Le 15, jour d'échéance
3. Ministre de l'Instruction publique en Russie. Voir p. 275.
4. Où effectivement il passa dans la matinée du samedi 11 septembre 1847. {Les Cahiers balzaciens, n" 7.) Voir plus haut, p. 220, 278,
Il m'est impossible d'aller prendre la voiture d'Anna à Francfort ^. Primo ^ il me faudrait un domestique. Secundo^ je serais vingt jours en route. Jugez : je vais pour cent vingt-huit francs à Berlin et, de Berlin à Gracovie, en chemin de fer. Je ne sais pas comment je ferai de Cracovie à Przemyzl. Mais je suis si malade d'âme, que j'arriverai, je ne sais comment, mais j'arriverai à Radziviloff, et comme je n'aurai que peu de bagages et de vieilles choses, on ne me dira rien à la douane. Et voilà. Notez qu'il faut, pour pouvoir partir, faire un emprunt de cinq mille francs et avoir une lettre de crédit sur Halpérine. Je réussirai à tout. Demain j'irai voir Rostchild.
Adieu pour aujourd'hui. Serez- vous surprise? Non, vous devez savoir que je ne peux pas rester dix mois sans vous voir. J'irai à Wieznovice pour demander du secours, afin de savoir surtout comment me faire transporter à Wierzchownia. Je laisse tout à trac; la maison brûlerait, cela me serait égal. J'ai besoin de vous voir, comme on a soif dans le désert. Il y aurait la mort, on irait boire l
A demain.
Mardi 17 [août].
Je me suis agité, je suis allé chez Rostchild, qui était à Eu ^. J'ai repris mes actions. Je ne vois personne en état de me prêter la plus légère somme. M. Nacquart est à Vichy; M. Margone est à Sache. Voici, pour partir, ce qu'il faut que je fasse. Il faut laisser les huit cents francs d'intérêts du mois d'octobre pour le cessionnaire de Pelletereau; il faut laisser trois ou quatre cents francs à mes deux domestiques pour vivre; il faut payer deux mille sept cents francs à la Presse^] il faut laisser treize cents francs pour trois effets, en septembre et octobre, ce qui fait cinq mille cent francs. Il y a environ pour cinq à six cents francs à payer, des petites choses, ce qui fait six mille et avoir mille francs dans sa poche, ce qui fait sept mille francs, et la lettre de crédit que j'aurais pour Halpérine. Mais ces sept mille francs ne sont pas trouvables. Il me reste quinze actions, qui, par suite de leur dépréciation, font trois mille francs. J'ai bien mille francs. C'est quatre mille francs. En supposant un prêteur trouvé, il y aurait folie à laisser tout là. Vous ne sauriez imaginer l'état dans lequel m'a mis cette récapitulation d'impuissance. Je dors constamment; l'appétit est si bien disparu que je pourrais ne manger que tous les deux jours. Il n'y a que le travail qui puisse me sauver; et je n'ai pas une idée, pas un vouloir. Le cœur, l'esprit, la volonté, tout est mort. C'est à se faire une salade de feuilles de digitales tous les matins,
1. Chez le carossier auquel M™e Hanska l'avait commandée, en mai 1847, lorsqu'elle passa à Francfort, retournant de Paris en Ukraine.