Le premier ami de Balzac ; voir plus haut p
leur verser les seize mille francs qui seront dus. Les Petits Bourgeois et Vautrin donneront cela.
Tout autre que moi, chère petite fille, eût perdu la tête. Mais ton Noré est une volonté de bronze et un cœur d'or. Il te veut heureuse, et tranquille surtout, appuyée sur ce bras infatigable. Nous étions bien malades; je t'ai comme envoyé jour par jour le bulletin de notre maladie financière.
Maintenant, j'ai des travaux affreux; je ne pourrai plus t'écrire que quelques mots, et j'attends d'ailleurs une lettre de toi pour savoir où t'écrire, et jusqu'à quel jour je puis t'envoyer à Dresde; enfin, quand tu en partiras.
Adieu, louloup; voici l'ébéniste, avec qui je dois aller à la maison, et Gossart, qui vient déjeuner. Mille baisers et aime-moi bien. Il est huit heures et demie ; il faut aller porter cette lettre.
A MADAME HANSKA, A DRESDE
[Passy,] Lundi 26 [octobre 1846]. Quatre heures du matin.
Mon bon louloup chéri, tout va bien. Le Const\itutionnel\ va me devoir onze mille francs. Le traité est fait avec L[ouis] Chl[endowski]. qui m'a remis sept mille deux cents francs de valeurs. Cela en fait dix-huit mille. Ces dix-huit mille vont solder Buisson, M. Fess[art], ma mère et ce que je dois pour les caisses d'Allemagne et le ménage. Puis il faut trouver six mille francs pour novembre et quinze mille francs pour les réparations. C'est vingt et un mille autres francs. Je suis à peu près sûr de les avoir par mon travail, en finissant les Paysans. Enfin, si tu apportes le remboursement des Rothschild, moi, je ferai le paiement des actions, en janvier, et je paierai la Chouette. Ainsi, je ne devrai [plus] qu'à ma mère, à Dabl[in], à Mme Delann[oy], et trois mille francs de comptes qui me regardent.
J'attends Souverain ce soir ou demain, et je saurai s'il veut faire une grande affaire. Mais, si tu savais comme je serai obligé de travailler! Je ne quitterai pas ma table en novembre, en décembre et janvier. Je suis tout fier de te montrer, au commencement de notre ménage, quelle est la puissance de ton loup^ et le fécond, l'intarissable rapport de sa plume. Elle donnera soixante mille francs en trois mois. Nous aurons la maison et les actions. Ainsi, voilà ma fortune commencée et en bon train par ce dernier coup de collier.
Le bonheur de travailler sous tes yeux me rendra toute cette fatigue légère à porter, et tout cela se fera gaiement.
Notre maison a horriblement souffert par les pluies. Elle n'était pas couverte; mais le calorifère séchera tout cela. Les travaux en sont repris avec une activité féroce, car Goss[art], mon notaire, va dire aujourd'hui à tous les entrepreneurs qu'il répond si bien de moi, que c'est lui qui paiera. Si tu ne sens pas ton amour redoubler pour ton loup en voyant comment il a manoeuvré dans ces difficultés, tu n'aurais plus des mouvements de cœur pareils aux siens. Seulement, louloup, nous souffrirons beaucoup à l'article mobilier. Le versement de seize mille francs à faire pour le Nord nous emporte notre mobilier.
Gudin est arrivé. La Chouette y va. Si je réussis, ce serait encore une victoire remportée. Ce qui m'a servi, c'est le succès des Parents paui^res. En trois mois, je vais finir les Paysans et les Petits Bourgeois^ et faire la Pathologie de la Vie sociale^ le Député d*Arcis^ et Dernière transformation de Vautrin. Avec tout cela, je serai libre de toutes dettes et nous serons à flot. Oh 1 louloup, comme je t'aime I et comme l'aspect de mon bonheur, qui n'est plus qu'à quelques jours de moi, me donne de la force!...
Allons, adieu; il est cinq heures et j'ai des monceaux d'épreuves à corriger. Il les faut à neuf heures et demie au Constitutionnel, Il me reste soixante-dix feuillets à écrire pour terminer la Cousine Bette. C'est pour une semaine. Allons, mon m[inou] chéri, mille pigeonneries; oh! louloup, mille baisers!
A demain.
Mardi 27 [octobre].
Mon mouton chéri, je reçois hier ta lettre de mercredi 22 où tu me dis que tu attendras à Dresde la réponse à cette lettre. Mais l'attendras-tu en trouvant trois [lettres] de moi? Je ne sais que faire et je vais t'envoyer, à tout hasard, cette lettre, car elle est très consolante.
Primo : J'ai touché dix-huit mille francs chez Rothschild (et j'ai deux mois pour les rendre). Je les ai remis chez Gossart immédiatement. Me voilà bien tranquille. Les entrepreneurs sont venus chez Gossart, qui leur a dit d'être sans inquiétudes et qu'il les paierait. D'ailleurs, ces infamies-là sont arrivées à Gudin, riche de cinq cent mille francs, m'a dit Gossart.
Secundo : Nous pourrons très bien nous marier à Passy. Les actes de décès de tes père et mère sont inutiles. Mais ton acte de naissance est indispensable. Comment vas-tu faire? Il faut le demander et l'avoir absolument. Dans aucun pays on ne marie sans cet acte.
Tertio : J'ai négocié déjà quatre mille francs des effets Chl[endowski]. Je lui ai porté ses deux mille francs, et j'ai l'argent p[our]
la maison; j'ai celui des caisses d'Allemagne et j'ai donné cinq cents francs à l'ébéniste qui fait le Boule. Il me reste cinq mille deux cent cinquante francs, qui, avec les onze mille francs du Constituti[onnel], paieront ma mère, M. F[essart] et Buisson.
Ce soir, probablement, Souverain achètera les Paysans, et j'aurai tout à fait assuré ma position.
Je serai en mesure de t' aller chercher là où tu seras, du 6 au 10 novembre. Ainsi, ne t'attriste pas. Ne va pas à Heidelberg; viens à Mayence et dis-moi par un mot, aussitôt que tu y seras. Je t'arrangerai notre entrée par Forbach ou par Frauenberg. Sois tranquille.
J'aurai tout fini au Constitutionnel pour le 6, et je serai le 8 à Mayence. Tu ne peux pas y être auparavant, d'après mes calculs. Je m'arrangerai un cabinet auprès de ta chambre à coucher, là où nous irons, et je ne sortirai guère, pendant le mois de novembre, que pour veiller à la maison, etc. Ne te préoccupe de rien, et viens. Si ce soir je fais affaire avec Souverain pour les Paysans, tout sera sauvegardé. Du 15 novembre au 15 décembre, je ferai les Paysans, j'en suis sûr. Maintenant, je ne t'écris plus que quand je te saurai à Mayence, je t'écrirai tous les jours, selon mon habitude, et je t'enverrai là le paquet pour te faire attendre mon arrivée.
Mille tendresses, mon loup chéri. Je ne crois pas que Gudin nous vende du terrain, et à peine la loge du portier.
Je t'aime comme un fou et je voudrais te savoir à Mayence. Je ne t'y laisserai pas quatre jours. Sois bien tranquille. J|
A MADAME HANSKA, A DRESDE
[Passy, 28 octobre-3 novembre 1846.] Mercredi 28 octobre.
Mon bon louloup aimé, le paiement de ma mère est effectué. J'aurai huit mille francs pour Buisson et trois mille francs pour M. Fess- [art], au Constitutionnel, et je ferai Rosemonde ^ pour mes paiements de novembre. Enfin, aussitôt notre réunion, je piocherai les Paysans pour payer la Ghou[ette] et les réparations. On a repris les travaux, à Beaujon, avec activité. Le mal est réparé. L'acte a été mis dans les journaux judiciaires, et personne ne s'en est aperçu. Ainsi, tout va