‹ Lettres à Jacques Souffrant, ouvrierChapitre 9 sur 29 · LES P0T8-M-YIN M LA RÉPUBLIOUL · texte numérisé non relu

LES P0T8-M-YIN M LA RÉPUBLIOUL

8 Février.

Je t'ai dit) mon ami Jacques^ que j'avais adopté un plan pour mes lettres. Tu le pressents^ à coup sûr, et je n'ai pas besoin de te l'expliquer longuement. La République en es^le premier et le dernier mot.

Ce n'est pas que jeté fasse l'injure de te croire indifférent ou hostile à la Constitution, et que je veuille te catéchiser comme un infidèle. La vigueur avec laquelle tes poumons font leur office toutes les fois que la garde nationale est réunie et veut se donner le plai*

sir d'acclamer la République^ m^a déjà suflisamment édifié sur ton compte, et ce n'est pas ta faute si nous ne sommes pas encore licenciés.

Homme du peuple, n'ayant aucun privilège d'orgueil ou d^argent à regretter, ne devant rien qu^à ton travail et à ta conscience, tu es parfaitement à Taise avec un gouvernement qui n'exige que du dévouement, de l'abnégation, des efforts dans la recherche du bien, du respect pour Tordre et pour les lois.

Ne gênant en rien tes voisins, tes amis, n'exploi-* tant personne, et te consolant, par cette pensée-là même, de te voir souvent exploité, tu t'accommodes on ne peut mieux, de la liberté pour toi et pour les autres.

Tu n'as pas de sacrifice à faire à ïégaliU. Tu n'as qu'à ôter ta veste des dimanches pour te trouver Tégal de ton voisin qui a sa blouse de tous les jours.

Quant à la fraternité^ tu n'as pas Tombre d'une objection à soulever. On ne t'a jamais dit que le sang de tes veines fût plus riche, plus précieux que celui de ton camarade ; tu te sais fils d'une femme comme lui ; si tu as là peau plus ou moms rude, plus ou moins

blanche, c'est la faute des métiers et non pas celte du bon Dieu qui a fait les deux mains d'Adam avec le même limon.

Donc^ le jour où Ton t'a appris que nous étions en République^ tu t'es dit loyalement et sans rechigner : — ^Va pour la République ! — Tu as prêté ton échelle au peintre qui badigeonnait la nouYelle devise sur les monuments publics; tu as peut-être bien aussi un peu planté des arbres de la liberté, et depuis 1848 tu n'a pas bronché dans ta croyance.

Ta foi est restée enthousiaste. Mais il y a, mon pauvre Jacques, dans la vie la plus pure, des heures de défaillance, de doute. Il peut arriver que les conspirations de tous les pèlerins de Wiesbaden et de Claremont, que toutes les goinfreries et toutes les assommades des Dix-Décembristes finissent par embrouiller les affaires ; il peut arriver que ces mauvais Français aiment mieux la guerre civile que la République; alors, dans ces moments de crise, il est bon, Jacques, que tu sentes dans ton bissac quelque cordial qui remonte ton courage ; il est bon que tu ne puisses pas, sons aucun prétexte, te laisser aller jamais â croire que la République soit responsable de ces agitations, de ces troubles; et si ces heures périlleuses sonnaient

pour toi, tu te rappellerais nos correspondances et mes raisons; alors tu essuierais tes yeux^ tu consolerais ta femme^ tu embrasserais tes enfants^ tu te remettrais avec confiance à ta besogne, tu mordrais deux fois de plus dans ton pain plus dur, et tu te dirais : — Bah! bah! vive la République quanA même !

D'ailleurs, si tu n'a pas besoin d'être converti, tu peux être tenté d'être c<mvêrtisseur. Tsi donc plus de raisons qu'il n'en faut pour te parler de la République.

Tu comprends aussi, n'est-ce pas, que les questions soulevées chaque jour par la politique peuvent rentrer dans Tesprit du plan que j^ai conçu, et que je ne m'écarte pas de mon sujet en te parlant , par exemple, comme je vais le faire aujourd'hui, de la nouvelle dotation présidentielle ; de même que je t'ai parlé, il y a huit jours, du mandement de M. l'archevêque de Paris.

S'il est indispensable dans une République, où l'autorité morale doit se suffire à elle-même, que la religion ne soit pas compromise par T'immixtion de ses ministres dans les affaires temporelles ; il n'est pas moins

rigoureux que le principe républicain ne soit pas compromis par ces vieilles habitudes de dotations, de subventions monarchiques.

L'année dernière^ mon cher Souffrant, tu n'étais pas trop satisfait de la demande des trois millions. Je me rappelle que tu m'as, à cette occasion^ dicté une lettre qui ne valait pas^ à coup sûr^ par l'expression, tout ce que tes intentions auraient voulu y ajouter de vivacité.

Qu'as-tu dit, en voyant cette année le même petit chapeau humblement tendu et les mêmes prières murmurées aux oreilles : trois millions^ s'il vous plaît? Ta première pensée^ Jacques, aura été la mienne ; tu te seras dit : Avant de signer un nouveau bon au caissier, voyons un peu l'usage qu'on a fait du dernier billet.

Bien que ce ne soit pas là un argument, au point de vue des principes, et que la République défende es** tégoriquement ces pots- de-vins donnés par le peuple à ses mandataires, cependant, comme on est convenu de prétendre qu'il faut se faire peu à peu aux mœurs républicaines, et qu'on doit accorder encore quelque chose aux vieux usages monarchiques, peut-être bien

nous résignerions nous y en dépit des principes , à faire encore ce passe-droit à la vieille mode, s'il était démontré que le pays en profite et qu^un peu de cet or, fait avec les gros sous du peuple^ retombe sur son auteur en pluie bénigne.

Mais^ voyons^ interrogeons. Pendant que TAssemblée législative votait cette subvention, on sortait de la remise les voitures de monseigneur le premier citoyen de la République, et , fouette cocher! nos trois millions couraient la poste avec un cliquetis dont nous avons encore les oreilles assourdies.

Tu as dû lire Télémaque, ce livre fait pour Téducation des rois, et qui par conséquent n'a jamais été lu que par le peuple, et tu as dû voir que Fénélon, sous l'ingénieuse allégorie d'un fils à la recherche de son père, fait voyager son prince à travers les Etats, afin qu'il s'instruise des mœurs, des coutumes^ des besoins des nations.

M. Louis Bonaparte, qui est à la recherche de l'ombre de son oncle, eut sagement et pieusement agi en suivant ce modèle. Cette imitation en vaut bien une autre , et je ne doute pas que les Mentors ne se fus-

sent présentés en foule pour un voyage de cette nature.

Mais rhistoire rapporte que Texpédition ne (ut pas précisément pour ajouter à Téducation^ déjà si accomplie du prince; et les Calypsos^ qui présentèrent dans toutes les préfectures le punch de Thospitalité aui lèvres altérées de Tillustre voyageur, se gardèrent bien de le retenir et de lui Eure entreprendre le récit de ses malheurs. Une fièvre de locomotion agitait M. le président, et sHl a peu étudié de pays, il en a du moins beaucoup vu.

A quoi bon alors ces voyages? Dam! à voyager. C'était de Fart pour de Vart; pour être juste, je dois dire que dans des banquets, par-ci, par-la, il a été question de la $tàb%l\ii du ponvoiri, de Yabnigaîiùn^ de la perséviranee, toutes choses qui pouvaient fort bien, à la vérité, être dites de Paris même, mais qui ne perdaient pas pour être colportées et distribuées en province.

Quelques gens sceptiques, qui n^ont pas compris ce qu^il y avait de touchant dans cette visite aux préfets, sous-préfets, maires et gardes-champêtres des départements, ainsi qu'à mesdames leurs épouses, ont dit

cle et le Neveu, et qui^ sMIs n'ont pas institué de tours pour les enfants trouvés^ passent pour en avoir fait quelques bons à la République.

Pardon du calembourg; mais on n'est plus sérieux en parlant de ces gens-là. Si quelque argent de la dotation s'est égarée sous forme de secours ou autrementy dans les poches de ces fanatiques du petit chapeau^ il faut convenir encore que cet argent a été placé à fonds perdu.

Sous la monarchie, on disait au peuple, quand il serrait un peu les poings sur les sous qu'on voulait lui faire glisser des doigts : — Donne à ton souverain, au nom des arts, du luxe, du commerce ! Donne cette semence qu'on te rendra en moisson !

Le peuple donnait vingt-quatre'millions à Charles X^ douze millions à Louis-Philippe^ et il avait beau lever la tète, attendre les allouettes rôties, ce n'était pas pour lui que les broches tournaient ; des gens qui montaient en carosse pour arriver avant lui allaient recueillir les miettes. On balayait les ordures des festins dans des pans d'habits brodés, et tout était dit. Le peuple payait la carte, voilà tout.

Maintenant, on recommence le même langage^ le même patelinage. — Comment ! te dit*on i toi, Jacques, tu refuses trois petits millions à ton président? Mais, malheureux! que va devenir le commerce, Tindustrie, Fart? Tu te ruines, en ne te dépouillant pas pour ton président !

A cela, Jacques, tu réponds avec raison, que si cet argent que tu donnes en impôt doit te revenir un jour en bénéfice, il est plus prudent de commencer par le garder. Il ne se perdra pas en route, et s'il t'est destiné, autant en profiter de suite. C'est, parbleu, bien penser, et tous les beaux raisonnements sur la nécessité du luxe n'entameront rien de cette réponse.

Jean-Jacques Rousseau disait : « Il ne tuffii pas qu'un poiîe ait cent milh livres de renie pour que son siècle soit le meilleur de tous. » Ce qu'il disait là de la poésie en particulier , on peut le dire de toutes choses, et il ne sulDBt pas qu'on danse i TElysée pour que le lendemain on mange et Ton ne meure plus de faim à la mansarde.

C'est le respect des lois, de la part de ceux qui les gardent, qui fait la sécurité de ceux qui doivent s'y sou-

mettre, et m est avis que, si M. Louis Bonaparte donnait un peu moins de fêtes , de soirées, et tenait un peu plus en bride ses imprudents amis, les Dix- Décembristesy la confiance générale et, par suite, la prospérité s'en accroîtraient.

Un journal, jadis sérieux, a eu la naïveté de publier la liste des rafraîchissements absorbés parles convives altérés de M. le président. Ainsi, selon ce célèbre historiographe, on consomme 300 litres d'orgeat, orangeade, limonade, groseille, etc. ; 150 litres de punch, 300 tasses de café, 200 tasses de thé, 180 tasses de chocolat à la crème, 60 grosses pièces de volaille, etc.; 260 bouteilles de Champagne et de bordeaux, 800 petits pains, 1,200 glaces, 500 biscuits, etc.

Ce sont là les bulletins de la grande armée; et tu comprends quelle compensation ce peut être pour le peuple, qu'une liste pareille jetée à ses commentaires, en échange de la dotation ! Comme l'eau qui amollit ton pain doit te sembler plus douce, et ne crois-tu pas, mon pauvre Jacques, que tu sens à la fois ces milliers de rafraîchissements te traverser doucement le gosier, pendant que tu en lis la nomenclature? N'es-tu pas bien dédommagé des quelques nuits que

ta as passées sans sommeil, de plus, Tannée dernière, pour acquitter rimp6t?

Si ton patron, vous réunissant un jour, tous disait à tous : — Ilfes amis, j'ai conçu un projet! Désormais je vous retiendrai une part de votre paie de chaque jour, afin de me livrer avec cet argent à des spéculations qui, en doublant mes affaires, pourront améliorer vos conditions de travail.

Vous répondriez : — Laissez-nous notre paie. Nous aimons mieux compter nous-mêmes le gain modeste de chaque jour, que rêver le produit de spéculations hasardeuses ! — Et vous feriez bien ! C'est la réponse qu'on peut adresser aujourd'hui aux enjôleurs de la dotation.

Ainsi donc, l'argent de Tannée dernière n'a rien produit. Les maçons qui bâtissaient la fameuse cité Napoléon, destinée à loger les ouvriers, n'ont pas été convoqués de nouveau. La misère n'a pas décru d'une ligne, et il y a toujours autant de mendiants aux portes des prisons.

Ces voyages à travers des uniformes non! dégagé qu une électricité vaine et frivole, et de tout ce tinta-

marre fait aux quatre coins de la France et des plaines de Satory, il n'est resté pour M. le président qu^une lassitude ; pour TAssemblée, qu'un soupçon; pour le pays, qu'un désenchantement.

Les arts n'ont pas été plus soigneusement encouragésy et les journaux qu'on soupçonne atteints de la faveur présidentielle^ débitent la plus nauséabonde, la plus saumâtre littérature, (^est ainsi qu'une feuille spécialement protégée par les saints de la société du Dix-Décembre, édite les mémoires d'une lorette royale, et raconte des turpitudes à faire rougir un carabinier. L'adultère y est exposé avec des fioritures fort agréables. Ne laisse pas lire ce journal honnête à ta femme nia tes enfants.

Du reste, on a beau feuilleter, chercher, demander en dehors de ces manifestations bruyantes et de ces produits suspects : nulle trace des trois millions! Lès secours donnés aux anciens militaires ont été pris dans la bourse des ministères, de sorte que si l'on supprime sa ration extraordinaire , M. le président n'en sera pas moins généreux.

Il n'y a donc aucune nécessité d'enfreindre les principes, et consacrer de nouveau sous la République le

droit aux listes civiles, ce serait prolonger sans pro» fit, sans dignité, un abus de la monarchie.

Peut-^tre, me dira8-4U| Jacques, que je prends là UQ soin inutile, et que, puisqu'il parait évident, d'après les nouvelles venues des commissions de TAssemblée, que la dotation sera refusée, je suis bien bon de la combattre. Mais les républicains, tout en faisant leur profit des chicanes qui divisent les deux pouvoirs, n'ont pas à s'y mêler sans fieiire leurs réserves. Ce n'est pas pour la plus grande gloire de la République que les pèlerins de Wiesbaden et de Claremont refusent de payer les dettes du président.

M. Thiers a peur qu'une liste civile ne donne trop de lustre à l'institution de la présidence et ne la rende trop attrayante pour le peuple. Nous croyons, nous, que l'institution de la présidence se gâte et s'amoindrit dans ces tripotages d'argent , et nous refusons par un motif diamétralement opposé au sien. Tu vois donc bien qu'il est bon de s'entendre et de s'expliquer sur ce point.

Sous la République, le prestige moral doit être tout» et les clinquants, les brimborions, les livrées, ne sont que des mascarades permises aux jours-gras.

Parce qu'il a trois panaches sur son chapeau et qu'il porte runiforme d'un régimeat qui n'existe pas eii*^ core, M. Louis Bonaparte n'a rien ajouté à son nom 6t n'a pas augmenté l'éclat répandu sur sa personne par l'honneur que le peuple lui a fait en lui confiant la conduite de «ea a£Eaireii<

Crois-tu que Napoléon (le Grand) était moins im-poaant dans sa fameuse petite redingote grise e\ avec 9011 petit chapeaui que quand il avait son grand inanteau impérial, |f^ culottes de satin blanci ses jabots et son grand sceptre? Ce fut une petitesse de l'immortel Empereur que de vouloir ajouter un marche-^pied doré au piédestal de sa gloire, et c'est ce mar- ^he-pied-là qui l'a fait teébucher un jour.

M. Louis Bonaparte qui doit, après son temps fini, s'en aller tout simplement, Gros Jean comme devant, n'a pM de chute à redouter ; mais il met les sympathies du pays à une rude épreuve, et il compromet ^ dignité dans ces demandes.

Il a des dettes? Tant pis ! Il n'avait qu'à n'en pas {$^e. C'est d'une mauvaise administration» et ce lui ser^ une mauvaise recommandation pour se marier.

Il teut représenter plot Bomptueaaement. Bepré* senter quoi? qui? La République? Mai» la pautre fiuaune te représente par son travail, par ses efforts Tero l'amélioration des elasses pauvres, par la paix et la concorde. Il n'est jamais venu à l'esprit da peu* pie de nos campagnes que, pour aimer la République, il lui ffît nécessaire de la voir parader entre deux sbambeUans et devant des buffets surcbaq^és de punch, de ekampagne et de gâteaux.

C'est pour te faire honneur, Jacques, qu^on te demande ces subventions. Mais tu serais bien plus ho* noré, bien plus flatté, si, au lieu d^augmenter tes impôts, on te les diminuait; et tu saurais gré à des magistrats qui tiendraient i avoir moins de chevaux à Téeurie, pour te donner plus de pain chez toi.

Ces demandes d'argent sont donc contraires à la République. Ou bien elles sont destinées à nourrir ces parasites, ces affamés que nourrissaient autrefois les épinettes royales, ou bien elles ont pour but de donner au président la mesure de sa force dans le pays et dans l'Assemblée. Des deux façons, elles sont mal venues et peuvent causer un scandale.

Sous la République, c^est une honte que d'engrais-

ser avec les miettes du pouvoir les ennemis, les intrigants, les exploiteurs de la puissance, quand le peuple, le vrai, le seul souverain meurt de faim. Que M. Louis Bonaparte congédie donc au plus tôt ses chevaux, ses valets et ses courtisans.

Si M. le président veut essayer sa force par des demandes de crédit, c'est une fâ.cheuse tentation de sa part, une velléité inquiétante pour le pays» et le pays fait bien de s'y opposer , et s^il essuie un échec, en quoi M. le président aura-t-il gagné à Texpérience?

De toutes les façons possibles,ces listes civiles doivent être supprimées. L'Assemblée a cette résolution. Nous savons comment et pourquoi ; mais c'est égal, nous en profitons pour le présent et pour l'avenir.

On dit que des amis compromettants de TElysée ont le projet de faire un appel direct au pays et de proposer une souscription nationale ! Ce serait grave, ce serait presque criminel. Quand un homme a été condamné à payer une amende, la loi s'oppose à ce qu on fasse des souscriptions pour l'indemniser, et les tribunaux condamnent sévèrement les déUnquants. De quel droit viendrait-on protester contre la

décision solennelle de rAssemblée , contre sa loi , pour indemniser M. le président de son échec ?

Mais, d'ailleurs, croit-on que le pays serait tenté de répondre? II a mis six miUions de bulletins dans l'urne. Soit; mais il n'eut pas mis six miUions de pièces de cinquante centimes. On lui a même promis de le rembourser des quarante-cinq centimes, et Is mécompte serait cruel, si le bien&iteur se fieiisait créancier- Non, mon bon Jacques, nous n^avons pas besoin de redouter ces souscriptions : on sait ce qn^elles valent, ce qu'elles produisent. Les ouvriers, les cultivateurs, tous ceux qui travaillent, qui souffrent, qui espèrent, ont pu, entraînés par une illusion concevable, choisir, au 10 décembre, un nom comme un symbole d^espérance et de foi, mais ils ont donné ainsi la mesure de la somme énorme de bienfaits, et peut-être aussi de gloire quMls attendaient, et ils n'ont pas entendu s'engager à défrayer dans toutes ses fantaisies leur délégué.

Quand ce grand contrat fut passé, M. Louis Bonaparte a apporté sa bonne volonté, le prestige de son nom et aussi quelques volumes sur l'extinction de la

misère. Le peuple, lui, a apporté son dévouement, m patience, et le pardon de la République pour las fautes passées; mais il n*a pas été convenu que Tallîaaoe serait un marcbét et qu'indépendamment de l'éehange loyal des âmes, il y aurait un pot-de^-vin de 1^800^000 fr.

A cette condition là» le ptys n'eut pas Mgnét II paie volontiers sa gloire et sa liberté avec son aang, mais il n'aime pas qu'on lui réclame de l'argent. Le jour où la question du pot-de-vin serait ainsi malencontreusement engagée devant la nation, le pacte serait rompu. L'engagement moral ferait plaee à une sorte de vente à Tencan qui répugne au sens droit du peuple, de môme qu^elle entacherait la gloire du nom de Napoléon.

11 n'y a done pas à craindre que cette déplorable question s'agjte en debors de TAssemblée. M. Louis Bonaparte se résignera, congédiera quelques valets, se satisfera du modeste pain bis de 1 ,200,000 francs que lui a pétri la Constitution, n'en diminuera ni le nombre de ses aumônes, ni le chiffre de ses bonnes intentionsi et s'il garde (oomœe il le promet tous les jours) pure et inviolée la Constitution que lui seul a jurée, s'il descend dignemeni, simplement d'un pou«*

voir qui ne loi a été donné au nom de la liberté que pour trois ans, s'il remplit enfin loyalement son maodat, il ne sera pas moins aimé, pas moins estimé par les contemporains et par l'histoire pour avoir en, en 1851, quelques chevaux de moins dans ses écoriet» quelques laquais chamarrés de moins dans ses antH chambres^ qu'en 1850.

C'est ton avis, n'est-ce pas, Jacques? Cest eehn de tous tes camarades. Il est bien temps que Teq^oir des gouvernements à bon marché ne soit plus une fiction et devienne une réalité. Le peuple fait crédita la République ; c'est bien ; mais ce n'est pas une raison pour qu'on lui emprunte encore.

Fais ma paix avec ta femme et tes voisines qui m'en veulent au sujet de ma dernière lettre qo^ellas n'ont pas comprise, et dis à ces commères que pour être de l'avis de Varchevéque de Paris on ne cesse pas d'être chrétien. C'est ce que je leur prouverai une autre fois.

Jusque-là, bonjour à toi et aux tiens.

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