Et non Robespierre, comme on l'écrit ordinairement
travailler tous les jours, comme vous m'avez vu les jours où je travaillais. Mais je ne courrai plus.
Aujourd'hui Grohé doit apporter et placer les trois dessus de portes, mon étagère à cassettes et la fameuse table.
Allons, adieu.
Mardi 6 [juillet].
On n'a rien apporté, mais j'ai travaillé; j'ai fait les premiers feuillets de copie pour les Paysans, et à quel prix, bon Dieu ! Les mêmes souffrances ont reparu au même endroit. Il va falloir, si elles persistent, recourir aux bains de siège et aux fomentations. Cette fois, il n'y a pas d'ambiguïté sur les causes, c'est bien le café. Mais ces souffrances accusent l'épuisement du cerveau, de la nature, et le besoin de repos. Ah! il fallait que le Nord ne baissât point, et que je payasse tout avec ce capital. Je me serais reposé un an ou deux ans. Loin de cela, il faut que je gagne de quoi payer : primo, les vingt mille francs de ce mois-ci; secundo, rembourser vingt mille francs à Gossart; tertio, trente mille francs à Rostchild, s'il me prête la somme de ce mois-ci, et trouver trente mille francs pour février. En supprimant du total les vingt mille francs de juillet, si Rostchild les prête, ce sera toujours quatre-vingt mille francs de dettes pour la maison de la rue Fortunée, sans compter Pelletereau. Ces quatre-vingt mille francs et les cinquante mille que je dois d'anciennes dettes, c'est toujours les cent trente mille francs. Je ne compte pas le paiement d'août. Si l'envoi (que vous m'avez annoncé) a lieu, ce n'est que le remboursement du versement du Nord. Le Nord aura dévoré trente mille francs. C'est ce que mon petit Évelin aura donné. En gardant le remboursement Gossart et Rostchild à ma charge, c'est moi qui aurai fait la maison, à l'exception des quelques meubles somptueux (le lustre, l'armoire, les deux vases, la table, le linge, etc.) envoyés par ma petite fille. Le Nord représente tout son capital d'économies. Dans ce système-là, j'ai cent soixante-deux mille francs de dettes : primo, vingt mille francs à Gossart; secundo, trente mille francs à Rostchild (s'il prête); tertio, trente mille francs à payer en février; quarto, cinquante mille francs d'anciennes dettes; quinto, trente-deux mille francs à Pelletereau. C'est quatre romans et quatre pièces de théâtre.
Hier, les douleurs étaient si vives que je n'ai pas pu marcher. Ce matin, en me levant, j'ai bu du café moins fort.
Comme je suis allé en voiture chercherles vases raccommodés, j'ai passé chez Grohé. La table et le petit meuble aux cassettes viendront demain. La table est d'une beauté parfaitement en rapport avec le meuble de Bâle. On devait venir aussi poser les glaces de la bibliothèque, et on a manqué de parole.
Allons, adieu; à demain. Je vais me mettre à l'ouvrage; il est cinq heures du matin. J'ai dormi sept heures et demie. C'est trop. Nous
avons eu une chaleur accablante, qui sèche la maison. La pièce est finie, en haut; il n'y a plus qu'à peindre et à mettre les vitres. Les trois marquises sont aussi posées. J'ai envoyé chez Lefébure. Il a perdu sa mère. Tout parait expliqué.
Mercredi 7 [juillet].
Pas une ligne ! Sous des torrents de café le cerveau reste inerte, et l'heure approche pour la Presse. Je ne sais que faire. Je perds la tête, car je vois mon départ retardé, et, plus je vais, plus la nostalgie augmente. Je ne pense qu'à ma chère troupe.
Hier, de désespoir, je suis allé chez Laurent- J an, qui, malgré son esprit, ne m'a pas diverti. Que voulez-vous? J'ai eu tort de goûter à la seule vie que je puisse mener, du moment où elle devait être interrompue. Ma maison est un cercueil; j'y vois mon lit à toute heure; tout s'y rapporte à une pensée navrante. A la lettre, je me meurs d'un mal indéfinissable, qui est l'absence d'un bien-être entrevu. Triompherai-je de cette maladie? J'y fais des efforts inouïs. Ce pauvre Laurent- J an, inquiet, m'a acheté le Cricri du foyer , de Dickens, pour me distraire.
On vient poser les glaces de la bibliothèque aujourd'hui, et j'ai plus de huit cents francs à payer en petites notes. Je suis allé hier chez ma mère, la prier de me compter mes lignes au Constitutionnel, pour aller chercher là le reste de mon compte. Ah ! mon gentil dodu secrétaire, où es-tu? Je n'ai plus que deux allumettes de Wilhem, et cela me fait un chagrin d'enfant. Tout s'en va de la maison Gréphine, excepté les souvenirs et les notes, que je garde comme des archives de bonheur. Oh ! faites vos affaires et revenez ! Mais je vais travailler et partir.
Adieu, à demain.
Jeudi [8 juillet].
Hier, l'avis de l'arrivée du cadre de Schaub est venu; je suis allé à la douane, et rien n'était arrivé. J'y retournerai ce matin. Nous saurons qui a raison de vous ou de moi sur l'affectation de cette choselà. Dans tous les cas, ce ne sera jamais perdu, et, s'il ne va pas comme glace de cheminée, il ira comme pendant de cadre. Je soupçonne celui que raccommode Vital d'être trop long pour faire pendant au Brustolone.
n y a une erreur de deux mille francs entre les comptes du Constitutionnel et les miens. Nous verrons comment cela va se terminer entre S. M. Véron I^r et moi. Ces deux mille francs feraient ce qui manque pour le versement.
L'infâme créature ^, qui veut toujours de V argent, médite un coup de tête; elle Ta positivement annoncé dans une lettre que je porte au juge d'instruction, avec qui je vais concerter les moyens d'en finir.
Il est quatre heures du matin; je me suis levé à trois heures. Je crois avoir le placement de trois nouvelles, à deux ou trois mille francs chaque; et je vais essayer d'en brocher une en deux jours. Trois fois cet effort me sauverait. C'est Laurent- J an qui m'a donné cette idée, avec le Cricri du foyer, de Dickens. Ce petit livre est un «chef-d'œuvre, sans aucun défaut. On paie cela quarante mille francs à Dickens. On paie mieux en Angleterre qu'ici!
Allons, adieu. Il faut travailler, courir et faire ses affaires, le cœur bourrelé, avec deux épées de Damoclès : l'échéance du mois et la Gouvernante. Que Dieu bénisse vos travaux et les miens !
Je devrais recevoir des volumes de Wierzchownia et je ne reçois rien. Je voudrais bien savoir cependant ce qui est advenu de la succession du Président, et si nos chers petits Gringalets vont en être mieux. D'abord, Nanette aura plus de revenu, ce qui lui permettra d'aider les deux frères. Ah I nous avons bien besoin de la protection de Dieu ! Allons, mille tendresses.
La baisse actuelle du Nord provient de la déconfiture des gros spéculateurs. Un banquier espagnol a lâché pied avec huit mille actions qu'il a été forcé de vendre, ne pouvant plus soutenir sa spéculation. Mais si huit mille actions gênent la place, et si on ne les achète qu'à cinq cent soixante francs, l'affaire n'est donc pas encore belle. Or, s'il faut que nous versions le reste, c'est soixante mille francs à trouver, d'ici à dix-huit mois. J'ai manqué de courage; il fallait tout vendre, à sept cent quarante, perdre cent francs en dessus et les regagner en dessous. Je suis vraiment désolé, car il faudrait acheter en ce moment; tout serait réparé. Les cent mille francs enterrés dans la petite maison de la rue Fortunée me saignent le cœur. Mais, que font les lamentations ! Il vaut mieux faire de la copie. Cher petit animal de minou! Pense-t-il à son amour, le bengali? Il y a des heures entières données à ce cher petit. Ah ! que de copie il a déjà dévorée ! Non, je sens qu'on peut mourir de nostalgie !
Adieu, soignez-le bien; ayez bonne santé. Anna m'écrit qu'elle vous avait trouvé très bien, très belle. Soignez-vous donc bien. A demain.
Vendredi [9 juillet].
Je suis vraiment dérangé par trop d'affaires pour pouvoir travailler. A peine je sors d'un embarras qu'un autre se présente. Il faut maintenant s'occuper du versement et voir M. Fessart pour lui demander