‹ Lettres a l'étrangereChapitre 99 sur 120 · Valet de chambre de M™« Hanska. Voir p · texte numérisé non relu

Valet de chambre de M™« Hanska. Voir p

l'atmosphère officielle est peu favorable à tout ce que j'ai dans le cœur et qui voudrait s'étendre sur le papier. J'avais écrit hier, avant de recevoir votre lettre, que je n'achèterais plus rien. Mais soyez enpieine sécurité; après ce que vous me dites sur mon goût personnel, vous apprendrez à connaître, sinon mon caractère, du moins mon cœur. Toutes mes factures sont datées; si vous en trouvez une postérieure au 2 juillet, pour quoi que ce soit, je vous permets de me cracher à la face que je n'aime ni vous, ni Anna, ni Georges. Si c'est là ce que vous avez voulu, ce n'est pas une victoire, ni un sacrifice, car je n'ai pas la moindre passion en ceci. Vous acquerrez la preuve, un jour, qu'à l'exception de quatre choses (ma pendule de Boule, le cadre de Brustolone et les deux armoires en ébène), je n'ai rien acheté, que depuis mon retour de Saint-Pétersbourg et, si vous voulez m'écrire de faire la vente de tous les objets d'art qui sont rue Fortunée, ils seront envoyés rue des Jeûneurs et vendus dans le mois.

J'ai fait maison et mobilier deux ans trop tôt, en croyant à des événements heureux, qui sont retardés, que tant de chances de la vie et de la mort peuvent rendre impossibles! La co-propriété de l'église 1 m'a seule décidé, car les peintures se sont retrouvées dans les travaux. J'ai assumé sur moi des travaux et des veilles au moment où je croyais pouvoir respirer. C'est si bien pour vous, que j'ai fait mon testament qui vous rend l'arbitre suprême de tout, et qui vous soumet ma fortune, ma volonté, tous les moi que je suis, après ma mort comme pendant ma vie. Je n'ai aimé que vous au monde; aussi tout ce qui vient de vous ou tout ce qui y va agite-t-il toute mon existence au cœur et à la tête. Vous lire, maudissant février, mars et avril, non, je... Je m'arrête. Heureusement, les souvenirs de votre enfance, de votre naissance à l'enthousiasme, toute cette fraîcheur d'âme, a jeté ses baumes sur la plaie, sans la fermer.

Le voilà reçu ce coup de fouet, que je ne sais quelle sauvage puissance donne à ce beau cheval de l'imagination, et qui pince aussi bien cruellement le cœur! Cette flèche de la destinée, qui ne m'a jamais manqué, lorsque le corps et l'âme affaissés se refusaient à ces travaux exorbitants. Ou je mourrai de travail, ou je n'entendrai plus jamais siffler à mes oreilles le mot : dette ^ dans la dernière partie de ma vie. Que Dieu veuille que, puisque l'oncle est mort ^^ il laisse à la chère Anna des capitaux, et qu'elle délivre les enfants de leurs chaînes, de leurs obligations! Et alors, je croirai qu'il aime les belles âmes et ceux qui l'adorent dans sa gloire et avec les jouissances de l'esprit et de l'entendement!

Allons, adieu pour aujourd'hui, car il s'agit de travailler. Je vous tiendrai au courant de mes travaux. Vous n'entendrez plus parler

1. Il s'agit de la chapelle Saint-Nicolas, contiguë à la maison de Balzac, rue Fortunée. Voir p. 56, 95, 357.

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