Le 27 juillet
le Lys était un des plus beaux livres de la langue française ; elle se parait enfin de cette couronne que, quinze ans auparavant, je lui avais promise, et, toujours coquette, elle me défendait impérieusement de la venir voir, parce qu'elle ne voulait m'a voir près d'elle que quand elle était belle et bien portante. Cette lettre m'a trompé. J'ai attendu que j'eusse, à force de démarches, de conférences et d'habileté fait acheter par Werdet, pour trente mille francs, les Études de Mœurs à madame Béchet, avant d'aller à Nemours, et, tout à coup, la fatale nouvelle est venue et m'a quasi tué.
Je ne vous parle point ici en détail de ces quarante et quelques jours ; je vous en donne les principaux traits, les masses. Un jour, je vous les raconterai. Je vous dirai comment, dans ce Paris intelligent, nous avons succombé ; comment pour faire l'affaire des Études de Mœurs et éteindre le dernier procès dont je pusse être menacé, il a fallu le dévouement de mon tailleur et les économies d'un pauvre ouvrier, qui ont eu plus de foi en moi que toutes ces admirations pompeuses et ces gens haut placés.
Quand tout a été fini, abattu dans les plus chères illusions de mon cœur, ruiné comme argent, subissant une seconde Bérézina, comme en 1828, fatigué, Werdet m'a laissé vingt jours de liberté et nous avons arrangé mes payements jusqu'au 20 août. Rothschild m'adonne une lettre de crédit pour l'Italie, et j'ai saisi le prétexte d'aller à Turin pour rendre service à une personne avec qui je me trouve en loge aux Italiens, un M. Visconti \ qui avait un procès à Turin et ne pouvait y aller. En vingt jours, j'ai été là, par le Mont- Cenis et je suis revenu par le Simplon, ayant pour compagnon de voyage une amie ^ de madame Carraud et de Jules Sandeau. Vous devinez que j'ai logé Piazza Castello, dans votre hôtel, et qu'à Genève, je suis revenu à l'Arc, chez les Biolley, que j'ai revu le Pré-Lévêque et la maison Mirabaud.
Hélas ! il n'est pas défendu à ceux qui souffrent d'aller respirer un air embaumé ! Vous seule et vos souvenirs pouvaient rafraîchir