LES DÉFENSEURS DE U RELIGION
iOMài.
./., Je.t'»i f^^yK IBPPdW» Jvqww, que Ja^aeiciété,
r;«nt fait^yjpppp^^fm; la haine, sur 1» lotte. Je t'ai 4épwtv^ ,<pia \m principe^ démoeratiques apporta«ei|t
(i) Cette lettre a été saisie et déférée au jury, comme contenant une excitation à la haine et au mépris des citoyens les uns contre les ,uitE^^ 1*%, iffr^-^jifv^^^^^ étoqy/enite jSlaidQii;te de ;^« jJules Fayre^ nous a tengé , par un verdict ^acquittement » de cette incroyable Siûaeepl&îlitéidirpiifiqtiBtu ::'. ->'• "^.t^::. -■ ■'■ . ;■ .^ . ■'
seuls, avec les idées fraternelles, le gage de réconciliation et de salut.
Aujourd'hui, je veto que tu cK^viéimes avec moi que nous sommesles vrais, les seuls défenseurs de la religion ; un autre jour, nous considérerons la famille et la propriété. Tu verras ^i jees trois bases de l'édifice peuvent fléchir sous notre drapeau ; si les vices, les corruptions du monde ne contribuent pas, au contraire, à saper, à ébranler ces conditions de Tordre et de la civilisation. Tenons-nous-en pour aujourd'hui à TEgliae.
Tu comprends bien, mtm bon Souffrant, que ce n'est pas ici une question de théologie, de dogme. Je n'ai p^ VÂntention de te prêcher une religion nouvelle, et si, dans ma conscience, je rêve et j'espère tout bas des réformes, comme ce sont 4eil pointé de discipline et d'organisatiion qtie mee leritiquee arqueraient surtout, ce Uf' est pas le moment de les et^pH^ quer; Je ne veux ni t'étburdir par dèd iJoMfinrerôès quintessenciées, ni t'entratner dans un domaine où ton expérience te ferait défaut.
r Je ne désire faire appel qu'à tes impressions journalières, qu'à tes sentiments. Je n'aurai recoorerà atteona
eîiiitîoD. Gestion oceur que je veux lire aree toi, et* ma seule Ambition est de l'amener à Juger ton voisin par lejugement que te pwteras de toi-mêfiiê.
Tu crois en Dieu, n'est-ce pas, Jacqnes? Toi, fils du travail et de la douleur, tu te sens plus impérieusement tourmenté par cette foi que l^henreu^ du OMnde, qui n'a pins rien à attendre iei-bas. Quand leri |(mrs4ie fôte tu vas te promener dans les ebamps avee ta femme et tes enfants; quand assis au bord d'un fossé plein d'herbe verte, tu vois ton dernier né suspendu an sein 4e sa mère, et quand tu souris à ton aiîné qui court en* trébuchant^ wt-ce que tu ne sens pas alors en toi, mon bon Jacques, comme un soulèvement, éomme nn flot qui rinonte de ton cœur, et ri-es-tu paë invinciblement amené à te' dire tout bas : — c'est Dieu tpii me fâAt cette ftimille et me donne cet ho-» rizon!
Si tu as pleuré au chevet de ta femme malade, si ta as souffert oét épouvantable martyre de voir un de tes enfimts se tordre et bleuir dans les^i^onvulsions; si tn as rejeté te lindeul sur le front d'un auii, si tu as vu mourir un de tes voisins à la tâche, est-ce qu'au mo«ment de ces malheurs tu ne t'es pas écrié invincible** ment, spontanément? — Mon Dieu! mon Dieu! -^
GstHsequ^. ta a'afii,|^ invoqué Qîeu, a^mntmèmedV voir,4iscuté si tu àmmj croine? E^trCe ipiè» parce que tu es .répuUifCiMA^ dtoia^ii^eir^s^^ tu as moins conscience qu'un autre des merveilles da mopde et4e topcopnr? i, .i« : :
. Non, U foi en. Diei4 n'est pa0.ii^,mooopQle;^'e0t m s^liment iosH^Q^ qiier dojjti for^fiiet la.^aisw; usais qiû rk'B, rien à faire 4iv6C) le^ drapeam^ ai^ les
Si tncrois «n.piwi^u çrqis aussi à^la nécessité d'un pnltf;. Il y a ds par le monde do^ jl^lifs^es, des eiprits sa^finta^ dont tu a!as4fuaai^ lu ies tlr^vaux et quj prétendei^tqiie rhumwiité f)8t arrivée à un poiot où e^le peut se passer de oi&rf^noE^extérieui^eB.pDur peipdre, sfip.sepitiinen^. jGcis doçtflws ventent ifm tout s'agite au fond de la conscience, et soutiennent que les formes sont des amusements puérils*
s Jkt 06 suis pas deratis.d^oesi^hilesopkes^ ni toi tioi^ plus^ toi cpiî^meâ le luxe eitéiieiir, /et^.qm! syn^ boliaes* là: graodeuïr moiftleipa^k beauté (Arysique, toi .qui.tejplaiaaux: beaux: IspectisusleB^et qui ne eem^ pnèûdràiâ pas plua:la rèi^oni^fiansiôévéïiioniés/que la justica rendue pair de&homnièsieii îaancbq^e die-
Bwesv ou la garde nationale sans uniforme, ou encore M. le président delà Ré^^ublique passant une revue en bonnet de iluit.
Toutes les idées sont eomprisw |Mir le etMvi tAM on aime à les voir transfigurées au-debors. il y a^ eofDiiiepettcIiieofp»h)uiÉiaii^ unetoilette à foire, une nliae m seène néeBS8bire|K>or les; sentiments* Depuis qne le mondeiesislè^'il !]fr.a.eB.des. fêtes, des cérémonies pour* célébrer tonÉes les idées, grandes «t gênéreusesi Si donetu crois en Dieu> ta dois crui^ à la néoefMiié des édifices pour Ty adorer, et à la nécessité des homHies et des chtees du c«lte, ..
Non^«eulein0Dt"ceMie ^kiable croyanee est.compatiMieaYec'totttesles opinions; mais la démocraliei la IUpiri>liiqQ0 y tient iplus qu^auomne autre fo|*me de goflV€lrtoeffî9n^/ Oii. a 'beatteDU](> raillé .Rpbespierre^ invc^paûl l>Êtré suprême, en superbe habit bleu; Je ne fléfelidi^ po^le l^i'ogfaÀimetde eetle lète; je ne oi^ois pas qa tl ' fWt nécéseaire au'^rog^rès de la liberté* de substituer' on» autelmytiK^iqùe au tI^ux tombeau symbolique des ekrétiensi. Je ne vois rien qui se c6mbatte entre Tidée d'un Dieu qui a voulu foire partie de la mkmnhilude, et la révolution qui émancipe, qui réhabilite; cette multitude; mais, enfin, tout en con*-'
damoant Torganisatioii de la fameuse fête en question, je constate qu elle était une preuve de la nécessitéy pour quiconque croit à rhumanité, de croire en Dieu, et de consacrer cette croyance par une forme, par UQ culte extérieur.
Tu es chrétien, tu es catholique* Il est possible que tu hoehes parfois la tète quand on te fait payer le baptême de tes enfante, quand ou te marchande Ten* terrement de ceux que tu pleures, quand on te vend fes indulgences, quand on te défend de t'agenouiller sans payer ta chaise, quand on refose de prier «pour ceux qui ont eu la folie de désespérer de Dieu à leur dernière heure. Il est possible que tu n'aimes pas beaucoup les soldats du pape, que tu aies blâmé l'expédition de Rome, que tu ne professes pas une v^iération profonde pour une congrégation célèbi^ qui a été une pépinière de régic^es; il est possible que le gouvernement clérical te soit odiei^ et cpie tu mettes les jésuites au rang des Cosaques et des Anglais ! Mais, est-ce que la religion tient si essentiellement à ces détails qu'elle soit profanée par. tes objections? Est-ce que le Christ, ce Dieu des pauvres et des opprimés, pourrait te dire un jour : — Toi qui n*a pas voulu payer, toi qui comprenais ma loi par l'amour, par T^union, par la fraternité; toi qui ne t'es
pas servi de mon oorii pour faire ton chemin^ toi qui as pris mon Ëyaogile à la lettre, sois maudit !
Il n'y a rien d'incompatible entre la République et le Christianisme; dès-lors on n a pas le droit d'accuser les républicains d'impiété, et si on rencontre parmi ceux-ci des esprits grossiers^ ignorants, des aveugles qui doutent, ce n'est pas à leur opinion politique qu'il fkut s'en prendre, mais aux conditions sociales dans lesquelles ils ont vécu, mais aux préjugés que la vieille organisation leur avait inculqués, mais au pervertissement de leur jugement par une mauvaise éducation, par de mauvais exemples.
Ici j'entre dans le fond de cette lettre qui est de prouver que les prétendus défenseurs de la religion ne sont pas où on affecte de les voir, et que tu es plus religieux, toi qui ne comprends rien aux subtilités de la scholastique , que ces gros bonnets monarchiqaeè qui vivent dans toutes les excitations des sens, dans toolee les débauches de Tesprit, qui trouvent naoyen d'être marguiUiers et de prêter à usure, de remplir leurs devoirs religieux et de poursuivre tes filles pour les séduire, jusque dans leurs mansardes. Je crois qu'avec ton rude bon sens et avec ton simple cœur, toi, le prolétaire, tu es plus près du véritable
hommage qu'on doit à Dieu, que ces royalistes blasés qui singent la dévot ioii pour te donner, disent-Hs, Texemple, et qui bercent leur imagination de tous les scandales, de toutes les turpitudes que les arts et que la littérature monarchique ont produits à Isl scène et dans les livides.' <
Que font-ils donc, ces hommes, ces joyeux viveurs, grands prêtres de TOpéra, séducteurs de salons, adultères parfumés^ qui insultent la virginité de tes filles, et avec le plus âgé desauels la plus jeune enfant du pauvre serait moins en sûreté dans un lieu désert qu'avec un enfant du peuple du même âge? Que fontils ces souteneurs des journaux de Tordre, ces organisateurs de sociétés pudibondes, ces propagateurs des idées royalistes, que font-ils pour défendre la religion?
, Est-ce que prenant à. la. lettre les saintes i paroles du Christ, ils se font deux, humM^, Iràte»el8 potur Irar^ voisiné? Est-ce <!|u'il8 se Hecvent de teiir scieiifie pour inslniire les tgnorauts, de leur richesse. pour émai^ciper^.les pauvre^? Est-ce qu'ils, te di^eot ; — Venons ensemble à TégUse prier le mèm^ Pieu «ur la même pierre, comme il convient à deuix.fr^re^ ?
Non ; ils paient afin qa'on prie pour eux, et ne vont pas prier; ils paient pour qu^on yende de la morale aux pauvres, et se croient dispensés d'en acheter. S'ils entrent par hasard, par nécessité, par convenance dans une église, ils ont soin que leur chaise soit plus haute que la tienne^ mieux rembourrée ; ils vont à l'église quand Duprez y chante, quand un prédicateur habile y annonce Dieu : c'est de Tart et non de la foi. Us sont les premiers dans leurs propos intimes à tourner en dérision les choses de l'Eglise ! Leurs chansons de dessert sont spirituellement sacrilèges. Tous les jours les tribunaux nous révèlent quelles passions effroyables ces grands soutiens de la foi appor* tent dans leurs familles, dans leur intérieur. Du reste, à la tribune, dans les l;eux apparents, quand ces apô* très ont la cravate blanche et l'habit noir, ils pren* neot l'air digne, profond, et disent tout haut que la religion est nécessaire pour moraliser le peuple. La religion ? c'est le frein de la démagogie I Sans la religion, la France est perdue! Et comme religion, pour eux, veut dire domination, asservissement de ceux d^en bas au profit de ceux d'en haut, en même temps que ces caléchiseurs hypocrites feignant de pleurer sur ta damnation, ils livrent tes enfants, non pas à la foi intelligente, éclairée, mais à la foi brutale, de^otique du clergé royaliste; ils veulent te ramener
9UX carrières de la monarchie, en t^eola^nt dans les Ueos froids et mortels de ce despotisme clérical.
Ces hommes, qui ont applaudi en 1832 à la chute descroixy au sac de rarchevfeché, ces hommes, qui ont fait leurs délices des attaques du Constitutionnel contre les prêtres y ces bourgeois épicuriens qui ont une mythologie charmante pour leurs sentiments , ces matérialistes qui croient beaucoup plus à largent qu'à rEucharistie, ces hommes qui ont chanté la gaudriole et dans la bibliothèque desquels on trouTeraît des livres immondes, des chefs-d œuTre effroyables dont ta pauvreté te préserve , ces hommes là^ quand ils ont peur, quand ils te voient trop près d'eux, quand ils seirtent ton souffle dans leurs cheveux, ta main près de la leur, cherchent à t'éloigner, à te refouler, à t'abaisser, en t'éerasant sous une intervention AvÎM.
Si tu parles d^égalité, de liberté, ils te répondent : Le Christ a dit quMl fallait rendre à César ce qui est à César ; or, je suis César pour toi, rends moi hom* mage et honneur.
Si tu i)arles de fraterpité^ ils te diront que le Christ
[NPèehe la patience, la soumissioB, la douleur. Soufire donc sans rien réclamer!
, Mm e^t-ee jamais pour te prouver h uéces^it^ de r^unouri de l'uuion, de la concorde, qu'ils font inter-, vçpir la loi religieuse ? Demande l^ujr» à ces grand» soutiens de TEglige, ce qu'ils eptrçpreiinent pour dçfendrela religion» et comment ils trouvent que tu l'attaques? Vont-ils plus souvent g Téglise que toi? Leurf. femmes sont-elles plus religieuses dans leurs devoirs, que celles du pauvre ? Quand une procession passe, se découvrent-ils plus profondément? Est-ce qu'ils «e, prosternent plus parfaitement ? Est-ce qu'en rentrant du }héâtre ils s'agenouillent plus souvent que toi ?
Quand donc ces hommes ont-ils vu que tu avais moins de religion? N'as-tu pas voulu que les prètires bénissent tes arbres de la liberté? Oserais-tu te marier sans faire sanctifier ton union à l'église? Ne te ré- Yoltes^tu pas quand on refuse le cercueil d'un des tiens au seuil de Dieu? Dans toutes les grandes solennités religieuses n'es-tu pas calme, recueilli? Ne 8ont-ce pas les tiens qui forment la majorité des cortèges? N'es-tu pas plus spécialement la clientelle de TEglise ? Dans toutes les mansardes, n y a-t-il pas presque toujours un Christ et la branche de rameaux?
Combien en trouve-t-on dans les boudoirs et dans les salons ?
Qnand on te prêche seulement la loi du Christ, et quand on ne songe pas à utiliser la chaire au profit de la politique, est-ce que tu te révoltes? est-ce que tu ne te choques pas uniquement de ce que derrière les avances du clergé tu sens souvent les ambitions royalistes? Le peuple de Paris n'a*t-il pas, en 1848, spontanément, librement, en même temps qu'il choisissait Béranger pour le représenter, porté Lacordaire à TÂssemblée constituante ? Est-ce le peuple qui a fait intervenir la religion dans le débat politique? Quand? Comment? Par quelle manifestation le peuple a-t-il montré qu'il ne voulait plus de religion ?
Il est indifférent ! Â qui la faute? Pourquoi ne lui donnez-vous pas l'exemple ? Pourquoi lui montrezvous toujours la porte, et n'entrez-vous pas?
Non, on calomnie le peuple quand on Taccuse d^impiété; on calomnie la République quand on la rend responsable d'un scepticisme qui n'est dû, quand i) existe, qu^à Tignorance, qu'à la corruplion, qu^au mauvais exemple légué parles monarchies.
Les répoUietiu, en attestant la dignité de rame, les droits de Thumanité, sont des chrétiens ; le reste n'est pins qn une affaire de science. Les royalistes en outrageant le travail, la misère, en niant le droit des pauvres, en se refusant à Fégalité et à la fraternité, sont des païens, des sectaires de la fittalité antique, des apôtres du despotisme et des dieux de la force.
Non, il n'est pas vrai que ces beaux messieurs qui is^organisent en sociétés et se cotisent de cinquante francs, soient des défenseurs de la religion, si leurs mœurs privées ne sont pas d'accord avec leurs prétentions! non, il n^est pas vrai que le peuple soit impie parce qu^il ne veut pas de TigncNrance pour ses enfants, ni de Tautorité des bedeaux ! Non, parce qu on ne croira pas à M. de Montalembert ni aux miracles de rUnlvers religieux; non, parce que Ton contestera à M. de Ghambord l'heureux privilège de guérir les écrouelles , on ne sera pas impie, irréligieux.
Si quelquefois l'homme du peuple hésite à entrer à l'église, c'est qu'il craint qu'au lien d'un sermon il n'entende une harangue réactionnaire; s'il ne se soucie pas que sa femme aille aussi souvent qu'autrefois
à eonfetse, oe n'est pâ« qu'il tie trimtre jyfite qil on «thorte eelto^ei à l'acéomplisMimnt de ses de? oim» e'ett qM| par te temps de prétentions olériealèsi il eraiM (faè reooemi n'entre dans la placé par Tifi^ flnenee de Vépoiise et de la mère. Soupçons fâchent ! déianoes sacrilèges! soit; mais c}ui les a autcnriftéi? qui â rends souvtot) trop soHTmt, le clergé snspeel ? N'est-ce pas vous , machinateurs de contre-rétoltt^ tions, qui voulez en faire votre complice ? N'est-ce pas vous, les réfractaires vendéens, les émigrés de Coblentz, les inquisiteurs de la Restauration, les poltrons de 1848, les affidés de M. de Chambord, les complices de M. de Montalembert? N'est-ce pas vous qui eu mettant le poison de vos doctrines dans ce ca^ lice ou l'homme ne devrait boire que le sang de Dieu, éloignes ce calice bienfaisant des lèvres altérées ? N'est^œ pas à vous que le prêtre doit reprocher les mépris dont vous avez donné l'exemple? et, si un jour, le pape reprenait la route de T^iU n'estce pas vous qui seriez responsables Recette secoade
et mortelle atteinte à son inviolabilité temporelle ft
au catholicisme, vous qui avez imposé le vicaire de JésuB-€hrist par la force des canonsi et qui avea fait rentrer le pasteur des peuples au milieu de son troupeau ensanglanté pour lui ?
Que les royalistes,mon bon Jacques, n'affectent donc pas de prétendre au monopole de la religion. Hélas ! elle ne sera plus attaquée, le jour où ils cesseront de vouloir la défendre.