‹ Lettres à la fiancée, 1820-1822 (volume 2)Chapitre 35 sur 42 · I.e court de Michelet, au Collège de France, ira i · texte numérisé non relu

I.e court de Michelet, au Collège de France, ira i

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Je vous envoie ma protestation; je voudrais l'envoyer à toute cette noble et généreuse jeunesse qui vous aime et vous admire.

Je vous félicite d'être persécuté pour la sainte cause de la Révolution française et de l'intelligence humaine.

A Madame Chapman.

Madame,

Vous voulez bien croire que ma parole, dans cette auguste cause de l'esclavage, ne serait pas sans influence sur ce grand peuple américain que j'aime si profondément et dont les destinées, daDS ma pensée, sont liées à la mission de la France. Vous voulez que j'élève la voix. Je le fais tout de suite et je le ferai en toute occasion.

Je n'ai presque rien à ajouter à votre lettre. Je la signerais à chaque ligne. Poursuivez votre'œuvre sainte. Vous avez avec vous toutes les grandes âmes et tous les bons cœurs.

Il est impossible, je le pense comme vous, que dans un temps donné, dans un temps prochain, les États- Unis d'Amérique ne renoncent pas à l'esclavage. L'esclavage dans un tel pays ! Y a-t-il contresens plus monstrueux? C'est la barbarie installée au cœur d'une société qui, tout entière, est l'affirmation de la civilisation. La liberté portant une chaîne, le blasphème sortant de l'autel, le carcan du nègre rivé au piédestal de la statue de Washington ! C'est inouï. Je dis plus : c'est impossible.

C'est là un fait qui se dissoudra de lui-même. Il suffit pour qu'il se dissolve de la clarté du dix-neuvième siècle.

Quoi I l'esclavage à l'état de loi chez cette illustre nation qui prouve depuis soixante ans le mouvement parla marche, la liberté par la prospérité! l'esclavage aux États-Unis ! Il est du devoir de cette grande République de ne pas donner plus longtemps ce mauvais exemple. C'est une honte ! et elle n'est pas faite pour baisser le front ! Ce n'est pas quand l'esclavage s'en va de chez les vieux pays, qu'il peut être recueilli par les jeunes nations. Quoi ! l'esclavage s'en irait de Turquie et il resterait en Amérique ! Quoi ! on le chasse de chez Mustapha et on l'adopterait chez Franklin I .Non : Non ! Non !

Il y a une logique inflexible qui développe plus ou moins lentement, qui façonne, qui redresse, selon un mvstérieux modèle aue les grands esprits entrevoient

et qui est l'idéal de la civilisation, les faits, les hommes, les lois, les mœurs, les peuples ; ou, pour mieux dire, sous les choses humaines il y a les choses divines. Que tous les cœurs généreux se rassurent 1

Il faut que les États-Unis renoncent à l'esclavage, ou il faut qu'ils renoncent à la liberté. Ils ne renonceront pas à la liberté ! Il faut qu'ils renoncent à l'esclavage ou qu'ils renoncent à l'évangile. Ils ne renonceront pas à l'évangile !

Recevez, Madame, avec mon adhésion la plus vive, l'hommage de mon respect.

A Monsieur Parlarrieu-Lafosse, Président de la Cour d'assises.

Monsieur le Président,

Mon fils Charles Hugo est cité à comparaître devant la Cour d'assises présidée par vous, mardi 10 juin, sous l'inculpation d'outrage au respect dû aux lois, à propos d'un article sur l'exécution du condamné Montcharmont.

Mon fils désire être défendu par moi et je désire le défendre.

Aux termes de l'article 295 du Code d'instruction criminelle, je vous en demande l'autorisation.

Recevez l'assurance de ma considération distinguée .

A Dro/ferio.

Paris, 7 août 1851.

Cher et éloquent confrère,

J'ai bien tardé à vous répondre; mais vous savez quelles tempêtes nous avons traversées. La république, la démocratie, la liberté, le progrès, tous les principes et toutes les réalités du dix-neuvième siècle ont été remis en question, le mois passé. Il a fallu, huit jours

durant, défendre cette grande brèche et repousser l'assaut furieux du passé se ruant sur le présent et sur l'avenir.

Dieu aidant, nous avons vaincu. Les vieux partis ont reculé, et la révolution a fait en avant tous les pas qu'ils ont fait en arrière. Vous savez déjà toutes ces bonnes nouvelles, mais c'est une joie pour moi de vous les redire, à vous, Brofferio, qui portez si haut et si

fièrement le drapeau du peuple et de la liberté dans le Parlement du Piémont.

Cher collègue, — car nous sommes collègues : outre le mandat de nos patries, nous avous le mandat de l'humanité, — cher et éloquent collègue, je vous remercie pour le courage que vous me donnez, je vous félicite pour les progrès que vous accomplissez, et je serre vos deux mains dans les miennes.

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