‹ Lettres a l'étrangereChapitre 50 sur 120 · Le fameux peintre Théodore Chassériau · texte numérisé non relu

Le fameux peintre Théodore Chassériau

cinq cents francs de peintures, ce sera comme tu le vois, vingt mille francs, avec le jardin, le puisard et le trottoir, qui sont en plus. Soixante-douze mille francs en tout. Si je loue la glacière mille francs, nous n'aurons que quinze cents francs de loyer. C'est une admirable affaire. On ne peut pas en trouver une pareille, malgré ses inconvénients, relativement à l'écurie et à la remise, et à la loge du portier. Gudin m'offre d'ailleurs de quoi faire des remises et des écuries. J'ai tout l'hiver pour y penser.

Je suis revenu; j'ai trouvé que ta sœur Aline avait envoyé chez moi, ici, un Polonais, savoir si fêtais de retour, et, la gouv[ernante] l'ayant dit, il m'a écrit le nom de ta sœur ^ en me priant d'y passer. Ceci me contrarie énormément, et je ne sais que faire. D'abord j'ai trente-six feuillets à écrire pour terminer [la Cousine] Bette, et il me faut au moins trois jours de tranquillité parfaite. Puis, elle me prendra du temps. Je vais réfléchir à cela, faire pour le mieux. C'est un fameux ennui que de retrouver ici ta sœur 1 Je croyais qu'elle passait l'hiver àMa[n]nheim. Elle a peut-être été séduite parla grrrande capitale. Je ne puis pas ne pas y aller, ne fût-ce que pour lui expliquer que je travaille trop pour la venir voir. Meds alors, si elle vient?

Allons, adieu, ma chère petite fille souffrante. Si tu savais dans quel état je suisi Je voudrais être à Dresde, et il faut rester à mon bureau, travailler avec une ardeur incroyable, et gagner de l'argent au péril de ma santé. Mais ce sera mon dernier coup de collier, et nous y gagnerons d'avoir de l'argent devant nous. 11 faut, dans un mois, avoir fini les Paysans et la Dernière Transformation de Vautrin, Juge si je puis flâner. J'espère que la Cousine Bette t'amusera bien. On crie au chef-d'œuvre de tous côtés, et ils ne sont pas encore arrivés au pathétique. Il y a de fières scènes, va ! Je ne savais pas ce que je faisais. Je le sais maintenant. C'est le pendant à^Eslher!

Sens mes caresses, mon min[ou]; entends cette voix qui dit atout moment : « Qu'a-t-elle? Souffre- t-elle ? S'impatiente- t-elle? » Ne t'impatiente pas. J'ai pris héroïquement mon parti; je me suis dit : « Travaillons! » Ah! mon Évelinette, comme je t'aime! J'ai redoublé de force et d'amour; et je t'envoie une âme bien ardente, va!

Allons, soigne-toi bien; à demain.

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