnelles à flatter les riches et l^s puissants, àraqkasaûruQ peu4e;leim.im(Bttes; quant à nous qu'on ne saurait accuser d'orgueil et dégoïsme, puisque nous ne défendons que la cause des faibles, des opprimés, nous devons plus que jamais nous armer de patience, de résignation, de d<)iu^eur. Il faut laisser tout l'odieux de la. violence aux hommes qui ne peuvent marcher qu'avec des fusils. Nous avons, ou plutôt nous aurons, le suffrage universel ; la liberté n'est pas tellement bâillonnée qu'elle ne puisse faire entendre encore, de temps en temps, une plainte, un soupir. Combattons avec ces seules armes.

Montrons i>ar le respect de nous-mêmes^ par notre cahe intérieur, par la moralité de nos familles, par Tamoar de nos enfants, qu'on peut fort bien être républicains sans être antropopbages, et que notre socmlisine consiste à affermir la société, non pas à rébhtnier !

Sais-tu bien que quand nos descendants liront un jour rhistoire de ces temps-ci, ils seront étrangement siir{»i8y sMlsessfldentde juger les événements coniemfk^rains, d'après les témoignages des écrivains de la réaction. — « Quoi! d'tfont-ils, serait-il vrai qu'il y « a-eu, à cette épdque, une partie de la nation, ata tante dé vertige et de rage, et qu'on à été forcé de « muscler, pane que» sous le prétexte de socialisme; « elle voulait pifler, égérger, brûler, se répattre de a sang et de ruines? Mais ces affreux socialistes n'ace vaient donc ni femmes ni enfants ? Ils avaient donc (c ^ucé les tnamellefei d'une lionne ! Ils vivaient donc a dans des tslnnières ! » Et quand pour achever de s'éclairer, nos neveux liront Thistidire selon les écrivains socialistes, ik Mront tout smrpris de trouver de ce c6lé un culte passionné pdur la nature et pour rhumaotté^ les sentiments de fraternité pdussiîs jdsqa'aiu déUré, et pour tout défaut, des illusions trop généreuses!

■tm iw ^ «9ur9 â<i la rqjim^ 4oat4l« ^i.OR ««rtoim d'Its» tdw,

«iqnilité? N'y ««t^U <)f > MfmfÏRSt % filow. 4w •»> crocs, des mouchards, des adultères, que 4mW 1q camp des novateurs , et les meurtriers du général

Qréi^ fWWl-U» pliM moRstraei);;^ hw W 4q« d» Fraliw ?

Oonpd doqi? ToudvaTtfQ9 TQ^ l'IwauwM mm% ^e «8t, ^ fgm la i»r( éyilo de V}QP#» do pNOHgAi ^tre tom> les partis? QuMd. dwc Vbflmame qy» i«0ifN dora «M T^aiPi da tmckd cMftwHt-àl d« d^ff> : -« Dieol qu'on es^ laid d« 9« fi^t^là ! ^ fwn» «'«{wioe-» yoir (W« 499 vQùvQi de droite p'wt mis ««» nkaix tourdéf ni le teint pk» fl^vri) oi h temjAWMnX plus

JfVowtiès-TQlQntieri qu'il y A dMwière nom des gios 9«vw »Teu , wos ^TfiQir , qui tnmvemivi^ oopi-» mode d0 prtod^^ 1» bien des Mt>«i «( d^tnlbiit** liMit p«iu> tiror Iw épayei. Mais n'y a«t-U pas am^ pMwi les pNRiifirsftii^di m»»dv«nMrM» des vof« l^rs d'une autre espèee, des tnifl^aota du toatail et dw tueurs du pevvre, des usnrien, dee baMpapontiers frauduleux? Est-ce que les tribunaux evrikêf. eà

l'on itpit tous I91 Jours des frères se disputer rhéritaiu paternel, des mères se sauver de l'accusation d'adq}tère en révélant les turpitudes de leurs maris, des associés ^'accuser réciproquement 4e fraudes, des compagnies, fondées sq\is le patrona{;e de gens parfaitement décorés, reppysser les prétentions des aetipnqaires flibqstés; est-ce mfi les tribunaux civils n^ sont fiiifs mie pour les socialistes? Est-ce oue U^ j^bité est nniponppole?

{jM bons et les {uéchaiitfi gQ^t é|^me9t r^P4l^,

Segiempnt, ji y ft mm» 4'hyp9çjriBie du s0tt 4w

pftilYres, vim ««M»» ÏBoins 4§ Sépkflreçgp. Ç'jjrt i^f^

jçtçr ^ la l^te ^f» 9çç.^^.ûqJ» g^ pi çl}^^ é^g^ jur tifiées, transformeraient la Frju^ eg |U) bj^KRSÂS^ mense en pleine insurrection !

ji^^ û^ tsn mm Wv^îifm i^^m^ wrni lei

4«ss(âofi 4^ quelqiKifi.ttwâi^, est«(qe «w (WMn 1^ )||P

portw^t IpH^^s^ ta? idiianiiwtp 4p U cquroniMi »Tmfi«t ip« §pr lf« iDonuTiwnM fi«|te}iMçr|p|iQii ; n ffvH mt vnHim \»^\m\ «'«Ht I» 9eui cri de T()QgAnQ9 que

fusils ne nous servent jamais que contre ceux de nos alliés qui nous déshonoreraient !

S'imagine-t-on, bêtement, que, parce que rAssemblée législative aurait accordé la liberté de la presse et de la pensée, aurait fondé des établissements de crédit foncier, aurait pourvu à Vassistançe publique, aurait ouvert les sources de renseignement, réformé Timpôt, diminué le budget, fait des économies de fonctionnaires, croit-on que, si tout ce que nous demandons nous était accordé, nous en monterions moins la garde autour de nos maisons, et nous supprimerions les tribunaux et les gendarmés ? Mais, là société telle que nous la voulons, n'aime pas plus les voleurs que l'ancienne. Peut-être même s'en ac- ~commode-t-elle moins ! i

La Révolution a-t-elleditson dernier mot? Suffit-il, pour aider au progrès et à la civilisation, qu'un prince ait été culbuté? Le sang répandu, ne Pa-t-il été que pour fournir Toccasion à quelques ambftieux, de prendre la place de MM. Guizot et compagnie? Voilà toute h question. Nous, nous soutenons avec tous les esprits dégagés d'intérêt personnel; que lliumanité doit franchir un degré à chaque i^évolution ; nousaffir» mon» que les révolutions simplement poRtiques sont

des duperies qui font le compte de quelques intrigants, nous maintenons que la misère et l'ignorance sont deux monstres possibles à détruire ; et nous croyons que tous les enfants de Dieu ont droit à un morcean de pain at à la liberté, comme ils participent également tous à la lumière et à l'air qu'on respire.

Voilà toute la querelle ! Ne la cherchons pas ailleurs. Les représentants que ton voisin a nommés, mon ami Jacques, sont peut-être bien tout aussi honnêtes que ceux que tu veux nommer en 1 852; mats ils n'ont pas Tintelligence des besoins de Tépoque.Tu continueras donc à les estimer, si tu veux, mais tu les combattras ayec acharnement aux élections !

Sois donc insensible, mon bon Souffrant, aux injures que les badauds répètent à tes oreffles, sur le éonseitde qudques intrigants ! Tu sais bien que si je te parle de {Migres, je te conseille aussi la patience, le travail, et par-dessus *tout l'humanité.

Je f ai démontré que Tancienne politique était immorale et inféconde ; je t'ai dit que celle qui doit la remplacer, ne peut être acceptée qu'à la condition de s'appuyer sur la justice, c'est-à-dire, sur TégaUté, su^ la fraternité, ces deux bases de la liberté ; je l'ai per^

"ît m t-

i»'; a PHI 4'wtve lUQti «t ipvpquaRt §i^ téippigiuifses

nw wiipBcti}, je t'ai prPUTé qvç tços }^§ ni)l(l^ pcpnrir

qu«ii4 ils dépquiUdientleH pr^i}géf| ^ \mr tfita^^ qiNwd Us i«Dtr»iept ^ cmiic-rutênaag, révai^t çQV\fi équitable répsirUtioo 4^ drqits et dm (^i^rgap ^6 h Révolution de 1848 doit consacrer, sous peine de ré- T^lut^PfffqilTfiUw-

1^ ime ^fretir groewèr^i et je crois, »u CQnKal)»* fff» si IfiiociAUsqie, aujourd'hui» » d(i9 ^xig^nç^ (j^ offvnqiHmt» 490 V, 1^3 réclanationp spp| pc^J^rçiisç? et pressaotesi, p'«s( pr^i^e^tq»'Qnp'ap»flÇ9«^9é un lit assez large, assez profond, à cette révolution 4« 1789, qiii ^t«4t «W ffévplutWB SOPialÇ daqa^^te l'a«çi?pti(tii 4h jpot, f 1. qiifi W foli^si ^Q lîi tenreiv w> ff4t dépéQ^r 9P u«e réTolviiiioii poUtiqw. yGimpr^ ft âté TépliisQ qui a pwmis i Ujl^KlAsniliw df «qi^t bler à moitié eeUe riYi^r^ d^Qt le JAÏUiwepMiHATait fait tressaillir le monde.

• ■ Qooil C« n'était pas une révplo^ sopi^le q0« w niQuw«nifiotqtti ébfanlw^i}!) trône, qui fais^ «roolw las vieux maneirs féodaux, qqi eonsya^ai^ la B«9lille, 99iiymho]fi:à»fkn9p qui &tfût 4» i««s l9« vawtqx

taît |fM la ^nt« dq YÎeux loonda qi^e Mtto «émoi

dîmes, U»oblfmi4NHipFiv4é|M? Qm\ eofévobir tionnaire candide, qoi faisait prêter le serment du Jeu de PoMme^ cç Bailly» ^\ émancipait la clwse n:ioyenne ? Quoi ! Mirabeau <|ui répoadjiit à M. de Dreux-^rézé : (^'il ^ii mrsoii iaii( depar la voUmU ink PmpU\ ces l|0!nme&-Jià nel>ouleyersaient p^s^i q« renouYçlaient p«s la société ? QuQi I ce^ bomipepi P09 pèrçs^ nos modèles» n'étaient pas des socialistes ?

Mais que faut-il donc faire et t^nt^ çpPtr^ Iw pT^ jugés sociaux, contre les démarcations, contre les inimitiés héréditaires pour être socialistes? Ah! Louis XYIy cette victime expiatoire des orgies et des crimes de Louis XV» le sentait mieux que vous, et c'est là précisément ce qui lui inspira ses fatales pensées de trahison !

S'il n*ayait vu qu'un changement politique, il sW fut prêté peut-être ; mais il sentit le sol trembler sous ses paSy mais il entrevit vaguement qu'il lui faudrait «fifenoncdiaent héroïque. Le fpi de Friinoe eut peur dq perdie son invi^abilité dâvia^, il m oon^t pas M rtte de ettûyw auquel le ùûgmmX la motion, il èèm

8àya de trahir une réyolation qui dépassait ses calculs, et cette révolutiooi dans son sanglant vertige, commit ie crime d'emporter le roi avec la royauté, et retarda, par cette faute, de cinquante ans la République.

Dieu merci! la révolution de 1789 peut être continuée aujourd'hui sànis que nous ayons à redouter de payer ses conquêtes par des échafaûds et par du sang. Là fureur dès Conventionnel serait de nos jours plus qu'une horrible faute, ce serait la plus monstrueuse des stupidités. La violence n'est jamais excusable; mais elle n'aurait pas même aujourd'hui l'ombre d'un paradoxe k invoquer.

Je t'ai dit, mon bon Jacques, que Louis XYI sentait bien venir la révolution sociale, et, en effet, si je consulte les journaux du temps, je trouve dans le discours par lequel le roi ouvrit les Etats-généraux, le 5 mai 1789, des pressentiments, des exclamations, qui trahissent dans Je représentant du vieux monde près de sa chute la conscience du danger.

« Une inquiétude génàrale, disait le roi, un ii$ir a tfrco^éré â'îmiwationi $e sont emparé dêi esprits et /E- « ntfoiîifirpor égarer îatalènient Us opintûnSy si on ne

c( se hâtait de les fixer par une réunion d'avis sag^ « et modérés. »

Ne tesemble-t-il pas comme*, à moi, mon ami Sou^ frant^ qu'il y a une analogie frappante entre ces allusions aux opinions près de s'égarer, et cesyaMtom #fir fiemi ei ou ao€ii^ qpe Louis-nûlippe Toulak flétrir quelques jours avant sa cjbiute ?

Le 5 mai A 789, on pensait des réformateurs en général ce qu'on pense aujourd'hui des républicains, et pour quelques fous qui n'avaient pas plus de cr^t alors que n'en rencontrent parmi les révolaUoQpaire^ sensés de 1848, quelques utopistes contemporains, pour quelques gens enivrés de Tavenir, qui rêvajent tout haut, on condamnait sans rémission tous les esprits novateurs.

Le gardç-des-scçwx., M. de Barentin » parlaf)t après Louis XYl, renchérissait encore et disait :

« Vous rejeterez. Messieurs, avec indignation, ces « ifinotoltof» dang9reu$e$ que les .ennemis du bi<çit pUr i< hlic voudraient confondre avec ces changements « heureux et nécessaires qa\ doivent amener e$ile ré- « jjfénéralion, le premier vœu de sa majetté. »

Se trtiilvfc djiîistfetté phrase (îUe je copié tettuellement sur un journal deTépoque, un aveu prSclèttl^ en même temps que la preuve de ces terreurs funestes dont je te parlais plvA haht. Où i'ecdbbatt ^116 Iliëuf^e est Bttlltiéë dMti« fijèhètéUm , dlbis dh hé tdilt pâft là ëOAfbjbidt^ a^Eic dél» ihnàtàtwni. CTést précitémeâf 6e mél&figé dé botlné fin et d'héëitâtioti^ de j^éyoliittôn apparente et de contre-réYOlttiioû elûidédtuièy i}ui & tôdt compromis^ tout perdu.

Oui, la f éVohitiôn cdtlineiicée par îios péfes était Mûb révolution sOéiàlé^ <f est à nous dé Cacheter, de la compléter, s'il plaît âb Ciel. Noud rSvônSy dit-on^ ië feôtnmtlnistûê, lé fburiérisine,etc.,etc. Noil, noûfc ër6yônâ que dans touteâ leâ utopies, même les plus folles^ il y a cependant un indice à recueillir, tl^est dé toutes les erreurs comparées que se dégage souyent la téfité. Notxft ûé todlbus pas pittà là pi^oàiiâétdté des familles qttCf fè partage dés biéûâ. Nôbs né ténm bi la ruine des châteaux^ ni le pillage des riches ; mais hdbs dôuhkitbbli t(ûé léâ pâttVfeâ àoïént presqu'aussi bltti émiéfiés tjfié éértâtns éhiens dé ctiàssé, et nous ne eroyoïtt pSK qûé tout iSôit pobr té mieux, parce qu^il y à dés dalles dé pierre dans les hôpitaux pour recueillir les suiclâlès Èe là misère^

^ lî)! *-

Ôiî nous acctiâe de démolir Vàhtbfité, (jàrcé t)o6 nous dignalôAô lès bémièd dé quélqtiM fotiétiOn-* nàirés, et les èomptaisànces exagérééi dé céfUànà préfets pour tous lés pouvoirs; mais croif-oti (}Ué s! Ton nous donnait des hommes animés du désif du bien, inspirés par la passion de la justice, nous ne serions pas des premiers à les aimer et à les ^aire âinief aux autres.

Je te Yû dit en commençant ces lettres, et je te le répéterai souvent, mon ami Jacques^ on tait trop de politique haineuse; quand donc en fera-t-on dvec les bons instincts, avec les purs sentiments ?

Jean-Jacques Rousseau, un socialiste qu'on a mis au Panthéon, et qui ayant eu le malheur d'exprimer dans un français Umpide, des idées passablement neuves, s'est attiré la haine éternelle des cuistres, Rousseau qui déÈr^e, sans qu*où s'en doute, fous les philosophes humanitaires, tous ïes républicains, ftoUsâéâU disait en parlant des devoirs des gouvêrhéiftènts , chapitre : de V Economie politique :

« Quoique le gouvernement ne soit pas lè inàulre « de la loi, c'est beaucoup d*eu être le garant et d^a- « voir mille moyens de la faire aimer. Quand on â la

(c. force en main^ il n^y a poii^t d'art à faire trembla « le monde» et il n'y en a pas même beaucoup àga- « gner les cœurs; car l'expérience a dq[>uis long- « temps appris au peuple à tenir grand compte à ses (c chefs de tout le mal qu'ils ne lui font pas, et aies « adorer quand.il n'ep est pas haï. Un imbécile obéi» « peut comme un autre punir les forfaits; le véritable « honmie d'Etat sait les prévenir ; c'est sur les Tolonti tés, encore plus que sur les actions, qu'il étend son « . respeptable çinpire. S41 pouvait obtenir que tou| le « monde fît bien, il n'aurait lui-même plus rien à « faire» et le chef-d'œuvre de ses travaux serait de if pouvoir rester oisif. 11 est certain» du moius» que le « plus grand talent des chefs est de déguiser leur « pouvoir pour le rendre moins odieux» et de con- « duire TEtat si paisiblement qu'il semble n'avoir « pas besoin de conducteurs. »

Plus loin, Jean- Jacques, qui était fortement de l'avis d'Henri lY sur les causes réelles et légitimes de la plupart des mutinations» dit encore :

« Â la Chine» le prince a pour maxime constante « de donner le iort à ses officiers dans toutes les al- « tercations qui s'élèvenH entre eux et le peuple. Le « pain est-il cher dans une province, l'intendant est

<f mis en prison. Se faii-il dans une autre une émeute, « le gouYemeur est cassé, et ehaque mandarin ré* c( pond sur la tète de tout le mal qui arrive dans son « département. Ce n'est pas qu'on n'examine ensuite c l'afiTaire dans un procès régulier ; mais une longue « expérience en a &it prévenir ainsi le jugement. « L'on a rarement en cela quelque injustice à répa* a rer, et Tempereur, persuadé que la clapieur publics que ne s'élève jamais sans sujet, démêle toujours, (I au travers des cris séditieux qu'il punit, de justes a griefs qu'il redresse.

« C'est beaucoup que d'avoir fait régner Tordre

« et la paix dans toutes les parties de la République;

« c'est beaucoup que l'Etat soit tranquille et la loi

« respectée; mais, si l'on ne fait rien de plus, il y

« aura dans tout cela plus d'(4q;>arence que de réalité,

« et le gouvernement se fera difficilement obéir, s'il

i< se borne à l'obéissance. S'il est bon de savoir em-

c< ployer les hommes tels qu'ib sont, il vaut beau-

f< coup mieux encore les rendre tels qu'on a besoin

« qu'ib soient : l'autorité la plus absolue est celle

c< qui pénètre jusqu'à l'intérieur de Thomme, et ne

c< s'exerce pas moins sur la volonté que sur les ac-

i< tions. Il est certain que les peuples sont à la longue

fi ce que le gouvernement les fieût être; guerrier»^

ta

«r citoyens, hommeSy quand il le veut ; popuk&ce et ca- (T naille, quand il lui plait ; et tout prince qui mé- <r prise ses sujets se déshonore lui-même en mon- H trant qu'il n'a pas su les rendre estimables* For- « me£ donc des hommes, si vous voulez commander « à des hommes : si vous voulez qu'on obéisse aux 4i lois, faites qu'on les aime, et que, pour faire ce i< qu^on doit, il suffise de songer qu^on doit le H faire. »

Voilà, mon ami, la politique telle que nous l'entendons. Qui osera dire que ce soit celle que nous avons vue pratiquée jusqu'ici? C'est pour atteindre ce but que nous demandons des réformes sociales. Le règne delà justice et le bonheur de Thumanité, voilà, encore une fois, les deux pôles de notre nouveau monde.

Il me semble, mon ami Jacques^ que je me suis suffisamment expliqué, et que j'aurai le droit de ne pas répondre à qui calomnierait désormi^is les définitions que je t'ai données de la politique. et du socialisoie. Nous voulons tout améliorer, nous ne voulons rien détruire.

MirabMu disait aux réactionnaires de son temps.

en même temps qu'aux imbéciles qui voulaient faire aller trop vite les aiguilles de l'horloge :

« Nous ne sommes point des sauvages arrivant « nus des bords de TOrénoque pour fonder une so- « ciété, nous sommes une nation vieille, sans doute « trop vieille pour notre époque. Nous avons un gou-

« vernement préexistant , des préjugés préexis-

i( tants; il faut, autant qu'il est possible, assortir « toutes ces choses à la Révolution, et lauter la $ù%h (( daineté du passage. »

Eh bien ! ces paroles franches et convaincues de Mirabeau expriment admirablement ce que nous ressentons, ce que nous voulons. Ni toi , ni moi, mon bon Jacques, ni tous ceux qui ont salué la République, nous ne sommes des sauvages; nous avons des choses à assortir aux besoins de l'époque, et nous devons avoir pour effort constant de sauver la soudaineté du passage !

Une autre fois nous examinerons ensemble quelles sont les plaies les plus urgentes à guérir : pour aujourd'hui , nous sommes d'accord , n'est-ce pas , qu'une révolution simplement politique est du temps perdU; et qu'il n^y a eu de fécond jusquUci que les

révolutions sociales. Rappelle-toi ce principe, et si tu yeux en dégager les conséquences, ne te laisse pas escamoter, pauvre ami, la révolution de Février!

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