C'est-à-dire achetée chez l'antiquaire de Mayence
Je pars demain samedi 4; j'espère entrer chez vous le 15. Je ne sais pas comment je ferai à la frontière. Mais M. André Mniszech sera peut-être à Wisnovitz.
Vous direz, comme quelques personnes ici : « Il faut bien aimer une femme pour faire seize cents lieues (et de quelle manière!) pour aller lui dire bonjour... » On fait tout, on se ruine pour des femmes-Marneffe; pourquoi les nobles, les sublimes, les divines ne se verraientelles pas l'objet d'efforts plus grands?
. Je ne crois pas que cette lettre me précède de beaucoup; mais vous savez déjà mon départ. S'il a été retardé, c'est à cause des immenses affaires et des difficultés pécuniaires. Il faut que j'aie eu du guignon, car, au dernier moment, je me suis vu sans argent, et ma Tante ^ m'a daigné prêter sur douze couverts de famille. C'est en famille que cela se passe.
Quelle chose bizarre que, jusqu'à ce que les deux loups n'en fassent qu'un, je n'aie pu vaincre les grandes distances qu'avec des emprunts ! C'est étourdissant! Enfin, aujourd'hui, je fais ma malle et je ne sais pas si je n'attendrai pas à dimanche pour partir, car j'aurai sans doute une lettre de vous dimanche.
Je ne vous dis pas adieu, mais à bientôt. Que Dieu me protège! Quel bonheur depuis huit jours que je m'apprête ! Je ne m'occupe que de cela. L'affaire Praslin ne m'a seulement pas ému. Je ne pensais qu'à ma chère troupe.
Quelque chose qui vous rendra le Praslin bien exécrable, c'est que l'infâme autopsie ordonnée par la Chambre des Pairs sur M"^^ de Praslin a constaté qu'elle était grosse de cinq mois, et que la matrice était pleine d'une chose qui prouvait que le coup avait été frappé (le premier coup de couteau) pendant l'acte. Il avait essayé, tout en la caressant, de lui passer la corde au cou. (Voilà bien des coups!) Et, n'ayant pu réussir, il avait eu recours à un criss malais. Elle aurait pu être sauvée, car elle était si grasse qu'aucun coup n'avait porté. Les chairs avaient tout reçu. Je vous envoie les détails qui ne seront jamais publiés. C'est ainsi que vous ne sauriez pas, sans moi, que c'est le vieux Pasquier, le chancelier, qui a donné le poison au duc. C'est ce qui l'a rendu si ardent à la poursuite; il savait que la mort viendrait avant le procès.
Allons, à bientôt. Si vous avez eu le bon esprit de m' envoyer chercher à Radziviloff, vous aurez fait une chose sublime. Mille gentillesses à la gentille Annette; des embrassades à l'étouffer à mon bon Zorzi et, à vous, toute l'âme de votre serviteur.