A LÉOPOLDINE
Pour ma Didine bien-aimde.
Merci de ta charmante pelite lettre, ma Didine. Elle m'a été au Tond du cœur. J'ai vu avec joie que tu aimes ton pure comme il t'aime et que tu sens les belles choses comme lui. Tu as de mon sang dans les veines.
Écris-moi le plus que tu pourras, mon cher petit ange. J'aurai peut-être besoin plus d'une fois de ce rayon de soleil.
Tu as vu les bords de la Seine; moi je vais voir les bords du Rhin. C'est encore plus beau. Quelque jour, je t'y conduirai.
Pense à moi, chère enfant, et embrasse pour moi mon Chariot, mon Toto et ma Dédé. Vous êtes cinq là-bas qui remplissez mon cœur.
Ton petit père,
Victor H.
J'ai été un peu malade, mais je suis rétabli. Mes amitiés les plus tendres à M. Vacquerie.
Épernay, 2T août, midi [1838].
Je t'écris en hâte quelques mots, ma Didine, la poste va partir. Je serai demain soir 28 à Paris, à 8 heures, et je vous embrasserai tous, j'espère, aprèsdemain. Recommande bien à ta bonne mère de faire tout ce que je lui ai écrit pour Joly et pour que je trouve une bonne à la maison.
J'ai vu Reims, et, au lieu d'une grande description, je t'en envoie un petit portrait. Je pense que tu aimeras autant cela. Dis à mon Chariot, à mon Toto et à ma Dédé que je leur ferai à chacun une image à Paris.
Je t'embrasse bien tendrement, ma poupée, ainsi que ta mère bien-aimée et tous les sorciers. Embrasse pour moi ton grand-papa qui est aussi ton bon papa.
A bientôt. A. après-demain.
Ton petit père,
Pour ma Didine.
Stockach, 19 octobre [IS3S].
Je t'écris quelques mots en même temps qu'à ta mère, ma Didine bien-aimée, et je te prie de m'écrire comme elle une bonne petite lettre à Forbach, poste restante. Ecris-moi sitôt ce billet reçu.
As-tu lu ce que j'ai écrit sur la cathédrale de Mayence? Je songeais à toi, mon ange, en visitant cette belle église, et aux récits que je t'en ferais le soir à notre coin du feu de la place Royale. Je t'envoie sous ce pli le papier sur lequel je prenais des notes pendant cette visite. Ce n'est qu'un gribouillis illisible. Mais garde-le toute ta vie pour l'amour de moi. C'est un souvenir que je te donne.
La poste va partir, et j'ai à peine le temps de finir cette page. A bientôt, ma Didine bien-aimée. Embrasse mes fils chéris pour moi. Dans une douzaine de jours je vous reverrai tous et je vous embrasserai. Quelle joie, cher ange! II me semble que je ne vous ai pas vus depuis un an. A bientôt. Pense à ton petit père, ma bien-aimée petite fille. Et écris-moi.
Mardi, 25 juin, 8 h. du soir [1839].
Je te réponds tout de suite, chère enfant, afin que cette lettre t'arrive avant ton départ. Ton petit billet m'a fait bien plaisir. Tu t'amuses, tu es contente, cela suffit à tes parents, ma fille; nous te sentons heureuse, nous sommes heureux.
Il ne faut pas t'étonner si ta bonne mère ne t'a pas écrit. Elle est bien occupée, tu le sais. Elle a toute la maison à tenir, et elle passe tous les jours quatre heures à faire travailler ce pauvre ange de Dédé.
Remercie bien en notre nom l'excellenle Mme Chaley et toute sa famille pour les bontés dont tu as été comblée. Moi je te remercie d'avoir copié ces vers. J'ai pris quelques heures aux promenades, aux jeux, aux causeries sous les arbres; mais puisque cela ne t'a pas ennuyée, je suis content. Cela t'a fait penser à ton père qui n'a besoin de rien pour penser à toi.
A jeudi, ma Didine bien-aimée. Tu vas nous revenir et cette idée remplit la maison de joie. A jeudi, mon ange.
Ton bon père,
LEi'TRES AUX ENFANTS
Marseille. 3 octobre [1S39].
J'ai lu tes deux bonnes lettres, ma Didine, et elles m'ont donné bien de la joie. Tout ce que je vois, le beau ciel, les belles montagnes, la belle mer, tout cela n'est rien, vois-tu. Ma cheminée, mon vieux canapé bleu et vous tous sur mes genoux, cela vaut mieux que les Alpes et la Méditerranée. Je le sens bien profondément en ce moment où je suis seul lisant tes chères petites lettres avec les larmes aux veux.
Dans une quinzaine de jours, du lo au 20. je vous reyerrai, je vous embrasserai, nous en aurons pour longtemps à être ensemble et je serai bien heureux.
Vois-tu, chère fille, on s'en va, parce qu'on a besoin de distraction, et l'on revient, parce qu'on a besoin de bonheur.
Continue d'être bonne et douce et de faire ma joie. Sois attentive et tendre avec ton excellente mère. Elle vous aime tant et elle est si digne d'être aimée!
Toutes les nuits je regarde les étoiles comme nous faisions le soir sur le balcon de la place Royale et je pense à toi, ma Didine. Je vois avec plaisir que tu aimes et que tu comprends la nature. La nature, c'est le visage du bon Dieu. Il nous regarde par là, et c'est là que nous pouvons lire sa pensée.
Au moment où cette lettre te parviendra, vous serez sur le point de partir pour Paris. Peut-être même serez-vous déjà partis. Moi aussi, dans quelques jours, je vais commencer mon mouvement de retour. Je laisserai derrière moi le beau temps et le beau soleil, mais devant moi je t'aurai, ma Didine bien-aimée, je vous aurai tous. Toute ma vie est dans vous. Je t'embrasse, chère enfant.
Ton bon petit père,
de Baden avec la porte de la ville. J'espère que vous serez tous contents, et puis j" ferai d'autres dessins en arrivant à ceux qui se trouveraient les moins bien partagés. Le mieux partagé encore, c'est moi, puisque je sens plus que vous la joie que je vous donne.
Les montagnes qu'il y a derrière le clocher de Strasbourg, ce sont les montagnes de la Forêt-Noire.
Je suis ici dans un lieu admirable où j'étais venu voir la prison du Masque de fer. J'ai vu aussi le golfe Juan où Napoléon a débarqué en 1815. Après-demain je pars pour Paris. J'y serai le 18 ou le 19. Embrasse bien pour moi ta bonne mère bien-aimée. Dis-lui que je compte sur une lettre d'elle à Chalon-sur-Saône. J'ai là une grosse lettre commencée pour elle. Vos dessins m'ont empêché de la linir. Elle la recevra bientôt.
Mon Chariot, te voilà rentré en classe. Travaille bien, sois un bon élève comme tu es un bon garçon, et aime bien ton père qui pense toujours à toi. Je t'écrirai dans la prochaine lettre que j'écrirai à ta mère.
A bientôt, mon Chariot chéri.
A bientôt, mon Toto. Depuis treize jours je vis sur la mer. J'ai appris à gouverner une barque à voiles, à faire des nœuds droits, des nœuds de garcette, des nœuds d'hirondelle, etc. Je te montrerai tous mes talents à Paris. Te voilà au collège; travaille bien aussi toi, mon bijou.
Ma Dédé, je t'aime. Tu aimes bien aussi ton papa, n'est-ce pas? J'ai voulu ramasser ici des coquillages pour toi; mais je n'ai rien trouvé. Il n'y a que du sable. C'est absurde.
Je reviens à toi, ma Didine. Rends ta mère heureuse et aime-moi, mun ange.
Écris-moi tout de suite à Chalon-sur-Saône, poste restante
Cannes, S octobre [1839].
Voici quatre dessins pour vous quatre, ma Didine. Je t'envoie à toi la cathédrale de Strasbourg pour faire pendant à celle de Reims ; à mon Chariot, une vue d'une vieille tour magnifique qui est à deux lieues d'ici au milieu de la mer dans l'île Saint-Honorat (j'ai mis l'histoire de la tour à côté du dessin); à mon Toto une vue d'un faubourg de Bâle, prise de la place de la cathédrale, et à ma Dédé quelques jolies maisons
A bientôt, maman; à bientôt, mun Adèle. Écrivezmoi une bonne lettre, une bien bonne lettre. Je vous aime et je vous aimerai plus encore si vous me faites lire de douces et tendres paroles dont j'ai besoin.
Pour le loyer, prévenez M. Bellanger que je le paierai à mon retour le 18 ou le 19.
Embrasse-moi, mon Adèle, et sois heureuse si tu m'aimes, car je suis à toi du fond du cœur.
Je vous embrasse tous, mes bien-aimés.
Votre père,
Les dessins sont tjus les uns dans les autres. Il faut les défaire avec précaution.