A qui il avait déjà dédié Pierrette
En ce moment, je m'arrange dans ma nouvelle demeure; je classe mes livres et mes papiers; je me fais à mon cabinet. C'est des mariages nouveaux avec des choses nouvelles, avec des aspects auxquels il faut s'habituer.
Toute cette besogne d'âme est compliquée d'un ennui mortel. Vous croirez à quelque flatterie d'ami, mais vous me manquez comme un pays qu'on aime. Aussi, croyez que je serai très exact au mois de septembre. Je vais écrire à Ouvaroff^ pour avoir une recommandation à Kiew 2, et pouvoir rester tranquille autant que je serai heureux sous votre toit de cuivre.
Votre chère maman vous dira comme votre beau plat est bien monté, et à Zorzi, ce qu'est devenu le Cheçalier de Malte^, et quel beau Dominiquin je possède.
Je voudrais que ma lettre vous fît à tous deux le plaisir que m'a fait la vôtre; mais vous êtes tous réunis, et moi, je suis seul et relevant de maladie, et il est impossible que ce fût la même chose, quelque affection dévouée et à toute épreuve que soit la mienne.
Je ne vous dis pas adieu, car vous êtes toujours dans ma pensée, mais au revoir et à bientôt. Quelle douce et balsamique sensation que celle de me mettre en route pour venir vous voir ! Mais je voudrais vous ramener tous. J'ai été profondément ému du mot de Georges : « Nous amassons des sous », car cette loi de Louis-Philippe est aussi mon cri de guerre, et je vais tâcher de faire trente-six mille lignes d'ici le mois de septembre, afin de faire ma tête à Berditcheff * !
Allons, il faut vous quitter, avec mille vœux de bonheur pour vous et en vous envoyant mille tendres choses à tous deux.
IA MADAME HANSKA, A WISNOWICZ, PAR RADZIVILOFF Je VOUS écris toujours sur le reste du cahier que j'avais fait pour rire la dépense de la maison Gréphine ^, et je viens d'en retrouver le dossier.
11. Ouvaroiï était ministre de l'Instruction publique. Voir p. 365. 2. Auprès du général Bibikoff, gouverneur de la province. 3. Restauré par le fameux Moret. Cf. Lettres à V Étrangère, t. III, p. 324-325. 4. Ville proche de Wierzchownia, le château de M™e Hanska. 5. Ou plutôt maison Grœfin, maison de la comtesse Hanska, son train de maison, e Neuve-de-Berry, où elle était servie par son valet allemand Wilhem qui l'appelait : Gras fin, c'est-à-dire comtesse. D'où la plaisanterie de Balzac,
[Paris, 11-12 juin 1847.] [Vendredi] 11 juin.
Aujourd'hui, j'ai fini le rangement des brochures et des livres brochés. Je suis épuisé de fatigue et d'ennuis. Croiriez-vous qu'il faut encore dix jours au moins pour que tout soit fini! Il faut encore à Lefébure pour cinq cents francs d'étoffes. Vous ne vous figurez pas ce que cette maison dévore; mais aussi, quel écrini
Mille tendresses. J'ai pour sept heures de courses. A demain.
[Samedi] 12 [juin].
Hier, chère comtesse aimée, j'ai fait une des plus étourdissantes affaires qu'il soit possible d'imaginer, et c'est ce qui me fait dire qu'il n'y a que Paris. Vous savez que Fabre (j'en ai su de belles! C'est un fripon) voulait six cents francs pour une affreuse table, et le salon de marqueterie ne peut plus aller sans table et sans les trois dessus de portes, surtout l'encadrement de M. Paillard une fois mis. C'est une merveille. Je suis allé chez Vital, voir ses marqueteries, avec Grohé, et nous finissons par y découvrir les éléments d'une table, et les dessus de portes. Tout cela coûtait deux cent vingt francs, et Grohé prenait cent cinquante francs pour tout faire. C'était bien supérieur à ce que proposait Fabre, et meilleur marché. Je n'avais que deux dessus de portes, et pour le troisième, j'achetais soixante-dix francs une petite table chez un marchand de bric-àbrac, dont je prenais le dessus, une merveille, une bataille, en médaillon et en incrustation. En allant montrer cette petite table à Grohé, mes yeux sont frappés comme d'un trait de lumière, chez un autre petit marchand, par l'aspect d'une commode de Riesener^, aussi belle que le meuble Miville. Au lieu d'un marbre, le dessus est marqueterie, comme la commode de la reine 2. Je dis à Grohé : « Quelle table ! Si la commode n'était pas sans doute d'un prix fou, je tâcherai» de défaire le marché Vital, et nous trouverions tout, en démolissant la commode. » Grohé me dit : « Démolir cette commode, c'est un crime de lèse-marqueterie. Je n'en aurais pas le cœur. Enlevez le dessus pour votre table, et nous mettrons un marbre. La commode sera encore un chef-d'œuvre vendable à très haut prix. — Oui, mais on va m'en demander des mille à deux mille francs ! — Tentez l'aventure », me dit Grohé. J'entre; le marché se fait à trois cent quarante francs! Je retourne chez Vital, à qui je n'achète plus que les deux dessus de portes, pour quatre-vingts francs, y compris les pieds et la barre d'appui (un chef-d'œuvre 1) de la table. Total : cent quarante francs. J'achète la commode trois cent quarante et le petit meuble soixantedix. En tout, cinq cent cinquante francs de marqueterie.
Je vole chez Roque ^, le marchand de curiosités du boulevard