‹ Lettres à l'étrangère (volume 4)Chapitre 28 sur 105 · Des Études de Mœurs au nx* tièck · texte numérisé non relu

Des Études de Mœurs au nx* tièck

2. Ne touchez pas la hache (La duchesse de Langeais) qu'il avait écrit presque en entier à Genève.

gracieuses dans votre bouche qu'elle ne le seraient mn9 m^ plun^e . Dites i Anna que son cheval se feoQmmm^e à elle et 1^ baise au front. Mille compliments affectueux à mademoiselle Séverine ; prévenez mademoiselle Borel que je ne me suis pas cassé le col, et gante, je vous en supplie, madame, À vps pieds, m^ piU9 sincères et plus affectueux hommages ; votre noble beauté vous as^urd de l^, sincérité, et, qnant à l'affection, je voudrais vous la prouver sans qu'il fut besoin pour cela d'aucun m^b^ur.

« N'oublie» pas demain », est une de vos recommiindations, quand je vous disais que je ne croyais pas au i^ndamain ; mais maintenant, j'y crois, puisque, par hasard, j'ai un avenir et que le libraiie me l'a beureusement prouvé. U est très heureux de la vente d'Bugéme Grandet. U m'a- dit le mot sQlennel : f^ Cola se vend comme du pain, p Je vous dis cela i vous, qui voulez y voir des gâteaux, tandis que tant de gens souhaitent de nm voir fum de$ briochée. Vous excuser» cette plaisanterie d- atelier, vous qui aime» les artistes !

Dévouement et amitié.

Parjs, samedi onze heures, 15 février 1834.

Mon Éva chérie, à toi cette partie de ma nuit. Depuis mercredi matiq de cette semaine j'ai été conmie un ballon ; mais en allant et m'agitant au milieu de ce Paris, j'y allais et m'agitais avec une idée fixe, l'idée d'être à jamais près de toi.

Ka chère idole, je n'ai jamais eu autant de courage dans ma vie, ou, plutôt, j'ai une vie nouvelle. Je lis ton nom en moi, je te vois ; tout me paraît facile pour arriver ^ nous revoir. Je ne m'effraie de rien. Mes larmes, mes regrets, ma tristesse d'amoqr, tout cela tombe sur mon cœur au moment où je monte dans mon lit. Alors, seu avec moi-même, je suis tout chagrin de n'être pas à l'Arc S de

j. I^'aubergfi de TArc, qup B^Imc hd|)jtait S G^nève.

n'avoir pas vu ma chérie, et je repasse en mon souvenir les moindres détails de ces jours où, pour tout chagrin, j'avais celui d'être éveillé trois heures de trop, celles qui séparaient mon lever du moment où je levais le pied pour aller chez toi.

Le lendemain, je travaille avec une ardeur d'enthousiaste. Que te dire sur ces quatre jours ? J'avais à voir mes deux éditeurs (ils sont venus), l'imprimeur, à achever mes épreuves, h soigner madame de B . . . qui va mieux, mais quel changement ! elle est toujours un peu faible, incapable môme de corriger mes épreuves. Tout en souffrira ; mais qu'est-ce que cela fait ? Je voudrais savoir cette vie hors de danger !

J'ai senti là combien je t'aimais. Une horrible sensation m'a dit que je ne supporterais pas Tidée de ton danger à toi. Tout cela m'a rappelé ma terreur lors de ta crise nerveuse. Oh ! mon Dieu, te voir sérieusement malade, toi qui résumes, qui tiens toutes mes affections en ton cœur, et ma vie en ta vie, mais je mourrais, non pas de ta mort, mais de tes douleurs ! Non, tu ne sais pas ce que tu es pour moi. Près de toi, je sentais trop pour te dire des pensées égoïstes. Ici, je te parle tout le long du jour. Tu es tissue dans ma pensée. Je ne trouve que ce mot pour exprimer ma situation. Aussitôt que je me suis trouvé dans Paris, je pensais aux moyens d'aller te voir un seul jour à Genève I

Ici, j'ai trouvé de violents chagrins de famille. Aujourd'hui j'ai eu mon beau-frère et ma mère à dîner. C'est te dire que de cinq heures à dix heures et demie j'ai été à eux. Hier, il a fallu dîner avec ma sœur, ma mère et mon beàu-frère ; ainsi, j'ai encore été forcé de leur donner de quatre à onze heures. Ces pauvres tètes sont détraquées. II faut que j'aie du courage, des idées, de l'énergie, de Véconomie pour tout le monde.

Le matin de ce vendredi, je m'étais mis au courant de ce que j'ai trouvé ici. Il a fallu sortir de bonne heure, pourallerchezie docteur, négocier pour le payement d'aujourd'hui 48, le consulter. Ainsi, tu vois l'emploi d'aujourd'hui et d'hier. Jeudi, les hbraires, un peu de sommeil, un bain nécessaire l'ont pris, et aussi madame de B. . . à qui je voulais au moins lire Ne touchez pas la hache. Le mercredi, lendemain de mon arrivée, je t'ai écrit le soir, j'ai couru le matin, rangé mes affaires, expédié mille petites choses que je ne t'explique

point parce que ce sont de ces misères nécessaires: faire les comptes, écrire, etc. Après cette avalanche de petitesses, me voilà, non pas trop reposé, un peu moins inquiet sur la dilecla, devant un monceau d*épreuves, des obligations énormes pour la flndu mois. Madame D... aurgemment besoin de la moitié de sa somme pour la fin de février ; nous sommes au 15, le mois est court, il faut achever mes deux volumes ; j'ai à finir la Duchesse ^ et à faire la Femme aux Yeux rouges. Mon adorée, ma minette chérie, je te dis que c'est effrayant ; mais ne t'effraie pas. Vienne est tracé devant moi ; tout ira bien. Ton désir de me voir, ton amour, tout toi plane sur moi . Je ne crois qu'à toi ; je veux succès nouveaux, gloire nouvelle, nouveau courage ; je veux enfin que tu sois mille fois plus fière de ton époux d'amour, que de ton amant. Oui, chère Eve céleste, j'ai de la mélancolie puisque je suis ici, toi, là-bas ; mais je n'ai plus de découragements, plus d'abattements. Quand je lève les yeux, je vois mieux que Dieu, je vois un sûr bonheur, un bonheur éprouvé. Oh! tu ne sais pas, mon trésor, ma chère vie, ce qu'est pour mon âme une si douce certitude I Tu ne sais pas ce que tu faisais par ton infernale plaisanterie, tu sais? Tu éprouvais sur le cœur le plus aimant une arme à feu que tu ne savais pas chargée. Un moment de plus, j'étais perdu. Mon éternel amour ne pouvait être placé qu'en toi, je le vois bien, je le sais maintenant, car^ maintenant je te dtôire plus que jamais. Mon âme chérie, moi j'ai pour moi tous les efforts que je fais afin de nous revoir ; mon espérance je la matérialise. Mais, mon beau moi, toi, que fais-tu ? ah ! ma belle et sainte créature, je sais que ce n'est pas celui de Paris qui a le fardeau le plus lourd : c'est notre amour de Genève, c'est toi, qui, en portant tout notre bonheur, sens mieux nos douleurs, nos peines. Jamais non plus je ne regarde à nous deux sans un sourire plein d espoir, mais aussi légèrement altéré de tristesse. Oh ! mon ange idolâtré, toi en qui réside tout mon avenir, tout mon bonheur, et pour qui je voudrais toutes les belles gloires qui font une femme heureuse, toi que j'aime avec toute l'ardeur d'un sentiment jeune, du premier et du dernier amour à la fois, oui, sache-le bien, aucune des souffrances, des idées, des joies, qui peuvent agiter ton âme, ne manque à venir agiter la mienne,

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