M. Charles Lemeale, autear diB quelques ouvrages oubliés
2. Réimprimée dans la première livraison des Études philosophiques.
en sorte que je ne sais où tout cela se trouve. J'ai une grande incurie pour mes manuscrits. Il a fallu que vous y missiez un prix qui m'enorgueillit pour que je vous les garde. Aussi, je suis avec ceux de Sérapkita, comme une mère qui défend son enfant.
Savez-vous qu'il y a du coiuuge à se dire légitimiste ? Ce parti est bien abject. Les trois partis qui se partagent la France sont tous descendus dans la boue. 0 ma pauvre patrie 1 Je suis humilié, malheureux de cela. Nous nous relèverons, je l'espère.
Je ne vous envoie rien de banal. Vous dire que je vous tiens mille tendresses sincères et douces en réserve ne serait rien, car ce serait une faible portion d'une amitié qui me fait concevoir l'infini. Que le Danube vous rende forte, vous donne la santé; j'aimerai le Danube mieux que je n'aime la Seine.
fai vu ici le prince Puckler-Muskau qui m'a semblé un peu méphistophélès, saupoudré de voltairianisme. Il m'a dit que j'étais très apprécié à Berlin, et que si j'y allais, — ahl ah I brainl
brava. !I — Mais je n'aime en pays étranger que les bonnes
bêtises que je dirais au coin de la cheminée dans le Landstrass 73.
Adieu, distribuez comme vous l'entendrez mes amitiés, mes hommaf^es, mes souvenirs, à ceux qui vous entourent.
A MADAME HANSKA, A VIENNE
Paris, mercredi 20 août 1834.
J'ai eu hier une inflammation au cerveau, par suite de mes trop grands travaux ; mais, par le plus grand des hasards, j'étais chez ma mère qui a une fiole de baume tranquille et qui m'en a baigné le front. J'ai horriblement souffert pendant neuf ou dix heures. Je suis mieux aujourd'hui.
Le docteur voulait que je voyageasse deux mois. Mes malheureuses afiEûres ne me permettent que vingt jours. J'ai encore dix
m LETTRES A L*ÉTRANGÈRE.
jours de travaux sur la Recherche de VAbsolu^ qui a failli m*emporter comme Louis Lambert, il y a deux ans. Mais le 1^ ou le 2 septembre je serai en route pour voir Vienne. Il est impossible que je me donne un plus agréable but de voyage. Ainsi, entre le 7 et le 10 de septembre, j'aurai le plaisir de vous voir, vous me laisserez dire : le bonheur.
Non, je n'ai plus de lettres de votre cousine. D y a quelque chose que je ne sais pas qui nous aura brouillés.
Ne m'en veuillez pas de la concision de ce billet. C'est la seule chose que j'aurai écrite, car je suis dans les ressentiments nerveux de ce mal qui m'a envahi hier. Tout le monde me menaçait de cela. Je comptais sur ma force et sur une santé que la sobriété et les autres vertus du solitaire font si riche; mais le monde avait raison. Un docteur me disait que Broussais et Dupuytren meurent pour avoir trop travaillé, et Ton me pronostiquait des choses funestes. Je vais être un peu plus sobre de travail.
Je pense comme vous sur Touvrage de Lamennais ^ Tai failli me faire dévorer pour avoir dit que, littérairement parlant, la forme n'était qu'une niaiserie, que Yolney et lord Byron l'avaient déjà employée, et que, quant aux doctrines, tout était pris aux Saints- Simoniens. Vraiment, ces rois sur un rocher vert et puant, c'est bon pour les enfants.
Adieu ; à bientôt. Vous serez indulgente pour un pauvre artiste qui s'en va avec Tintention de ne pas avoir une pensée, d'être très enfant, et qui ne veut que se laisser aller à la seule affection qui ne fatigue jamais : l'amitié, et les plus douces choses du cœur. Vous remercierez par avance M. de Hanski de sa bonne petite lettre. En ce moment, je n'ai pas la force d'écrire plus que ce que je mets ici. C'est ce que, dans le xvin® siècle, on eût nommé la force du sentiment.
Je suis tout heureux de vous savoir bien logée et heureuse dans votre maison.
Comment trouvez-vous Liodet qui, me parlant de la montre de madame Béchet, me donne de vos nouvelles. Si vous aviez été cachotière, je vous aurais sue à Vienne par Vindiscret liodet. Mais je suis