Ches la princesse Gâlitnn
136 LETTRES À TÉTRÂNGÈRE.
Allons adieu, mon amour; non pas adieu, mais à bientôt, à Vienne, cara mia, mon trésor. J'ai horriblement à travailler encore, des sept ou huit épreuves d'une feuille ! Ah ! tu ne sauras jamais ce que coûte le volume que tu liras bientôt.
J'espère être en mesure pour mes paiements ; j'espère que le 25 mars, la troisième livraison paraîtra. Ainsi, tout va bien. Je perds encore cinq cents francs avec Gosselin ; mais bah ! La violette te dira mille choses d'amour. Le Coquebin wurtembergeois reliera Séraphita merveilleusement avec le drap gris ; entends-tu, trésor ?
Je vais aujourd'hui, à trois heures, chez madame Appony. Peutêtre voudrais-jc aller chez madame P..., de Paris. Je te parlerai de cela.
A MADAME HANSKA, POSTE RESTANTE, A GENÈVE
Paris, dimanche 2 mars 1834.
Mon salut ! Pour mon salut ! Non, laissez-moi croire qu'entre les deux personnes auxquelles vous pensez et moi, vous n'avez pas hésité, vous m'avez condamné. Au moins il y a là toutes les grandeurs du véritable amour !
Je travaillais nuit et jour pour venir à vous ; maintenant je travaillerai certes autant, car il ne m'est pas permis de prendre la moindre résolution avant que ma mère soit physiquement heureuse. J'ai encore un an à souffrir.
Ne parlons plus de moi. Vous avez donc bien été cruellement agitée ? Un sentiment qui donne tant de remords était faible, et c'est mon cœur qui fut accusé ! Moi pour qui adoremus in œtcrnum était quelque chose !
Le sort va bientôt m'enlever une affection vra»c, et aujourd'hui je perds toutes mes croyances au bonheur, sans que rien puisse me dégager avec moi-même. Ah ! vous ne m'avez pas connu ! Tous ceux qui ont souffert pardonnent, vous le savez. Je demeu-
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rerai comme je suis ; je ne puis me changer. Vous le disiez vousmême : les femmes Jules aiment fidèlement malgré l'abandon *. Je ne suis donc pas homme ? Est-ce encore une épreuve ? Elle me coûte plus que la vie, elle me coûte mon courage.
Je ne puis opposer à ce coup ni dédain, ni mépris, ni aucun des sentiments égoïstes qui consolent. Je resterai dans ma stupeur, sans comprendre. Ah I je ne savais pas écrire pour moi : Aux cœurs blessés V ombre et le silence^.
Mon Dieu, mon livre est fait ; je ne suis pas assez riche pour l'anéantir, mais je me mets à vos genoux pour vous prier de ne pas le lire, Eve ne doit point ouvrir le livre où est la duchesse de Langeais, Vous pourriez, quoique certaine de l'entier dévouement de celui qui vous écrit, vous y blesser, comme quand on se pique à des buissons. Moi, je pleurerai toujours de ne pouvoir le supprimer !
Je ne puis vous dire adieu ; je ne vous quitterai plus et, de ce jour, je ne me permets même pas la vue d'une femme. Mais vous ne m'avez pas tout dit ! J'ai été calomnié odieusement. Vous aurez donné créance à des imposteurs. Enfin, il y a place pour bien des coups dans un cœur comme le mien ; vous ne le tuerez pas facilement. Jl est éternellement à vous et sans partage.
Je ne vous dis rien de ce que j'ai dans l'âme ; je n'ai ni force, ni idées. Je souffre par toi. Tant que ce sera ta main, pourquoi me plaindrais-je ? Ah ! tu verras que je sais aimer. Nos cœurs s'entendront encore toujours.
A MADAME HANSKA, POSTE RESTANTE, A GENÈVE
Paris, dimanche 9 mars 1834.
Mon ange me revient ; ah ! je te cacherai mes angoisses, mes chagrins, mes terribles résolutions d'une semaine où tout est venu