‹ Lettres a l'étrangereChapitre 55 sur 120 · Le comte Michel de Borch. Voir p · texte numérisé non relu

Le comte Michel de Borch. Voir p

2. Sur le dernier feuillet de la lettre, à côté du dernier paragraphe, Balzac a écrit, «n colonnes, la liste suivante : « Caisses, 750, plumes, 100, ménage, 500, ébénistes, 2.500, Servais, 800, Senlis, 850, décembre, 2.000, entrepr[eneurs], 16.000, Roth[schilda, 18.000. Total : 43.700 + 2.000 francs pour la Presse. » Et au verso du feuillet, il a «ncore inscrit des multiplications.

A MADAME HANSKA, A DRESDE

[Passy, 10-14 novembre 1846.] * Mardi [10 novembre].

Hier, mon pauvre petit Évelin chéri, j'ai mis ta lettre à la poste après l'heure, car j'ai été pris par la visite d'un consul, qui voulait des renseignements sur la Sardaigne i, et par celle de mon futur neveu. Puis, il a fallu aller chez Roqueplan, le directeur des Variétés, où l'on va donner une pièce ^ sur les Parents pauvres^ et je suis bien aise d'y avoir des droits, en dirigeant la fabrication de la susdite pièce. Je me suis entendu avec Roqueplan. M. F[essart] exige beaucoup d'argent et il est fâché de ne pas l'avoir reçu. Mais je ne puis lui en donner qu'à la fin de cette semaine, car il me faut encore trois ou quatre jours pour finir la Cousine Bette. Ça grandit et s'allonge tous les jours; je ne veux pas manquer ce beau sujet-là. Il lui faut tous ses développements.

Adieu, car j'ai beaucoup à travailler, et il faut que j'aille chez Véron pour demander mon argent.

Mercredi, [11 novembre].

Hier, j'ai perdu toute ma journée chez Véron, et à attendre le directeur du Constitutionnel pour faire mon compte. J'y retournerai aujourd'hui, car il faut en finir. H me faut une trentaine de mille francs. Je suis impatient de m'appliquer aux Paysans. J'ai cependant encore aujourd'hui trente-sept feuillets pour terminer la [Cousine] Bette, et soixante-sept pour finir le Cousin Pons. C'est cent feuillets. Ma santé n'est pas altérée, mais le voyage que nous ferons ensemble sera bien nécessaire. H me fera tout autant de bien à la santé fu'au cœur.

La maison ne s'achève point et les entrepreneurs deviennent exigeants. Oh! mon pauvre louloup, combien d'argent il me faut! Les ^arents pauvres donnent vingt- trois mille francs. C'est avalé comme me fraise. Les vingt-cinq mille francs des Paysans passeront comme m feu de paille. J'espère vendre à Souverain cent feuilles de la hmédie Humaine et, si cette affaire se fait cette semaine, j'aurai

1. Où Balzac s'était rendu en 1838. Voir t. I, p. 466 et suiv.

2. Madame Marneffe ou le Père prodigue, par Glairville; 5 actes au Gymnase iramatique, 14 janvier 1849.

sauvé la position. Mais je serai engagé. Ton voyage en Ukraine, au mois de mai, me permettra de terminer ces nouvelles obligations. Ma situation en ce moment est souveraine. G[eorge] Sand n'en peut plus; elle n'est sympathique que pour la Mare au Diable^ et elle n'en fait pas souvent. Elle et [Eugène] Sue se sont coulés à cause de la prédication politique. Alexandre] Dumas est brouillé avec le Constitutionnel et la Presse^ et il est en Afrique. Il a cru mettre les journaux dans l'embarras. Soulié est bien tombé. Je reste seul, plus brillant, plus jeune, plus fécond que jamais. Les Parents pauvres ont un succès formidable. Les Paysans vont venir, et puis, aux Débais ^ les Petits Bourgeois. C'est à les étourdir tous. Les épreuves de la Com[édie] Hum[aine] m'absorbaient et me prenaient tout mon temps. On va voir ce que je puis gagner par an et ce que je puis faire! Je compte donner aux Débats, Une Mère de famille, et à la Presse, le Député d'Aras, en 1847, et faire jouer, aux Français, V Éducation du prince. Ce sera une année au bout de laquelle j'aurai cent mille francs à moi, mes dettes payées, ma maison payée, mon mobilier payé I Chaque année, je veux faire mille francs de rentes à mon moutard et ne jamais quitter la jupe de la maman. Ohl comme je t'aime! tu ne sais pas combien tu es aimée. Je te le dirai quand nous nous reverrons, dans quelques jours, je l'espère.

Allons, adieu; voici le jour, et il faut écrire vingt feuillets, si c'est possible. Mille gentillesses à nos enfants et au m[inou] chéri. Amasse comme je paie, et nous serons bien riches !

Jeudi [12 novembre].

Mon louloup, j'espère payer demain neuf mille francs pour quatorze articles. Ça me mettra au courant. Il faut en payer dix-sept à la fin du mois. Les caisses sont arrivées. Samedi, j'aurai fini la Cousine Bette. Lundi, je me mets aux Paysans, et je finirai le Cousin Pons comme distraction à l'énorme travail des Paysans. Les Parents pauvres auront donné vingt-cinq mille francs. Les Paysans donneront cela. Malgré tant d'effort, je ne puis pas payer les dix-huit mille francs aux Rotschild sans que tu viennes à mon secours. Il n'y a pas de tête ni de main qui puisse réaliser les travaux nécessaires à ce résultat, dans le peu de temps qui reste. Les actions sont invendables et il faut bien les libérer pour pouvoir les réengager en janvier, pour le versement.

Il y a encore eu révolte chez les entrepreneurs. Je vis d'alarmes pour cette chère (bien chère!) maison. Tout se calmera par l'argent que je donne. D'ailleurs, tout va bien. Nous n'avons ni loge de portier ni antichambre. C'est un gage donné par ton loup à son loup, d'une vie casanière, sans réception, sans faste, tout intérieure. Plus tard, si Gudin change d'avis, nous aurons un jardin, une loge de

concierge et des écuries. Il vaut mieux attendre un an pour acheter du terrain. Il en faudrait pour quarante mille francs, sur lesquels on en revendrait pour trente mille. Nous ne pouvons faire cela que quand le Nord aura grimpé, et que j'aurai payé les trente-deux mille francs de M. Pelletereau, en 1848. Il y a telles circonstances qui peuvent nous livrer cela, même à bon compte.

Tu verras par les journaux que j'ai pu me faire donner des droits sur la pièce des Variétés. Oh! louloup, que de courses, que d'affaires! Souverain vient dîner vendredi. Si je fais un marché avec lui, j'aurai bien des soucis de moins. Je ne lui vends d'ailleurs que ce qui est fait, ou que je suis obligé de faire : les Paysans, les Petits Bourgeois, [la Dernière Incarnation de] Vautrin, le Député d'Arcis, Une Mère de famille. Ma santé se soutient.

Je vais prendre un domestique, car il faut garder la maison, où je vais, à compter de la fin du mois, faire apporter de beaux meubles, où il y aura la bibliothèque de Boule, mes livres, etc., etc. Je crois en avoir un excellent, dans le genre de celui de l'hôtel du Mail ^

Allons, adieu pour aujourd'hui, ma chère Évelinette. Il faut travailler, inventer, corriger, courir, faire des affaires, aller corriger aussi le bâtiment. Tout cela demande onze ou douze journées dans la journée, et des mains, et des cerveaux 1 Tu es la cause de tout cela. Oh! si tu savais ce qu'est un homme qui aime, ce qu'il a de force! Si tu me voyais, tu saurais ce qu'est mon amour pour toi, en voyant ces gigantesques efforts.

Mille tendresses.

Vendredi [13 novembre 1846].

Je n'ai pas pu aller à la poste hier tant j'ai eu d'affaires. Je ne sais

donc pas si j'ai des lettres de Dresde. Les caisses sont arrivées; il faut

payer. J'ai reçu hier au Cons[titutionnel] six mille francs au lieu de

huit mille. Ils n'ont voulu payer que ce qui avait paru. M. Mossel-

mann-Lehon a introduit des coutumes juiço-belges. On me remet à

[a fin pour le reste. C'est égal, je vais avoir terminé d'ici à huit jours.

Je n'ai pu me dispenser d'aller à la pièce de [Théophile] Gautier 2.

['y suis allé dans la loge dé M^^^ [de] Girard[in], car il y avait assigné

la place, par économie. C'est au-dessous de l'ignoble et du bête,

léophile] Gautier s'est nommé après trois actes hués et sifïïés

istement, et pas assez selon leur mérite de platitude.

J'ai remis trois mille francs à M. F[essart], quinze cents francs aux

itrepreneurs. J'ai gardé sept cent cinquante francs pour les caisses

j'ai payé le doreur, etc. Il me faut encore quatorze mille francs

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