‹ Lettres à Jacques Souffrant, ouvrierChapitre 25 sur 29 · LES DÉFENSEURS DE LA PROPRIÉTÉ · texte numérisé non relu

LES DÉFENSEURS DE LA PROPRIÉTÉ

30 Mai.

Cette lettre^ mon ami| sera courte, précisément parée qu'elle devrait être Irop longue, si je lui donnais tous les développements dont elle est susceptible.

Pour te prouver que la propriété n a qu'à gagner à la consolidation des institutions républicaines^ il faudrait f exposer tout un système de crédit foncier, de réformes d'impôts, de lois sur les créances hypo-

thécaires. J'aurais besoin d'un volume, et je ne veux que quelques pages.

D'ailleurs, depuis plusieurft m^if q^e qous correspondons, tu es assez familier avec les idées essentielles que je veux te faire comprendre, pour que tu te satisfasses d*une exposition sommaire.

Tenons-nous-en donc à la généralité, et réservons pour un autre temps les détails.

Les gens qui nous attaquent, qui nous insultent, qui noU6 dénoncent, ces gens qui défendent le règne de Tagiotage, les privilèges de Tusure, ces gens-là nous accusent d'en vouloir à la propriété, absolument comme ils nous accusent d'en vouloir à la religion et à la famille.

Nous sommes des pillapds, nous levons la démolition des châteaux, le partage des bitos ; ni plus aï moins que l'immolation générale de ta famille et l'adoration des légumes ou du veau d'or. A leur compte, les républicains ne sont pas des gens cemme eux, ayant leurs besoins, leurs affections, leure sentiments. Nous sommes une race maudite, une sorte d'antropopbages , préférant les içres velapiée do

aeurtre au eharmefi de la sooiété» el trouvant un plus grand bonheur à vivre dans la misère, dans les ruines, dans te chaos, que dans le bien-être, Tordre et la tranquillité.

O royauté I toi qui t'es endormie pour un sommeil qui passera en durée celui de la Belle-au^-Bois-Dor-» mapt, toi,qu auûun prince charmant ne viendra réveilr 1er ! Royauté que Louis XY a faite si pure, et qui n'aur rais pas le plus petit attentat à te reprocher contre la famille^ contre la religion, contre les bonnes mœurs ; royauté si cruellement houspillée en 1789| en 1830^ et qui n'as refleuri à l'ombre du parapluie du roi citoyen, que pour te coucher. doucement ensevelie par les mains pures des Teste, des Cubières, des Libri, des Pr^slin ; toi que les Chenu, les Delahodde, les Tirel, ont si dignement chantée ; toi qui,dans les hpit dernières années de ton maintien, as chargé de ftt|ii eent tnilUonê la dette de la France (l) ; royauté chaste dont M. Vatout a été l'Homère ; royauté qui n'as vu que croître et embellir le nombre des prostituées et d^s enf9.nts trouvés, sous laquelle, au rapport de M. Armand, de Melun, il mourait de faim et de froid

(I) Rapport sur les comptes du Gouvernement provisoire, Motiittut du 26 atril 1840.

trois oento personnes par an, sans compter ceux qui mouraient de priration et d*étiolement ; royauté maternelle qui comptais deux millions de mendiants et cinq millions de pauvres ; toi, à qui un budget d^aum6nes de 250 millions, c'est-à-dire le cinquième environ du budget des recettes de l'Etat, ne suffisait pas; ce n'est pas toi, disent tes pleureurs, qui favorisais le mépris de la religion, de la fiimille et de la propriété !

^ Ce n'est que depuis 1848 que l'irréligion fait des progrès, que des attentats contre les mœurs sont commis, et que les tribunaux ont été inventés pour vider les différents entre les propriétaires rivaux !

En effet, si tu te le rappelles, mon bon Jacques, au 24 février, il y a eu un pillage général de toutes les maisons, de tous les hôtels. Les vainqueurs déguenillés qui paraissaient sauver les diamants de la couronne, mettaient tout simplement à la place des cailloux magnétisés qui ont trompé les connaisseurs. Ceux qui inscrivaient sur les monuments : mort aux volejirs ! respect aux propriétés! ces gens-là n'étaient que des farceurs de royalistes qui faisaient une épigramme, ou des coquins qui voulaient profiter d'une sécurité fallacieusement suggérée pour se livrer à

toutes les déprédations. Personne ne s'en était douté; mais il y a eu alors un pillage général. Ce qui s^est passé à PariSy s'est également passé en province, et tout le monde sait que notre département a été incendié, culbuté, ruiné par les républicains, absolument comme au bon temps de messieurs les Cosaques et de la Restauration.

Tout le monde sait également que s'il n'y a pas eu plus d'atrocités de commises, c'est grâce à Tattitude parfaitement énergique des royalistes; tout le monde sait qu'aucun d'eux ne s'est caché à ce moment-là; que. M. Tbiers, entre autres, a héroïquement com« mandé la légion des défenseurs de Tordre, et que si quelques-uns de ces valeureux champions de la royauté ont cru devoir se travestir, se déguiser, ces dissimulations n'ont été de leur part que des ruses de guerre et des tactiques à Taide desquelles ils ont plus impérieusement encore tenu en respect les démolisseurs.

Dans notre département, dans votre ville, qui ne sait pas que les quelques propriétés qui ont échappé ^u branlebas général n'ont dû leur conservation qu'à ladéfense de messieurs les rédacteurs, patrons, etc., de VAube et de la Paix qui ont ceint l'épée de combat,

mis le casque en t6te| et qu'on a vus partout dans ces jours de dangers ! Qui ne sait les déplorables attentats commis par les républicains ! N'otit*-iIs pas, les inf&meSy fait descendre le coq gaulois du Clocher? Pauvi^ coq qui s*apprttait peut-être à cbantéi' par trois fois les apostasies de tous les apôtres de là royauté !

Cest un fait parfaitement acquis à Tbistoire que la révolution de Février a été la spoliation de tous les riches, de tous les propriétaires, et il n'est pas de mouchard qui ne soit en mesure de raconter aux joui"* naux de Tordre, comment messieurs Lamartine et consorts ont pillé les caisses de l'Etat, et ont feint de sortir ruinés du pouvoir, tandis qu'en réalité ils en sont sortis repus et enrichis.

Je sais bien, mon brave ami, que quelques nigauds, comme toi et moi, ne se rendent pas toujours à Tévidence de ces faits attestés par les historiens les plas recommandés, et les mieux numérotés à la poUce ; je sais bien que parfois nous nous prenons à protester contre ces assertions, et à demander si, en définitive, il y aurait de tous les pillages accomplis de quoi emplir une brouette ; je sais bien que nous hasardons parfois de timides observations sur le désir que les

Page 1