Le célèbre acteur comique des Saltimbanqties
2. En souvenir d'un voyage en Italie fait par Balzac et ses trois amis.
déployer I Enfin, j'espère aller passer quelque temps avec vous, ne fût-ce qu'un mois, car il y a trop longtemps que je ne vous ai vus.
Je vais voir Souverain, qui a mis fidèlement votre paquet au roulage, et le paquet est si énorme qu'il n'y a pas de chances qu'il s'égare.
Je ne fermerai pas cette lettre sans vous dire ce que m'aura dit ledit Souverain, vers qui je me dirige aujourd'hui même, car il a des livres à moi.
Je fais partir ma lettre aujourd'hui, car, mes chers et bien-aimés saltimbanques, vous ne m'avez pas dit ow, à quel nom, adresser l'envoi des quatre ouvrages; donc, répondez-moi courrier par courrier (et remarquez que cela fera un mois de retard) à ce sujet. Je n'ai pas conservé l'adresse qu'a donnée M"^^ Athalah, et il n'est pas probable que Souverain l'ait gardée.
Allons, dans tous les cas, j'adresserai à M. le comte Georges Mniszech, à Radziviloff, douane restante, si je n'ai pas de lettres d'ici au 15 septembre.
Mille tendresses et mille amitiés de votre vieil ami Bilboche, à qui vous avez donné une bonne journée en l'occupant de vous.
Vendredi 20 [août].
Il n'était plus temps de mettre ma lettre à la poste, et je l'ai rouverte, pour vous dire que vous avez le temps de me répondre, car Souverain n'est pas, dit-on, à Paris, et que je ne trouverai pas promptement les livres demandés. Je vous les apporterai peut-être moimême, car j'espère aller vous voir. Gela tient à peu de chose, et j'espère triompher des obstacles qui s'opposent encore à mon départ.
Gomme ma lettre, dans ce cas-là, ira bien plus lentement que moi, il se pourrait que je sois à la frontière quand vous la lirez, car on va de Paris à Cracovie en quatre jours. Je suppose que, dans cette saison, on doit aller de Cracovie à Wierzchownia en quatre autres jours. Seulement, figurez- vous Bilboquet ne parlant pas un mot des langues qui se parlent entre Cracovie et Berditcheff, se débattant pour se faire comprendre, avec une impatience justifiée par le bonheur qui l'attend au bout de ses peines!
Si la nouvelle de l'affreux assassinat de la duchesse de Praslin est arrivée jusque chez vous, vous saurez que l'assassin est M. le duc de Praslin lui-même.
Allons, adieu, chers saltimbanques aimés; aimez-vous bien et pensez quelquefois à celui qui pense toujours à vous, et qui vous aime mieux que tout. Mille gentillesses à la gentillesse même, c'est-à-dire à Zéphirine, et une bonne poignée de main à maître Zorzi, docteur en petites bêtes, et fabricant de pâtés à Baveno!
A MADAME HANSKA, A WIE RZCHOWNI A, PRÈS BERDITCHEFF
[Paris, 22-25 août 1847].
Dimanche 22 [août].
Hier, j'ai fait viser mon passeport, après avoir fait un énorme pasticcio ^ sur le visa du commissaire de Forbach, qui causa tant de peur à mon loup, courageux contre la neige, les fatigues et faible à l'aspect d'un gendarme de France ! Je ne pense à toutes ces aventures qu'avec délices. Enfin, j'ai inventé de faire venir Souverain, et de lui demander quatre mille francs sur mon billet, garanti par quinze Nord. J'aurai réponse demain lundi, et, s'il fait cette affaire, au moment où vous tiendrez cette lettre, je serai à quelques pas de Wierzchownia. Depuis que cette espérance a quelques chances de probabilités, l'appétit est presque revenu, la petite fièvre disparait, et je me sens renaître. Seulement, je me demande comment je ferai de Cracovie à Radzivilofî, moi qui ne parle pas un mot de ces langues bizarres, et qui suis si impatient. A la grâce de Dieu !... et de ma Line.
Je reçois à l'instant votre première lettre-journal, et je viens de la dévorer, de la lire pendant longtemps. Je souhaite vivement que cette lettre vous arrive avant moi, si je puis partir, car vous n'avez plus rien à craindre. Je vais faire un engagement à un an de date et d'échéance, et si elle ^ a conservé des lettres, si elle fait quoi que ce soit contre vous, j'ai le droit de refuser le payement. Enfin, je conserverai la lettre où elle convient avoir volé les lettres, en me désistant de la plainte, ce qui, joint à sa déclaration d'avoir tout rendu, la constituerait dans la même situation criminelle. Ainsi, je vous en supplie, n'ayez plus aucun souci. Je brûlerai toutes vos lettres avant mon départ, comme je prendrai toutes mes précautions pour tout, en mon absence.
Je n'aurai de paiements à faire qu'en février. J'aurai une lettre de crédit sur Halpérine. Enfin, je pourrai vivre ! Je ne serai vivant que lorsque je serai dans le chemin de fer. J'écrirai à Ouvaroff, le jour même où je recevrai l'argent de Souverain. Si Souverain ne me donne pas cet argent, je le gagnerai par quelque nouvelle que j'inventerai. Bien certainement vous me verrez dans les premiers jours de septembre. Seulement, je ne sais pas comment me faire transporter de Cracovie à Wierzchownia. Je crois que je prendrai un domestique à