Voici ces lignes
Dernière Incarnation de Vautrin.
Que ferons-nous de Jacaues Collin, ou de ce prêtre espagnol, Carlos Herrera, car je ne sais pas sous quelle forme je dois le considérer? dit M. Gamusot au Procureur général.
donnant de l'argent, encore faut-il avoir ce qu'on leur demande. Les Liénard m'ont mené chez les fameux Grohé, les premiers fabricants de meubles de Paris, et comme j'ai pensé à toi là, à toi, folle des meubles de Gambs! Je t'y mènerai! C'est merveilleux. Ils me feront une toilette pour moi, et deux jardinières pour notre escalier. Je ne sais ni comment faire, ni où placer une toilette dans ta chambre. Il y manque un prie- Dieu et une toilette. Quelle cherté ! J'ai vu là deux petits Dunkerques en bois de rose Louis XVI, comme les deux que je veux pour ton salon. Eh bien, cela coûte dix- neuf cents francs les deux l
Ce matin, je ne me suis éveillé qu'à quatre heures, et, mes flambeaux allumés, mes fenêtres ouvertes, mon feu pris, il est cinq heures. Et je suis au 8, et il faut quatre mille francs le 15, et j'ai un billet de douze cents francs à Buisson le 30! Aussi, ces dernières lignes écrites, vais- je me mettre à finir Vautrin.
J'ai fait une visite à madame de Castries. Elle a un pied dans la tombe. Je n'ai jamais vu pareille destruction. C'est un cadavre qui s'habille. Elle m'a parlé mariage, elle à qui jamais je n'ai rien dit, et je l'ai convaincue facilement que j'ignorais tous ces cancans. Son père a été l'objet des coquetteries de la grand'mère de Mniszech. Elle se rappelle le bal et les folies de cette comtesse polonaise, sous l'Empire. Elle connaît beaucoup madame Jacquand, la femme d'un peintriot qui demeure à Beaujon, et elle savait que je m'occupe beaucoup de la petite maison de Beaujon, et, alors, je lui ai prouvé que l'état de mes affaires m'interdisait d'avoir une maison et que des amis faisaient tous ces frais-là pour moi, et que je les leur rembourserais plus tard, sans intérêt! Alors, comme elle croit que c'est une princesse russe que je dois épouser, il a suffi de dire de toi : « Mais c'est une Polonaise; elle a cinquante-huit ans et elle est grand'mère ! » pour que tous les cancans qu'on lui a faits tombent. Et, comme tu passes pour dix fois millionnaire, que madame de Cas[tries] ne me souhaite que plaies et bosses, elle a cru facilement tout cela. Comme elle voit beaucoup de monde, elle sera d'un secours excellent.
Elle aime si peu me voir heureux, de quelque manière que ce soit, qu'elle m'a dit : « On dit que cette maison est affreuse. — Horrible, lui ai-je répondu, ça a l'air d'une caserne, et il y a devant un jardinet de trente pieds de large sur cent pieds de long. C'est comme un préau de prison. Mais, que voulez- vous? J'y ai trouvé solitude, silence et bon marché; puis les trois cent mille francs de dépense toute faite de M. de Beaujon. Si M. Gudin le veut plus tard, j'aurai de l'espace; c'est une afïaire de patience. Et j'aurai même, plus tard, des remises et des écuries, quand je pourrai avoir des chevaux. »
Et quand elle a cru que j'étais mal [logé], que je ne [me] marierais jamais et que je refaisais des folies, elle a été charmante. Et voilà ma vieille amie.
Le fait est que l'aspect de la petite maison de Beaujon n'est pas flatteur. Aussi te disais-je hier de ne pas trop te monter la tête. Ce ne sera une très bonne affaire que par la double acquisition du terrain devant et du terrain en côté. Mais cela ne se fera que lorsque la souveraine y sera.
Allons, adieu. Il faut faire vingt feuillets ou ne pas payer le 15 î C'est ici qu'il faut vaincre ou mourir!
Si les enfants restent, je vais leur écrire un petit mot.
Croirais-tu que les portes de la maison ne seront posées que demain!
Jeudi, 10 [décembre].
Hier, il m'a été impossible d'écrire une ligne et j'en suis venu à la triste extrémité, bourré de café, de lire des romans. J'en ai lu trois dans ma journée : la Mare au diable^, qui est un chef-d'œuvre, la Fille du cabanier et le Colporteur d'Élie Berthet. .J'ai trouvé des inspirations pour les Vendéens dans Élie B[erthet ] {le Colporteur). Madame [de] Girardin m'a annoncé Lautour [-Mézeray] 2, et m'a invité à dîner. J'y suis allé et j'en suis revenu, à neuf heures, me coucher. Je viens de me lever à cinq heures, et ma tête est plus que jamais vide, sourde, muette; j'en suis désolé, car je suis en présence de nécessités si cruelles, que je ne sais que devenir. J'espère que, d'une minute à l'autre, le bouchon qui arrête le torrent cérébral va sauter.
Le temps est affreux; il pleut, il neige, il fait gris. Je suis maussade et malheureux de trois manières : cœur, corps et tête. Enfin, je n'éprouve aucun plaisir à aller chez les marchands de bric-à-brac. C'est le plus grand symptôme d'abattement. Il me faut cependant les deux dessus de porte pour la salle à manger. Je ne veux aller que dimanche à la maison, pour voir si les ouvriers la quittent. Il me faut aussi un domestique pour la garder et j'en ai manqué un. Ça ne se retrouve pas.
Allons, adieu pour aujourd'hui. Demain, il y aura peut-être de meilleures nouvelles à te donner. Je t'aime bien, mon Évelette, triste ou gai. Je me dis bien que voici la dernière fois que je me trouverai sous la main de fer de la nécessité pécuniaire; j'ai reçu mes dernières leçons de prudence. Ah ! je n'aurais pas voulu que ce fût à propos de notre nid. Je serais si heureux d'y être installé, sans rien y devoir, du 15 au 30 janvier! Et dire qu'il s'agit de travailler, et que ce serait! Allons, je vais m'y mettre. Que ton amour et le mien, que ton souvenir, que ta chère voix, que tes beaux yeux aimés, que