DEUXIEME LETTRE
M. le ministre,
Ce parti fort, uni, prêt à vous suivre en toute légitime occurrence, vous ne le trouverez que d? as l’éiément conservateur-catholique. Je l’affir ne sans crainte : hors de «et élément il n’existe pas d’opinion solide, fixe, sur laquelle vous puissiez vous appuyer quand il s'agit de faire triompher les intérêts vitaux dont vous avez en main la garde.
Je vous fais les présentes observations au nom de cet élément, qui croit que l’heure est venue de parler et d'agir avec énergie. Je viens vous demander si nous devons compter sur vous, et vou- promettre l’ap pui le plus actif, le plus cordial, le plus unanime qu'aucun homme public ait reçu jusqu’ici—dans le cas, bien entendu,où vous tomberez d’ac cord avec nous sur ce que nous j'geons être la première que tion d' moment.
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La liberté cathoiique est menacée par l'intervention des tribunaux civils dans la prédication et l’administration des sacrements. La hiérarchie religieuse est bafouée, au nom de la loi, dans des procès où
l’on affiche le mépris le plus absolu des droits de l'Eglise, où l’igno rance le dispute au parjure et le parjure aux tentatives les plus monstrueuses.
Le doute n’est plus permis:
l’école radicale est déterminée à anéantir l’influence du clergé qui lui est hostile, parce que le clerg est le défenseur naturel de la morale publique, de l’orüre et des principes d'autorité.
Vous savez, par expérience, de quoi sont capables les ennemis du clergé. Vous les avez vus à l’œuvre à Charlevoix !
Eh bien, M. le : inistre, nous croyons qu’il est du devoir impérieux du parti conservateur de prendre position avec fermeté en faveur des droits de la hiérarchie catholique. Il faut ’ävouer : nous somines en relard, pour ne pas dire plus.
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Nous eussions pu mettre fin à la persécution qui se poursuit, en enlevant à la loi des élections contestées l'interprétation-fausseet tyrannique que certains magistrats lui donnent, et dont les radicaux se servent pour faire du scandale. Nous avons laissé faire : le mal a augmenté, l'audace du libéralisme s’est accrue dans de dangereuses proportions. L'heure
‘de la non-intervention est passée, et
nous vous prions de vous mettre à notre tête, pour obtenir le redressement du. grief dont nous souffrons et qui s'aggrave tous les jours.
Le parti conservateur s’est, de tous temps, proclamé le défenseur de la liberté des catholiques. Qu'il ait le courage de ses opinions: et c'est à vous, qui en êtes le chef, à lui donner l’exe ple de la fermeté nécessaire pour accomplir le grand acte c'e justice que nous réclamons, appuyés sur les traités qui nous garantissent la pleine jouissance de nos droits religieux.
Si notre parti craint la glorieuse responsabilité de protéger le culte
catholique, il estindigne du pouvoir
etilen descendra dans un avenir rapproché.
Pour nous, Canadiens-français, la question des droits du clergé est la première en importance. C'est au clergé que nous sommes redevables de la force que nous ävons acquise, et de la conservation de notre autonomie, Abandonnés de la noblesse et des chefs de la colonie, après la cession du pays à l’ Angleterre, le clergé seul nous resta pour guider notre enfance nationale, nous instruire, nous encourager, nous aider dans les jours d'épreuves qui ne nous ont pas manqué. À la tête de la colonisation, à la tête de lin struction, à la têt: des entreprises les plus propres à promouvoir notre 4 développement, à la tête des luttes * pour là conquête de no* institutions, le clergé fut le fondateur, le père de la nation canadienne-française.
Groupés autour de nos clochers, nous avons progressé, grandi, nous sommes devenus assez forts pour regarder sans frayeur l’avenir, si nous ne démolissons pas les fonda tions qui soutiennent l'édifice que
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nous avons élevé au prix de tant de sacrifices et de labeurs.
Pour quiconque connaît notre peuple, il est incontestable que le clergé est la base de son existence, et cette base est aussi nécessaire aujourd’hui qu’il y a un siècle.
Entourés de races étrangères et puissantes, nous avons besoin d'unité, de direction, de cette entente invincible que seule peut donner la communauté de croyances. Et cette entente, sous la direction du clergé, doit nous servir partout, spécialement dans les affaires publiques.
Séparez le peuple du clergé : que le ciergé cesse d’éciairer l’opinion, de lui tracer la voie ; en moins de dix ans nous ne compterons pour rien sur ce continent, nous serons la proie des nationalités plus riches et plus nombreuses que la nôtre.
Ah! je ne comprends pas l’aveuglement d’un certain nombre de nos compatriotes, qui refusent d’euvrir les yeux sur l’avenir qu’ils préparent à leur race, en voulant empêcher le clergé d’instruire notre population de ses devoirs politiques !
Mais! Si le clergé n'’instruit pas le peuple, qui donc l’instruira ? Qui pourrait l’instruire d’une manière aussi saine, aussi morale, aussi désintéressée ?
Permettre au clergé de s’isoler de notre vie nationale serait une irréparable erreur. Travailler à l’exclure est une ingratitude et un crime.