V. II
Ce 4atnl [1S31].
C'est moi, mon ami, qui veux vous aller voir, vous remercier, vous serrer la main. Votre lettre m'a causé une vive et réelle joie. Croyez, mon ami, du moins je l'éprouve, qu'on ne se défait pas si vite d'une vieille amitié comme la nôtre. Ce serait un profond malheur que de pouvoir vivre après la mort d'un si grand morceau de nous-mêmes.
Victor Hugo.
Vous viendrez dîner un de ces jours avec nous, n'estce pas ?
Ce vendredi matin l" jnuMet 1881.
Est-ce peu qu'aux traits séduisants
De votre muse de quinze ans L'Académie ait dit: Jeune homme, allons! courage!... Tendre ami des neuf sœurs, mes bras vous sont ouverts!
Venez, j'aime toujours les vers!...
Voilà tout ce que je me rappelle, mon cher ami C'était en 1817. Faites de cela ce que vous voudrez. Ce sont de bien pauvres vers à encadrer dans votre riche prose; et vous avez bien de la charité d'enchâsser ainsi cet infortuné François de Neufchùteau.
Nous sommes ici* admirablement, si bien que nous ne savons guère quand nous en partirons; ma femme est ravie, gaie, émerveillée, heureuse, bien portante. C'est une charmante hospitalité. Adieu. On sonne la cloche pour le déjeuner.
N'oubliez pas de m'écrire de Liège.
Toujours bien à vous,
tians un concours heureux brillaient de toutes parts Le sentiment, le charme et l'amour des beaux-arts. Sur quarante mortels qni briguaient son suffrage,
Victor.
Ce 6 juillet [1K3I].
Ce que j'ai à vous écrire, cher ami, me cause une peine profonde, mais il faut pourtant que je vous l'écrive. Votre départ pour Liège m'en aurait dispensé, et c'est pour cela que je vous ai semblé quelquefois désirer une chose qui en tout autre temps eût été pour moi un véritable malheur, votre éloignement. Puisque vous ne partez pas, et j'avoue que vos raisons peuvent être bonnes, il faut, mon ami, que je décharge mon cœur dans le vôtre, fût-ce pour la dernière fois. Je ne puis supporter plus longtemps un état qui se prolongerait indéfiniment avec votre séjour à Paris.
Je ne sais si vous en avez fait comme moi l'amère réflexion, mais cet essai de trois mois d'une demiintimité, mal reprise et mal recousue, ne nous a pas réussi. Ce n'est pas là, mon ami, notre ancienne et .irréparable amitié. Quand vous n'êtes pas là, je sens au fond du cœur que je vous aime comme autrefois; quand vous y êtes, c'est une torture. Nous ne sommes plus libres l'un avec l'autre, voyez- vous! nous ne sommes plus ces deux frères que nous étions. Je ne vous ai plus, vous ne m'avez plus, il y a quelque chose entre nous. Cela est aflreux à sentir, quand on est ensemble, dans la même chambre, sur le même canapé, quand on peut se toucher la main. A deux cents lieues l'un de l'autre, on se figure que ce sont les deux cents lieues qui vous séparent. C'est pour cela que je vous disais : partez ! Est-ce que vous ne comprenez pas bien tout
• Aux Roches, chez M. Bertin.
ceci, Sainte-Beuve ? où est notre conliance, notre mutuel épanchement, notre liberté d'allée et de venue» notrecauserie intarissable sans arrière-pensée? Rien de tout cela. Tout m'est un supplice à présent. L'obligation même, qui m'est imposée par une personne que je ne dois pas nommer ici d'être toujours là quand vous y êtes, me dit sans cesse et bien cruellement que nous ne sommes plus les amis d'autrefois. Mon [pauvre ami, il y a quelque chose d'absent dans votre présence qui me la rend plus insupportable que votre absence même. Au moins, le vide sera complet.
Cessons donc de nous voir, croyez-moi, encore pour quelque temps, afin de ne pas cesser de nous aimer. Votre plaie est-elle cicatrisée ? je n'en sais rien. Ce que je sais, c'est que la mienne ne l'est pas. Chaque fois que je vous vois, elle saigne. Vous devez trouver quelquefois que je ne suis plus le même. C'est que je souffre avec vous maintenant. Cela m'irrite, contre moi d'abord et surtout, puis contre vous, mon pauvre et toujours cher ami, et enlin contre une autre dont c'est peutêtre aussi le vœu que je vous exprime dans cette lettre. De toutes ces souffrances du cœur, il s'échappe toujours, quoi que je fasse, quelque chose au dehors ; et cela nous rend tous malheureux, plus malheureux qu'avant de nous être revus.
Cessons donc de nous voir en ce moment, alin de nous revoir un jour, le plus tôt possible, et pour la vie. L'éloiguement de nos quartiers, l'été, les coursss à la campagne, qu'on ne me trouve jamais chez moi, voilà des prétextes suffisants pour le monde. Quant à nous, nous saurons à quoi nous en tenir. Nous nous aimerons toujours. Nous nous écrirons, n'est-ce pas ? Quand nous nous rencontrerons quelque part, ce sera une joie, nous nous serrerons la main avec plus de tendresse et d'effusion qu'ici. Que dites-vous de tout cela ? Écrivez-moi un mot.
J'arrête ici celte lettre. Ayez pitié de toutes ces idées saos suite. Cette lettre m'a bien fait souffrir, mon ami. Brûlez-la, que personne ne puisse jamais la relire, pas même vous.
Adieu.
Votre ami, voire frère,
Victor.
J'ai fait lire cette lettre à la seule personne qui devait la lire avant vous.
7 juillet 1831.
Je reçois votre lettre, cher ami, elle me navre. Vous avez raison en tout, votre conduite a été loyale
et parfaite, vous n'avez blessé ni dû blesser personne... tout est dans ma pauvre malheureuse tête mon ami I Je vous aime en ce moment plus quft jamais, je me hais, sbds la moindre exagération, je me hais d'être fou et malade à ce point. Le jour où vous voudrez ma vie pour vous servir, vous l'aurez, et ce sera peu sacrifier. Car, voyez-vous, je ne dis ceci qu'à vous seul, je ne suis plus heureux. J'ai acquis la certitude qu'il était possible que ce qui a tout mon amour cessât de m'aimer. J'ai beau me redire tout ce que vous me dites et que cette pensée même est une folie, c'est toujours assez de cette goutte de poison pour empoisonner toute ma vie. Oui, allez, plaignez-moi, je suis vraiment malheureux. Je ne sais plus où j'en suis avec les deux êtres que j'aime le plus au monde. Vous êtes un des deux. Plaignez-moi, aimez-moi, écrivez-moi. Voilà trois mois que je souffrais plus que jamais. Vous voir tous les jours en cet état, vous le comprenez, remuait sans cesse toutes ces fatales idées dans ma plaie. Jamais rien de tout cela ne sortira au dehors, vous seul en saurez quelque chose. Vous êtes toujours, n'est-ce pas que vous le voulez bien? le premier et le meilleur de mes amis. Voilà un jour pourtant sous lequel vous ne me connaissiez pas encore ! Que je doif vous sembler fou et vous affliger ! Écrivez-moi que vous m'aimez toujours. Cela me fera du bien... Et je vivrai dans l'attente du jour bien heureux où nous nous reverrons !
10 juillet 1831.
Votre lettre m'a fait du bien. Oh ! oui, vous êtes toujours et plus que jamais mon ami I II n'y a qu'un bon et tendre ami comme vous qui sache sonder d'une main si délicate une douleur si profonde et si vive ! Nous nous reverrons en effet çà et là. Nous dînerons quelquefois ensemble. Ci; sera une joie pour moi. — En attendant, mon pauvre ami, priez Dieu pour que le calme du cœur me revienne. Je ne suis pas habitué à souffrir !
Écrivez-moi. Ne m'abandonnez pas
Ce 21 [juillet 1831],
J'ai les yeux si malades, cher ami, que j'y vois à peine pour vous écrire. Je reçois votre lettre en ren-
LETTRES A SAINTE-BEUVE
trant de la campagne où j'étais allé passer quelques jours dans l'espoir d'y trouver des distractions, qui m'ont fui 1 à comme ailleurs. Je n'ai plus qu'une pensée triste, amère, inquiète, mais, je vous jure, pleine au fond de tendresse pour vous. Voici les vers que vous me demandez. Faites-en tout ce que vous voudrez, comme vous le vaudrez. Vous êtes mille fois trop bon de vous occuper encore de moi. J'en suis toujours bien fier, et plus profondément touché que jamais. Mais surtout aimez-moi et plaignez-moi.
Votre frère,
Victor.
[5 août 1831].
Votre lettre m'émeut aux larmes, mon ami. Oui, je compte sur vous. Voici un laissez-passer. Avez-vous quelques amis, de ces amis comme vous savez qu'il m'en faut, avec les ennemis que j'ai ; je vous donnerai les moyens de les placer. Croyez-vous que Lerminieri que Magnin, que Brizeux assisteraient à Marion avec plaisir et voulez-vous vous charger de leur dire que je tiens des places à leur disposition '? Pardon ! vous ■voyez comme je dispose de vous ; c'est encore comme autrefois.
Votre fidèle ami,
La représentation aura lieu jeudi et la répétition mercredi. Vous verrez relâche sur l'afliche.
17 mai [1832].
Je pense, mon cher ami, que vous avez vu Renduel et qu'il vous a dit ce dont je l'avais chargé. Jusqu'à présent je n'ai proposé votre article aux Débats qu'avec une extrême réserve en maintenant tous les privilèges dus à votre talent, et en demandant que l'article fût accepte sur votre nom sans être lu au préalable. Cepen. dant M. Bertin l'ainé, qui a, vous le savez, la plus haute et la plus profonde estime de ce que vous faites et de ce que vous êtes, m'ayant témoigné hier le désir de lire l'article, uniquement pour voir s'il ne renfermait rien de contraire à la couleur politique du journal, je ne pense pas qu'il faille le lui refuser. Je le lui remettrai donc, si vous ne me le défendez pas. M. Bertin est on ne peut plus disposé à insérer, et je suis
convaincu que l'article passera. Sinon, je compte touo urs sur votre bonne intention pour le National. J'ajouterai ici, en confidence, que le désir de vous avoir aux Débats comme rédacteur littéraire me paraît très grand et perce dans tout ce qu'on me dit. Tenez ceci bien secret. Qu'en pensez-vous de votre coté ?
Maintenant, vous serait-il possible d'ajouter à votre admirable article une page, n'importe où, à la fin par exemple, pour parler de l'édition en elle-même, des nouvelles préfaces, notamment de celle du Dernier jour d'un condamné qui a quelque étendue, sinon quelque importance, et pour dire que lorsque la réimpression nouvelle de Notre-Dame de Paris paraîtra, le journal en reparlera, ainsi que des trois chapitres nouveaux qui sont très longs, et où figure Louis XI. Ceci est dans l'intérêt matériel de la chose et du libraire. Pardon ! si vous y consentez, écrivez-moi s'il est nécessaire que je vous renvoie l'article ou si au contraire vous pouvez faire cette addition sans cela et me l'envoyer assez promptement pour que la remise du tout à M. Bertin ne soit pas trop retardée.
Pardon encore et mille fois merci.
C« 7 juin, dii heures du soir [U3î»j.
Je renlre, mon cher ami ; l'heure de rendez-vous au National est passée. Mais je m'unis à vous de grand cœur. Je signerai tout ce que vous signerez, à la barbe de l'état de siège.
Votre ami dévoué,
Victob.
12 juin 1631.
Je ne suis pas moins indigné que vous, mon cher ami.de ces misérables escamoteurs politiques qui font disparaître l'article 14 et qui se réservent la mise en état de siège dans le double fond de leur gobelet !
J'espère qu'ils n'oseront pas jeter aux murs de Grenelle ces jeunes cervelles trop chaudes, mais si généreuses. Si les faiseurs d'ordre public essayaient d'une exécution politique, et que quatre hommes de cœur
• i Après les événements de juin 1832, à la suite de l'insurrection, Paris fat mis eo état de siège; on put craindre, à un moment, une réaction sanglante, il fut question d'insérer dans te National une protestation reiétue de signatures... i
(Sainte-Beuve: Portraits contemporains. 1870.)
voulussent faire une émeute pour sauver les victimes, je serais le cinquième.
Oui, c'est un triste, mais un beau sujet de poésie que toutes ces folies trempées de sang ! Nous aurons un jour une république, et quand elle viendra, elle sera bonne. Mais ne cueillons pas en mai le fruit qui ne sera mur qu'en août. Sachons attendre. La république proclamée par la France en Europe, ce sera la couronne de nos cheveux blancs. Mais il ne faut pas souffrir que des goujats barbouillent de rouge notre drapeau. Il ne faut pas, par exemple, qu'un Frédéric Soulié, dévoué il y a un an à la quasi-censure dramatique de M. d'Argout, clabaude à présent en plein café qu'il va fondre des balles. 11 ne faut pas qu'un Fontan annonce en plein cabaret pour la fin du mois quatre belles guillotines permanentes dans les quatre places principales de Paris. Ces gens-là font reculer l'idée politique qui avancerait sans eux. Ils effrayent l'honnête boutiquier qui devient féroce du contre-coup. Ils font de la république un épouvantait. 93 est un triste asticot. Parlons un peu moins de Robespierre et un peu plus de Washington.
Adieu. Nous nous rencontrerons bientôt, j'espère. Je travaille beaucoup en ce moment. Je vous approuve de tout ce que vous avez fait, en regrettant que la protestation n'ait pas paru. En tout cas, mon ami, maintenez ma signature prés de la vôtre.
Votre frère,
Je vous écris, bien vite quelques lignes, mon ami. Quelqu'un part en ce moment pour Paris et se charge de cette lettre pour vous. Quand on met une lettre à la poste à Bièvre, elle met trois ou quatre jours pour arriver à Paris. Je crois, vraiment, qu'elle passe par Marseille.
Nous sommes ici dans la plus grande paix qui se puisse imaginer. Nous avons des arbres et de la verdure mêlée â ce beau ciel bleu de septembre sur notre tète. C'est tout au plus si je fais quelques vers. Je vous assure que le mieux ici est de se laisser vivre. C'est une vallée pleine de paresse.
Votre lettre pourtant m'a fait regretter Paris. Si j'avais été à Paris, nous aurions diné ensemble dans quelque cabaret, et vous m'auriez lu votre article sur Lamartine. Vous savez combien j'aime Lamartine, et combien je vous aime. Vous êtes pour moi deux poètes égaux, deux admirables poètes du cœur, de l'âme et de la vie. Jugez combien je suis impatient de voir l'un
Victor.
Ce Tendredi 21 septembre [1832].
Les Roches.
analysé par l'autre. J'attends avidement la Revue du 1er octobre. C'est une chose singulière que vous m'ayez amené à désirer un journal au milieu de toutes ces belles prairies.
M. Bertin a invité l'abbé de Lamennais et Montalembert à dîner aux Roches. Ils viendront dimanche. Ils trouveront ici d'assez médiocres catholiques, mais de vrais et sincères amis de tout génie et de toute vertu.
Adieu, mon cher ami. Je n'ai pas encore besoin de votre bonne présence au Roi s'amuse. Comptez que j'userai de vous comme vous useriez de moi. Le premier bonlieur de la terre, c'est de rendre des services à un ami ; le second, c'est d'en recevoir.
Adieu. Je vous serre tendrement les mains. Victor
Nous nous ^portons tous à merveille. Ma femme fait deux lieues à pied tous les jours et engraisse visiblement.
A Monsieur Sainte-Beuve, I ter, rue du Montparnasse.
13 novembre 183Î.
Toute la salle est louée, mon ami, et louée je ne sais trop comment à je ne sais trop qui. Cela s'est fait si rapidement que je n'y ai vu que du feu. On a cependant réservé quelques loges pour ceux de mes amis qui voudraient en louer, et je suis heureux de pouvoir en faire céder une à Mme Allart. Elle pourra, la veille de la représentation (qui aura lieu le 22), faire retirer les coupons de la loge n° 5 des secondes, côté gauche. La loge est à six places. Je vous garde une stalle, et je vous donnerai les deux billets que vous désirez. Que vous êtes bon de penser à moi et de m 'aimer toujours un peu!
Le gentilhomme devient, en effet, fabuleux ; mais que voulez-vous? il faut le plaindre encore plus quele blâmer. Il sera bien ravi si le Roi s'amuse fait fiasco. C'est ainsi qu'il me paye les applaudissements frénétiques d'Othello.
Vous, vous êtes toujours le grand poète et le bon ami. J'aurai grande joie à vous rencontrer un de ces dimanches soirs chez Nodier, peut-être dimanche pro chain, n'est-ce pas ?
Votre vieil ami,
LETTRES A s AIXTE-BECVE
Ce samedi Sjir i-" dccem re [1532].
J'ai vu Carrel, mou clier ami, et je l'ai trouvé cordial et excellent. 11 m'a dit que 'vous n'aviez qu'à lui apporter demain un extrait de la préface (Rendue! a dû vous l'envoyer ce soir] avec une espèce de petit article où vous diriez ce que vous voudriez, que le tout serait 'publié lundi matin dans la partie politique du journal. 11 m'a déclaré qu'il croyait que c'était le devoir du National de m'appuyer énergiquement et sans restriction dans ce procès que je vais intenter au ministère, et il a ajouté de son propre mouvement que je pouvais vous prier de sa part de faire, d'ici ù cinq ou six jours, un article politique étendu sur toute la question et sur la nécessité où est l'opposition de me soutenir chaudement dans cette occasion, si elle ne veut pas s'abdiquer elle-même. J'ai grand besoin de tous ces appuis, mon cher ami, dans la lutte où me voilà contraint de m' engager et de persister, moi à qui vous connaissez des habitudes si recueillies et si domestiques. Somme toute, j'ai été enchanté de Carrel. 11 est disposé à tout faire pour donner à mon affaire le plus d'importance possible. Quant à la question littéraire, il est fort bien aussi. Il dit même qu'il ne verra aucun inconvénient à ce que vous ou Magnin fassiez un article sur la pièce imprimée, dans une semaine ou deux, quand l'article de Rolle sera assez complètement oublié pour que le journal n'ait pas l'air de se contredire.
Adieu, mon pauvre ami. Voilà bien des services que je vous demande à la fois, et je dois vous excéder. Mais vous êtes encore l'ami sur lequel je compte le plus, et je demande tous les jours au ciel une occasion de vous rendre tous les bons offices de cœur que je vous dois.
Je me remets tout entier dans vos mains.
Votre ami à toujours,
Victor.
[Décembre IS32.]
Je ne sais pas l'adresse de Béranger, mon cher Sainte-Beuve. Est-ce que vous seriez assez bon, vous qui le voyez souvent, pour vous charger; de ce paquet pour lui?
A bientôt. Je vous aime plus que jamais.
Victor.
Je pense que Renduel vous a remis votre exemplaire.
Que devient notre bon Leroux ? Je ne le vois plus.
Mon cher Saint de Beuve,
Je te remercie bien du beau livre de Paul et de Virginie que tu m'a envoyé. Toto et Charle son très content du soldai et du jardin déplante. Dédé est très contante du beaux boa que tu lui à donné et elle le prends poure son petit chat si on lui donnait toujours elle s'amuserai bien. Mais malheureusement on ne veut pas lui lesser toujours.
Papa m'a dit que je te dise bien des choses de sa part maman aussi.
Adieu mon cher Saint de Beuve.
Léopoldin'e Hugo.
Ce 31 Jécembr-
Voici du style de Didine. mon ami. il faut qu'ici j'en mette aussi un peu du mien, et que je vous remercie et que je vous embrasse du fond du cœur.
Victou.
18 janvier [1833].
Quand personne n'entre, vous, mon ami, vous avez toujours droit d'entrer. Je vous ferai donc assister à une répétition, dès qu'il y en aura une un peu passable, et je serai bien heureux de vous y avoir. Je vais faire retenir les deux stalles que vous désirez à l'amphithéâtre (stalles rouges), ce sont les meilleures places de la salle. Elles seront inscrites sous votre nom*.
Je vous serre la main.
Vie.
• Il s'agit de la représentation de Lucrèce Borgia. Sainte-Beuve vait demandé les deux stalles pour George Sand.
Ce dimanche [24 fév
Je vous envoie, mon ami, un passage de Planche auquel je ne comprends rien. Il faut qu'il suit fou de se ligurer que j'établirai jamais, je ne dis pas la moindre solidarité, mais le moindre rapprochement entre vous, Saiote-Beuve, et lui.
Vous savez bien, vous, que vous n'avez pas d'ami meilleur que moi.
Î5 février [IS33].
Entre vous et moi, Sainte-Beuve, il y a une amitié scellée d'une façon trop profonde et trop durable pour que les petites affaires de l'amour-propre nous divisent jamais un seul instant. Nous sommes des amis sérieux. C'est notre devoir de ne jamais ajouter foi nue minute aux commérages qu'on pourrait colporter de vous à moi et de moi à vous, tantôt bêtement, tantôt perfidement. Vous ne doutez pas, n'est-ce pas, mon ami, que jamais votre nom ne sort de ma bouche que comme il en doit sortir, avec l'effusion de l'amitié, de l'admiration et de la tendresse la plus fraternelle. Il me serait même impossible de souffrir autour de moi des hommes qui ne pensassent pas de vous comme j'en pense et qui n'en parlassent pas comme j'en parle. Vous êtes une de mes religions, n'oubliez jamais ceci, et toutes les fois qu'on essaiera de venir vous dire que j'ai parlé de vous autrement que comme d'un frère, dites simplement cela n'est pas — je ne sais pourquoi je vous écris tout cela, car je suis sûr que c'est tout simplement votre pensée que je transcris ici; mais puisqu'on a eu la niaiserie de prononcer votre nom à propos de la pauvre conduite de M. Buloz à mon égard, j'avais besoin de vous dire, moi, que jamais vous n'avez été plus cher et plus présent à ma pensée qu'en ce moment où je vous vois à peine.
Il faut, mon ami, que je vous écrive un mot pour Abel. L'animosité de M. Buloz contre moi retombe sur
lui. M. Buloz avait fait avec lui une convention dans laquelle j'avais servi d'intermédiaire, et qui avait déterminé Abel à refuser les offres qu'on lui faisait d'autre part. Aujourd'hui M. Buloz juge ù propos d'éluder ou de rompre cette convention... Je n'ai rien à lui dire. Mais vous seriez bifn bon, vous, mon cher Sainte- Beuve, de lui parler...
Voyez si tout souvenir des services passés n'est pas éteint dans l'esprit de M. Buloz. De cette affaire dépend tout l'avenir entre lui et moi. Je juge les hommes une bonne fois et tout est dit.
J'irai vous chercher, mon ami. J'irai causer avec vous de cela et de tant d'autres choses pour lesquelles j'ai besoin de vos conseils et de votre amitié. Votre amitié est encore un des meilleurs endroits de ma vie. Je n'y songe jamais qu'avec attendrissement. Je relisais l'autre jour les Consolations. Où est-il ce beau passé? Ce qui ne passe pas. c'est un souvenir comme le vôtre dans un cœur comme le mien. Adieu, croyez bien que je n'ai jamais été plus dvjm d'être aimé de vous.
lîjuin [1833].
L'amitié que j'ai pour vous, vous le savez, mon cher Sainte-Beuve, est en dehors de toutes les questions littéraires ou politiques du monde. Sans doute, ce serait un grand bonheur pour moi de savoir, sur tous ces problèmes de l'art dont la- solution occupe ma vie, votre pensée en harmonie avec la mienne, comme autrefois. Mais qu'y faire? nous flottons tous plus ou moins. Ce qui ne flotte et ne varie pas en moi, c'est mon admiration pour ce que vous faites et ma tendresse pour ce que vous êtes.
Vous voulez que nous dînions ensemble. Ce sera une vive joie pour moi et je vous dirai mille choses. Je vous écrirai le premier jour que j'aurai de libre.
Je vous serre la main. A bientôt.
•0 août [1833J.
J'irai vous voir un de ces jours, mon cher Sainte- Beuve, j'ai besoin de vous parler, j'ai besoin de vous dire ce que je viens de dire à quelqu'un qui me rapportait, sans malveillance d'ailleurs, de prétendues paroles froides.de vous sur moi. J'ai dit que cela n'était pas, que vous saviez bien que vous n'aviez pas d'ami plus éprouvé que moi, ni moi que vous, que notre
LETTRES A SAINTE-BEUVE
amitié était de celles qui résistent à l'absence et aux bavardages, et que j'étais à vous comme toujours du fond du cœur. J'ai dit cela, et puis je me mets à vous écrire, atin qu'il ne s'introduise rien à notre insu entre nous, et qu'il ne se forme pas la moindre pellicule entre votre cœur et le mien.
A bientôt. Je vous serre la main. J'ai toujours bien mal aux yeux, et je travaille sans relâche.
Victor.
Î2 août [1833].
Je veux vous écrire sur-le-champ, sur l'impression de votre -lettre. Je devrais peut-être attendre un jour ou deux, mais je ne pourrais. Vous connaissez bien. peu ma nature, Sainte-Beuve, vous m'avez toujours cru vivant par l'esprit, et je ne vis que par le creurs Aimer, et avoir besoin d'amour et (l'amitié, mettez ces deux mots sur qui vous voudrez, voilà le fond heureux ou malheureux, public ou secret, sain ou saignant, de ma vie, vous n'avez jamais assez reconnu cela en moi. De là plus d'une erreur capitale dans le jugement bienveillant d'ailleurs que vous portez sur moi. Vous secouerez même peut-être la tête à ceci. Cela est bien vrai pourtant. Vous m'écrivez une longue lettre, mon pauvre et bon ami, pleine de détails littéraires et de petits faits grossis par l'éloignement qui s'évanouiraient et nous feraient rire tous les deux après une demiheure de causerie. J'en suis tellement convaincu que je suis sûr que vous en conviendrez vous-même après deux minutes de réflexion et que je ne m'y arrête pas. Je vous l'ai déjà écrit une fois, je crois, Sainte-Beuve, il n'y a pas de question littéraire entre nous. Il y avait un ami et un ami. Rien de plus et rien de moins. J'avoue que l'absence a produit sur nous deux des effets inverses. Vous m'aimez moins qu'il y a deux ans, moi je vous aime plus. En y réfléchissant, on voit que c'est tout simple. C'est moi qui étais le blessé. L'oubli lent et graduel de part et d'autre des faits qui nous ont séparés tourne pour vous dans mon cœur et contre moi dans le vôtre. Puisque la vie est ainsi faite résignons-nous.
Tout était encore tellement adhérent à vous de mon côté que votre lettre, en m'annonçant que je n'ai plus en vous un ami, me laisse tout à vif et tout déchiré. La I plaie saignera longtemps. Adieu. Je suis toujours à vous du fond du cœur. Ma consolation dans cette vie sera de n'avoir jamais quitté le premier un cœur qui m'aimait.
Boulanger ne m'avait rien dit. Je vous l'aurais nommé.
24 août [1833J.
Mon ami, merci de votre lettre. Merci même de la première puisqu'elle me vaut la seconde. Vous ne savez pas quel mal vous m'aviez fait et quel bien vous me laites. Mon Dieu! que ne peut-on voir le fond de mon cœur, qui est à vous plus que jamais. L'absence ne tue aucune effusion chez moi, l'amitié pas plus que l'amour. Je croyais que vous le saviez. Il y a douze ans, dixhuit mois de séparation n'avaient rendu chez moi l'amour que plus religieux et plus profond. Mon cœur n'a pas changé. Je suis encore l'homme obstiné en tout, qui aime même sans voir. Je souffre, mais j'aime. — Croyez-vous que je n'aie pas bien souffert à votre endroit depuis deux ans? Vous vous êtes souvent mépris chez moi à un certain calme extérieur.
Ce que vous désiriez, je le désirais bien aussi, allez 1 Nous dioerons ensemble une fois la semaine. Nous ne laisserons aucune poussière s'amasser sur nos souvenirs et sur nos autels cachés. Merci mille fois de ce que vous me dites pour Charles. Nous en causerons. Je sens tout ce qu'il y a de vrai et de profond et de louchant dans votre offre, et ce serait un beau titre pour cet enfant. Mais vous concevez les obstacles. En tout cas, que la chose se fasse ou non, elle me va au cœur. Merci mille fois. Vous me faites du bien, vous me rendez un ami, et quel ami!
J'ai besoin de vous aimer et de me savoir aimé de vous. Cela est entré dans ma vie.
J'ai une pièce à finir et à livrer sous dédit d'ici au 1er septembre. Vous savez comme le travail me tient, quand il me tient; il faut donc que je finisse. Après quoi j'irai vous trouver ou je vous écrirai pour vous demander un jour de causerie et d'effusion. Je suis allé vous voir, il y a quelque temps. L'avez-vous su? Oh! Sainte-Beuve, deux amis comme nous ne doivent jamais se séparer. Ils font une chose impie. Je suis bien profondément à vous, allez!
58 août [1833].
Je veux seulement vous dire, mon ami, que je travaille, que je pense à vous, que je suis à vous du fond du cœur.
A bientôt. Aimez-moi.
Je vous écris de la campagne, mon ami, mais je serai à Paris lundi prochain, 7. Plusieurs de nos amis me demandent ma pièce. Je la leur lirai à sept heures du soir, place Royale. Voulez-vous en être? Vous serez bien reçu du fond du cœur. Ce sera une soirée qui nous rappellera des jours plus heureux.
Je vous serre la main. Nous choisirons, ce jour-là, le jour que vous me demandez pour dîner ensemble.
Votre vieil ami,
Victor.
21 octobre [1833].
Merci, mon ami, de vos deux bonnes petites lettres. Je ferai en sorte que tout ce que vous désirez soit fait. On n'aura qu'à envoyer au théâtre la veille de la représentation. Nous dînerons ensemble le jour que vous voudrez.
Je vous aime du fond du cœur.
Victor.
Le jour que vous voudrez, mon ami, dimanche excepté. Indiquez-moi le jour seulement deux ou trois jours d'avance, et l'heure précise, et le lieu où je vous trouverai. Je serai heureux de vous voir et de causer avec vous. Je m'abriterai près de votre amitié pendant quelques instants.
Victor Hugo.
Renduel vous a-t-il remis votre Marie Tudor?
[4 février 1834].
Mon ami, Il faut être bien sûr des droits que donne une amitié
comme la nôtre pour vous écrire ce que j'ai sur le cœur en ce moment. Mais j'aime encore mieux cela que le silence qui peut se mal interpréter. — J'ai lu votre article, qui est un des meilleurs que vous ayez jamais écrits, et il m'en est resté, comme de notre conversation de l'autre jour chez Gùttinguer, une impression pénible dont il faut que je vous parle. J'y ai trouvé, mon pauvre ami, (et nous sommes deux à qui il a fait cet effet), d'immenses éloges, des formules magnifiques, mais au fond, et cela m'attriste profondément, pas de bienveillance. J'aimerais mieux moins d'éloges et plus de sympaihie. D'oùcelavient-il?Est-ce que nous en sommes là? Interrogez-vous consciencieusement, et dites-moi si j'ai raison. Si j'ai tort, dites-le-moi aussi, et aussi durement que vous voudrez. Je serais si heureux que vous me prouvassiez que j'ai tort.
Avant de clore cette lettre, j'ai voulu relire pour la quatrième fois votre article, et mon impression m'est restée. Victor Hugo est comblé, Victor Hugo vous remercie, mais Victor, votre ancien Victor, est affligé.
Je vous serre bien la main.
7 février [1834].
Je voudrais vous avoir là pour vous prendre la main. Votre lettre est bonne. Je vous remercie, mon ami. J'ai à peine le temps de vous écrire quatre lignes, mais je ne veux pourtant pas laisser ce jour finir sans vous dire que vous allez me faire passer une bonne nuit.
Mardi soir 1e* ;
Il y a tant de haines et tant de lâches persécutions à partager aujourd'hui avec moi, que je comprends fort bien que les amitiés, même les plus éprouvées, renoncent et se délient. Adieu donc, mon ami. Enterrons chacun de notre côté, en silence, ce qui était déjà mort en vous et ce que votre lettre tue en moi. Adieu.
LETTRES AUX ENFANTS
A Léopoldine.
tampes, 19 août 1334.
Bonjour, ma poupée, bonjour, mon cher petit ange. Je t'ai promis de l'écrire. Tu vois que je suis de parole.
J'ai vu la mer. J'ai vu de belles églises. J'ai vu de jolies campagnes. La mer est grande, les églises sont belles, les campagnes sont jolies; mais les campagnes sont moins jolies que toi, les églises sont moins belles que ta maman, la mer est moins grande que mon amour pour vous tous.
Ma poupée, j'ai donné bien des fois, en pensant à vous, mes petits, des sous à de pauvres enfants qui allaient pieds nus au bord des routes. Je vous aime bien.
Encore quelques heures, et je t'embrasserai sur tes deux bonnes petites joues, et mon grand Chariot, et ma petite Dédé qui me sourira, j'espère, etmonToto bienaimé.
A bientôt, ma Didine. Garde toujours cette lettre. Quand tu seras grande, je serai vieux, tu me la montreras, et nous nous aimerons bien; quand tu seras vieille, je n'y serai plus, tu la montreras à tes enfants, et ils t'aimeront comme je t'aime. — A bientôt.
Ton petit papa,
Amiens, 3 août 1*35.
Je t'écris sur de bien vilain papier, ma Didine, mais je voudrais y mettre tant de jolies choses que ce vilain papier devînt charmant pour toi.
J'espère que tu a3 été bien sage, bien douce, bien tranquille, bien bonne avec la mère qui est si bonne.
En attendant que je te revoie, il faut que tu me remplaces près d'elle, et que tu lui tiennes lieu aussi de tous les autres chers petits enfants qui sont tristes à Paris, pendant que tu es heureuse à Angers.
Quand tu les reverras, tu embrasseras pour moi Chariot sur ses deux bonnes joues, Toto sur le front et Dédé sur sa jolie petite bouche.
Je t'aime bien, ma Didine.
Ton petit papa,
Du Tréport, 6 août 1835
Merci de ta bonne petite lettre, ma poupée; je serai bien heureux le jour où je t'en remercierai sur tes deux joues.
Je suis au bord de la mer; c'est bien beau, mais si tu étais dessus avec ta mère et les autres petits, cela, à côté de vous, me paraîtrait bien laid.
Je suis charmé de l'histoire des vaches qui ont donné à boire à ton grand-papa. Je te dirais bien de les embrasser de ma part, mais tu ne les as plus là sous la main.
Adieu, à bientôt, ma Didinette; écris-moi, et dis à ta maman qu'elle te donne un baiser et la somme de di> sous.
Ton petit papa,
LETTRES AUX EXFANTS
Bonjour, ma Didine. Bonjour, ma poupée. Je t'écris de Rennes. Il est cinq heures du matin. C'est jeudi, un jour de congé. Voilà deux nuits que je roule, secoue comme une bouteille qu'on rince. Aujourd'hui, je verrai la mer.
Je t'embrasse, et mes trois autres bons petits bijoux
A bientôt.
Ton petit papa.
J'arrive dans cette ville au bruit des carillons. C'est la fête de la Vierge. Je te la dédie, mon enfant.
Je n'ai pas voulu, ma Didine bien-aimée, laisser passer ce jour sans t'écrire. Je ne passe pas de jours, je ne passe pas d'heures sans penser à toi.
Ta mère, toi, tes frères, ta chère petite sœur, vous êtes toujours présents à ma pensée et mêlés à moi dans un même amour.
As-tu reçu mon petit griffonnage de l'autre fois? T'a-t-il fait plaisir, ma Didine? Garde-le pour l'amour de moi.
Garde surtout la candeur et la bonté de l'âme, le respect de Dieu et de ta mère, la simplicité de l'esprit et le désir perpétuel de bien faire : c'est ainsi que lu pourras, comme ta mère, avoir un jour tout à la fois la vertu de la femme et l'innocence de l'enfant.
J'ai traversé pour venir jusqu'ici de bien beaui paysages verts et fleuris qui me parlaient de Dieu; moi je leur parlais de toi, je leur parlais de vous tous, mes bien-aimés qui êtes là-bas.
Embrasse pour moi tous ceux que j'aime autour de toi, en commençant par ta mère.
Toa petit père,
Étaplcs, près Boulogne-sur-Mer, 3 septembre, 9 heures du soir [1837].
J'ai passé Dunkerque, j'ai passé Calais, j'ai passé Boulogne-sur-Mer, ma Didine bien-aimée, et j'ai déjà
relu hier, des fois tes deux gentilles petites lettres, ainsi que celles de tes frères et de ta bonne mère, si aimée et si digne de l'être. Ton grand-père aussi m'a écrit de bien charmantes lignes. Embrasse-le bien pour cela, et n'oublie pas ma Juju. Je viens de me promener au bord de la mer en pensant à toi, mon pauvre petit ange. J'ai cueilli pour toi cette fleur dans la dune. C'est une pensée sauvage qu'a arrosée plus d'une fois l'écume de l'océan. Garde-la pour l'amour de ton petit père qui t'aime tant. J'ai déjà envoyé à ta mère une fleur des ruines, le coquelicot de Gand; voici maintenant une fleur de la mer. Et puis, mon aDge, j'ai tracé ton nom sur le sable : Didi. La vague de la haute mer l'effacera cette nuit, mais ce que rien n'effacera, c'est l'amour que ton père a pour toi.
J'ai bien des fois songé à toi, chère enfant. A chaque belle ville que je voyais, je t'aurais voulue là, et ta mère, et tes frères, et ton grand-père aussi pour nous expliquer tout. Tout le jour je regardais les églises et les peintures, et puis, le soir, je regardais la ciel, et je songeais encore à toi, ma Didine, en voyant cette belle constellation, ce beau chariot de Dieu, que je t'ai appris à distinguer parmi les étoiles.
Vois, mon enfant, comme Dieu est grand, et comme nous sommes petits : où nous mettons des taches d'encre, il pose des soleils. C'est avec ces lettres-là qu'il écrit. Le ciel est son livre. Je bénirai Dieu si tu sais toujours y lire, ma Didine. Et je l'espère.
Quant aux belles villes que j'ai vues, je te les dirai. En attendant, voici qui t'en donnera l'idée à peu près Comme l'autre dessin donne l'idée de la Grande-Ourse. Suppose que mon dessin brille, et tu croiras voir ce que j'ai vu.
Dans quelques jours, mon enfant, du 10 au 15, je serai à Paris. Oh '. ce sera une grande joie de t'embrasser et vous tous! En attendant, donne un baiser pour moi à Chariot, à Toto et à Dédé. Vous êtes tous mes bienaimés. Je t'embrasse bien tendrement, et ta mère à qui j'écrirai demain.
Ton petit père,