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Les lettres de M"e Hanska, qu'elle avait dérobées

d'Anna et de Georges, et la convalescence a commencé. La fièvre a cessé. Je n'irai pas voir M. Nacquart. La lettre d'Anna a été la goutte d'eau qui fait déborder le versant du bien. Je me sens tout à fait remis.

Il faut vous quitter pour ranger la bibliothèque. A demain.

[Lundi] 7 [juin].

]VIaintenant, je mange. L'appétit est revenu féroce. Mais le vide de l'âme est le même. Vous avez dû vous apercevoir de ma maladie à mon style. Je vous ai écrit à bâtons rompus. La bibliothèque est presque toute rangée. Il y a de bien grands espaces vides, qui attendent des livres désirés, car il me manque beaucoup d'ouvrages que j'ai remis à acheter à des temps plus prospères, financièrement parlant. L'avenir a de quoi se donner carrière.

Il faut encore quinze jours au moins pour que tout soit fini rue Fortunée. Mais, le 20, il est à peu près certain que je serai chez moi.

[Mardi] 8 [juin].

J'ai le portrait de mon père. Je viens de le rapporter de chez mademoiselle Godefroid, et de chez Souverain l'ouvrage d'histoire naturelle ^. J'ai demandé à Souverain encore plusieurs ouvrages.

Je suis tout à fait bien de corps, sauf la faiblesse qui suit une maladie, et la faim canine qui me talonne.

J'ai maintenant mes papiers à ranger, et c'est une fière besogne.

Toutes ces maladies réunies ont mis bengali dans l'état où il est au Jardin des Plantes. Il est moins qu'empaillé, même. Cet état rend l'âme plus exigeante, et vous ne vous figurez pas à quel degré de consomption dans le désir je suis arrivé. J'ai failli serrer la main à cet affreux portier qui nous dépouillait, et que j'ai rencontré rue des Beaux- Arts, en sortant de chez Souverain. La Rouquié ^ les a mis à la porte, probablement à cause de leurs pillages. J'irai la voir.

Je combine une foule de plans pour tout planter là, et c'est alors que je reconnais par quelles chaînes de fer je suis retenu. Il faut tout finir ici, tout arranger, tout régler et payer les choses à payer. Il faut longtemps à l'avance tout arranger avec le frère de Gossart. Puis, il faudra laisser bien de l'argent pour le temps de mon absence, et, enfin, les affaires littéraires!.... Tout cela n'est pas rose.

Allons, à demain. jH

Vous savez le désastre des draps de Doctor? Ils sont trop courts™^ d'un mètre, et il manque un lez sur la largeur. Il faut que je calcule

1. Le libraire Souverain était le grand fournisseur des livres d'histoii'e naturelle ^^■» destinés à Georges Mniszech. Voir plus haut p. 88, 230, 267.

2. Ce nom désignerait-il M'»^ Souverain, épouse du libraire dont nous savons qu'il avait les cheveux roux, et qu'on surnommait le rouquin?

les quantités, et qu'il me renvoie de la toile, si ces draps-là ne vont pas au lit de la coupole, qui, je crois, est un peu moins long et un peu moins large que celui de l'étage. Dans les circonstances où je me vois, la commande de huit cents francs à Doctor est de trop. Je deviens excessivement Harpagon. Je me refuse tout, jusqu'au paiement des obligations contractées. Allons, mille tendresses, et à demain.

[Mercredi] 9 [juin].

Je viens de recevoir une citation du juge d'instruction pour cette ignoble et affreuse affaire^, car la plainte est toujours là. Tous les gens d'expérience, Glandaz, le commissaire de police, le procureur du Roi, Gavault, Fessart, sont pour ne pas donner suite à la plainte, et à finir amiablement. Gossart est même désolé que j'aie écrit cette lettre, vous savez, qu'elle m'a renvoyée avec une lettre anonyme qu'elle vous attribuait. Cinq mille francs, c'est le prix que me coûterait sa condamnation, et les malheurs à éviter seraient arrivés. M. Margone est d'avis aussi de payer. J'aime mieux donner cinq mille francs et avoir ma tranquillité. Quand j'aurai ces lettres-là, tout sera brûlé, car, je le sens, il le faut. Ce sera une agonie pour moi; mais je la subirai, et, tous les mois, je ferai l'autodafé des lettres du mois. C'est une vie retranchée; mais je me suis dit qu'il ne fallait pas conserver cela. Je puis mourir d'accident, etc. Les louloups s'écriront, une fois dans les liens légaux, et toutes ces belles choses, ces sublimes pages, se récriront de part et d'autre. Les louloups n'en sont pas à des preuves d'affection. Je sens que je ne vis que par cette seule corde qui remplit tout mon cœur. Que sont ces témoignages, quelque délicieux qu'ils soient, auprès de ce que chaque aspiration, chaque battement de cœur me dit, me fait éprouver? Je commencerai la vie dans quelques mois. Toute ma vie, jusqu'alors, a été le plus affreux des rêves, des cauchemars, interrompu par des visions angéliques, par des lettres qui me donnaient la force de souffrir.

Je vais me mettre à l'œuvre demain. Je ne quitterai la plume que quand j'aurai conquis la tranquillité. Puis, je m'envolerai à cette vie divine dont l'avant-goût m'a été donné. Mon Dieu, donnez-

Ioi la force, la vie, la santé, car je sens que j'aurai un immense mheur à porter!

Donc, demain, j'irai chez le juge d'instruction, et je demanderai lit jours de répit; et, après, j'irai transiger chez l'infâme créature. Vous serez contente de savoir que j'aurai mis primo, deux mille Qq cents francs. Servais; secundo, deux mille, fumiste; tertio, trois mille francs, Froment-Meurice ; quarto, six mille francs. Paillard; quinto, huit mille francs aux entrepreneurs, total : vingt et un mille

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