Aline Moniuszko, Voir t. III, p
A MADAME HANSKA, A DRESDE
[Passy, 6-7 novembre 1846.] Vendredi [6 novembre].
J'ai été dérangé pour toute la journée par l'ébéniste qui est venu chercher tous les meubles en marqueterie du salon vert du premier étage, pour les garnir de bronzes dorés et pour les faire ou les mettre à neuf; car il faut bien se dépêcher. C'est effrayant ce qu'il y a à faire. Puis, par Victor Paillard, le bronzier^ qui est le Froment-Meurice du bronze, et qui demande six mois pour nos montages. Il aura bien des choses chez lui, qui n'arriveront que une à une.
Alors, ayant été dérangé, je suis allé dehors pour des dessus de porte pour la salle à manger, et puis je suis allé chez ta sœur. Elle avait envoyé Léon chez moi : Léon a fini par découvrir ta sœur ! C'est effrayant, ton Ukrainien! J'ai donc vu la narcotique Aline. Au risque de faire changer tes plans (ce qui serait absurde, car rien n'est plus facile que d'obtenir l'incognito), je te dirai qu'elle compte passer l'hiver à Paris, parce qu'elle a découvert ce que nous nous tuons à dire, nous autres Parisiens, que Paris est la moins chère et la plus agréable de toutes les existences. Elle est logée et nourrie, elle et son monde, pour sept cents francs par mois. Elle m'a dit que, te trouvant triste et changée, elle avait voulu Vamuser en te racontant toutes les horreurs qu'on disait de moi, et dont elle ne croyait pas un mot. D'ailleurs, insensibilité complète à l'article de tes souffrances, de ta maladie, que j'ai alors exagérée, pour savoir si cela la toucherait. Néant I... Enfin, elle est folle de Paris. Elle est furieuse de l'article du mariage d'Anna^. Elle m'a dit que vous étiez une famille détruite, ruinée, tombée, etc., et que cela ne convenait pas. Et, néanmoins, je vois qu'elle joue beaucoup, pour elle-même, du titre de petite- nièce de Marie Leczinska. C'est effrayant comme les tiens ressemblent aux miens. Même esprit, même langage.
Je lui ai prouvé : primo, que je n'étais pour rien dans l'article paru à Paris pendant que j'étais avec vous; secundo, que nous ne pensions pas l'un à l'autre, moi te désirant toujours pour femme [cepen- [dant]; tertio, que, si jamais ce bonheur m' arrivait, j'étais plus riche que toi, parce que j'avais une belle maison payée, un mobilier de
1. Fabricant de bronzes, 3, rue de la Perle, où Balzac, écrivant alors le Cousin Pons, a logé Fraisier, l'avocat véreux consulté par la Gibot.