‹ Lettres a l'étrangereChapitre 49 sur 120 · DUC DE BILBOQUET · texte numérisé non relu

DUC DE BILBOQUET

pair de France et autres lieux.

A MADAME HANSKA, A DRESDE

[Passy, 4-5 novembre 1846].

Mercredi [4 novembre].

Mon pauvre Évelin adoré, je ne te parle pas de mes inquiétudes, car nos bons et chers enfants me donnent seulement des nouvelles superficielles. Je voudrais savoir ce que tu sens, ce que tu penses!...

Hier, après avoir cacheté ta lettre, les vomissements m'ont pris, et j'ai rendu mon dîner avec des douleurs atroces. Puis, en même temps, j'ai eu la débâcle inférieure, absolument comme la Chouette l'avait eue lors de sa cholérine. Juge quelle puissance avait mon amour pour toi de me faire contenir ces douleurs pour t'écrireî Je te les dis parce que cette crise si douloureuse était sans doute une excellente chose. C'est une crise de Bile, causée par mon émotion de te savoir malade, retenue à Dresde, et par mon excessif travail. Après avoir dormi cinq heures, je me suis trouvé tout à fait mieux, et n'avoir qu'à remercier la nature et mon tempérament. Je me suis trouvé si bien, que j'ai travaillé.

Je suis allé le soir voir la pièce de Méry, qui est d'une incroyable stupidité. J'y suis allé avec la Girardin. Ce matin, je reçois l'illustre inconnu : Chassériau, le peintre i, que je charge de voir les peintures de la coupole et de la chambre à coucher Beaujon, et de les faire restaurer.

Il est dix heures et demie. A demain, car on me l'annonce.

Jeudi, 5 novembre.

Hier, je suis allé à la petite maison à une heure, avec Chassériau, après un déjeuner où assistait From[ent]-]VIeur[ice], qui a emporté les douze cuillers à dorer et pour faire les douze fourchettes. Chass- [ériau] m'a promis un petit jeune homme de talent, qui ferait mon affaire et qu'il surveillerait. Cette opération ne me coûtera que cinq cents francs. C'est peu, mais c'est beaucoup pour moi. Ce sera très bien fait, et tout sera remis dans l'état où cela était du temps de Beaujon. Les travaux ne vont pas assez vite à mon gré. Je suis si désireux d'avoir tout terminé pour le 15 décembre; Gudin a refusé de me vendre du terrain, à quelque prix que ce soit. C'est une affreuse ingratitude qui prouve que ce n'est pas un grand artiste. Je suis assez satisfait de ne plus avoir de voisin. Tu n'auras qu'un bien maigre jardinet, mon pauvre louloup. Tu m'en vois désespéré, mais, avec de la patience, nous y arriverons. Gudin vit en trop grand seigneur pour ne pas se ruiner, et il aura des besoins avant que ses terrains aient leur valeur. Chass[ériau] a trouvé les peintures très belles. Nous avons là deux pièces rares. En allant au Constitut[ionnel]^ j'ai trouvé, pour la salle à manger, deux ravissants dessus de porte, et pour une misère. Demain je vais avec M. Santi, voir s'ils peuvent s'adapter à nos portes, car il faut en couper. Les maçons nous ont cassé toutes les vitres; il faut refaire la vitrerie. Aussi sommes-nous déjà à seize mille francs à l'estimation de M. Santi. Il y a quinze cents francs de glaces et quinze cents francs Santi. C'est dix- neuf mille francs, et les

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