‹ Lettres à la fiancée, 1820-1822 (volume 2)Chapitre 39 sur 42 · MORT DE MADAME VICTOR HUGO · texte numérisé non relu

MORT DE MADAME VICTOR HUGO

A Madame Chenay .

Bruielies, S7 août, 7 heures du matin [1S68J.

Ma pauvre Julie, ta sœur est morte. Cette chère bien-aimée nous a quittés.

Le 24, elle était admirablement bien, elle faisait avec nous gaiment le tour de Bruxelles en calèche. Avanthier, 25, elle a eu une attaque; hier, 26, le docteur \llix, averti par le télégraphe, est arrivé. Consultation des médecins ; le soir un peu d'espoir; ce matin, à six heures et demie, elle est morte. Je t'écris navré. Dieu recevra cette âme douce et grande dans la lumière. Elle a maintenant des ailes. Nous, nous pleurons.

Je suis accablé.

Je t'embrasse bien tendrement, chère petite sœur. Nous t'embrassons tous. Hélas ! tu vas pleurer aussi !

A Auguste Vacquerie.

Bruxelles, 1" septembre 1S68.

Vous êtes admirable comme toujours, et vous avez tout bien fait. Remerciez votre famille qui, par tant de points charmants et douloureux, est la mienne. J'ai eu cinq nuits d'insomnie, j'ai les yeux brûlés. Les exquises paroles de Meurice* me les ont soulagés en me faisant pleurer. Tout ce que vous dites sera fait. Vous allez bientôt avoir de la gloire, cela me consolera. Je vous aime bien.

Allez pour moi, sitôt cette lettre reçue, baiser à genoux les trois tombeaux.

• Sœur de Mme Victor Hugo.

•• Au cimetière de Yilleqnisr.

A Paul Meurice.

Bruxelles, !«* septembre.

Meurice, mon doux et noble ami, je lis vos adorables adieux à cette chère morte, et voici mes larmes qui recommencent. Cela ne coulait plus, et m'étouffait.

Vous me faites pleurer. Merci.

A Victor Pavie.

3 septembre [1368].

J'ai le cœur navré; je sens que vous m'aimez toujours un peu; j'entends votre voix comme la voix de mon passé et de ma jeunesse, doux et sombre appel.

Je suis vieux, j'irai bientôt où est cette grande âme qui vient de partir.

A Théodore de Banville.

3 septembre [1863].

Mon doux et cher poète, vous savez dire les grandes et bonnes paroles. Je souffre, et votre serrement de main me fait sentir qu'on m'aime, et que je vis.

A Monsieur E. Mangin, rédacteur en thef du Phare de la Loire.

Hanteville-House, 18 novembre 1868.

Cher confrère,

Y tenez-vous ? Voici la vérité sur mes 78.000 francs de rente. Je dis volontiers mes affaires à vous qui êtes un ami.

Après toutes les pertes qu'entraîne l'exil, voici quelle était ma situation, fin août dernier, lors de la reddition de comptes dont parle votre correspondant :

J'ai :

1° En Belgique, 300 actions de la Banque nationale, revenu variable, au maximum 35.000 fr.

2° En Angleterre, je n'ai pas encore, mais j'aurai en avril prochain (emploi de la vente de mes derniers manuscrits), consolidés anglais, 425,000 francs. Revenu.. . 12.500»

3" En France. Institut 1-000 »

4° Hauteville-House; le logement, pas de revenu; je paie loyer à Bruxelles »

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