Sur le lac du même nom, voisin du lac Majeur
3. On lit à l'intérieur do l'enveloppe de cette lettre : « La Marâtre. Personnages : M. de Bordas. M«e de Bordas. Marie, fdle de M. Bordas. Juste Verdier, premier commis. Amaury Bonnin, commis voyageur. Jean, valet de chambre. Zéphirine, femme de chambre. » Le nom de Zéphirine, donné à la femme de chambre, est une amicale réminiscence du surnom familier d'Anna Mniszech. Voir p. 313,
Je croyais partir demain dimanche pour Sache ^, et y dîner. J'ai reçu, au moment où je faisais mes paquets, une lettre de lui ^^ qui me dit qu'il revient de Vichy et qu'il est obhgé pour ses affaires de venir à Paris.
Senlis a apporté l'étagère, et M. Santi est venu m'apporter des mémoires à terminer. Tout cela a pris ma journée. J'ai toujours un peu de fièvre, et un abattement à quitter la vie. J'espère beaucoup de l'air natal.
[Dimanche] l^' août.
Couché hier à huit heures et demie, je me lève à cinq heures et demie et j'ai la fièvre, une petite fièvre qui ressemble à ces pluies fines qui vont toujours. Mes yeux se remplissent de larmes sans cause ni raison. Si mes billets étaient venus hier, je serais parti pour Tours tout de même, et je me serais logé n'importe où, c'est-à-dire à la Bouled'Or, dans une certaine chambre où mon loup a tant souffert. Gomme je me rappelle cela! Cette passion subie pour moi redouble mes chagrins et fait arriver mes sentiments à un degré qui ne peut se nommer que souffrance. Je n'aurai pas la force d'attendre à l'an prochain ; tout est usé en moi. Le bonheur seul peut me rendre à la vie et à la force de créer. Quand mes chers amis étaient à quelque distance de moi, j'avais encore de la force; mais je suis comme le Lapon : je ne sens plus le soleil; je suis dans les glaces, et tout est comprimé en moi par le froid.
Comment, tant d'amour, tant de luttes, tant d'espoirs, tant de foi, tant de travaux, tant d'affection, de dévouement seraient inutiles! Je vous vois empêtrés d'affaires; je vous vois, vous, moins avancée qu'à Saint-Pétersbourg! Je suis comme le voyageur qui a épuisé ses forces en vue du port.
Je viens de prendre une monstrueuse tasse de café. Je vais essayer du travail, aujourd'hui même.
Adieu, chère comtesse aimée. Dans vingt jours je pourrais être en route, si vous le vouliez, et si nous pouvions envoyer, en février 1848, trente mille francs. Cette dernière chose est peut-être impossible, et alors je dois rester à travailler.
Mille bénédictions enveloppées dans des tendresses infinies. Aimée comme vous l'êtes, pourquoi ne seriez-vous pas heureuse? Je fais tout ce que vous ordonnez. Il n'y a plus de marchands de bric-à-brac pour moi. Je n'achèterai plus jamais rien. J'ai dépensé dans mon mois quatre cent quatre-vingt-dix francs, dont deux cent trente environ de choses qui ne regardent pas la cuisine. C'est un mois cher, car il
2. La propriété de M. de Margonne, en Touraine, près d'Azay-le-Rideau.