‹ Lettres a l'étrangereChapitre 48 sur 120 · A DRESDE · texte numérisé non relu

A DRESDE

Passy, 4 novembre 1846.

Mon cher Gringalet et ma chère Zéphirine,

Je vous remercie de cœur pour la ponctualité avec laquelle vous me donnez des nouvelles de notre grande et bonne Atsda; je ne vous dirai rien de mes chagrins; mais, je vous prie, avertissez-moi du jour où je ne pourrai plus envoyer de lettres à Dresde, car j'imagine que le docteur ne défend pas à votre chère et bien-aimée mère de lire; dans ce cas, je vais lui écrire tous les jours. Dès qu'elle m'a écrit qu'elle restait jusqu'à la fin de novembre à Dresde, sans avis, je vous ai fait adresser les journaux et toute la Cousine Bette pour distraire la chère malade. J'espère que vous avez tout reçu.

Le Nord est en ce moment de cent vingt francs au-dessous du pair. Si je conserve quelque santé, je vais par un travail insensé tâcher de rétablir la caisse. Dans huit jours, je me mets à finir les Paysans^ et il s'agit d'écrire et de corriger huit volumes en un mois! Je ne sais pas trop dans quel état je serai alors. Ahl j'aurai bien besoin du bonheur que j'éprouve à être au milieu de vous, et surtout de vous voir heureux tous les deux, heureux l'un par l'autre, comme vous l'êtes. Car je vous devine : je vois Anna toute joyeuse des merveilles de son trousseau, qui lui permet de plaire dé plus en plus à son Georges, et vous, Georges, arrangeant vos coléoptères et allant avec Anna voir le musée et les collections. Comme tout cela me rafraîchit l'âme ! car je n'ai si bien que vous au monde, que s'il me fallait aller vivre à Wierzchovnia, pour rester avec vous, j'abandonnerais la belle France sans un regret. Il ne faut pas me demander si je pense à vous; à l'imitation de vous, mon cher et gentil Georges, je dis à Bilboquet : « Bilboquet, que font à cette heure Gringalet, Zéphirine et Atala? » Je cherche à deviner vos occupations. Mais vous ne me chargez de rien ici, je ne trotte plus pour vous. Je n'ai que les coquilles fossiles du bassin de Paris et un sphinx à chercher. Je n'ai pas pu rejoindre encore Gaymard.

Adieu, mes chers amoureux I aimez- vous bien, car vous êtes deux belles et nobles créatures, dignes l'une de l'autre et faites par le bon Dieu l'une pour l'autre. Ne voyez personne, laissez là le monde et surtout celui de Dresde.

Le père Bilboquet, croyez-le bien, ne pense plus à rien acheter, il ne pense qu'à payer et trrravaUler sur la place publique de la Littérature; oui, je me suis donné pour tâche de gagner quarante mille francs dans six semaines.

Mille amitiés. Oh! comme j'aurais voulu voir la troupe dans sa belle voiture! Je baise les mains si jolies des deux comtesses, et je vous serre les mains, mon cher et bon Georges. Adieu; ceci est volé sur la quantité de copie à faire. Tout à vous de cœur et d'âme.

Page 1