CHATEAUBRIAND ET MÉRIMÉE
au contraire aimeront mieux négliger telle ou telle particularité trop saillante qui ne sera pas en harmonie avec l’ensemble de l’impression qu’ils veulent produire , et qui, bien qu’exacte, semblerait une faute de ton. Ils se souviennent du précepte :
Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable.
Ils savent au besoin sacrifier les accessoires à l’unité d’intérêt et à la fusion des couleurs.
Mais à la troisième époque, sous prétexte de revenir | à la première , on se met à rechercher ces détails singuliers qui pouvaient se rencontrer naturellement chez les premiers poètes simples qui disaient tout : on croit revenir par cette affectation à plus de vérité, on ne fait que marquer son effort. On manque à l'unité vraie , en voulant à la fois toucher par la passion du récit et piquer l’attention par la curiosité du costume ou du paysage 1 .
Cependant Atala apparaît pour la - première fois à Chactas :
« Une nuit que les Muscogulges avaient placé leur camp sur le bord d’une forêt, j’étais assis auprès du feu de la guerre avec le chasseur commis à ma garde. Tout à coup j’entendis le murmure d’un vêtement sur l’herbe, et une femme à demi voilée vint s’asseoir à mes côtés. Des pleurs roulaient sous sa
4 Cet effort, habilement ménagé, se dissimule d’un air de bonne grâce et de vigueur chez le plus scrupuleux et le plus parfait des peintres modernes en ce genre, M. Mérimée. La singularité du trait exact Joue et contraste à tout instant chez lui avec l’émotion vraie qu’il réussit, au moment voutu, à produire : il en résulte une contradiction piquante et qui sent sa malice. C’est un des secrets de sa rare manière qui est si ferme , si distinguée , si rentrée, et qui excelle à exprimer la réalité, si ce n’est la nature. — Sur le point particulier qui nous occupe, la différence entre M. de Chateaubriand et M. Mérimée est celle-ci : chez M. Mérimée on a la réalité pure, même singulière , mais dans un tissu exactement serré et parfait. Chez M. de Chateaubriand, c’est l’idéal qui se pique par endroits de réalité ; cette réalité est là tranchante et voyante, dressée comme en vedette au haut d’un mât.
paupière; à la lueur du feu un petit crucifix d’or brillait sur son sein. Elle était régulièrement belle; l’on remarquait sur son visage je ne sais quoi de vertueux et de passionné dont l’attrait était irrésistible. Elle joignait à cela des grâces plus tendres ; une extrême sensibilité, unie à une mélancolie profonde, respirait dans ses regards; son sourire était céleste, a»
A propos de ce charmant portrait d’Atala nous avons déjà quelques remarques à faire et du môme genre que celles qui s’appliquent au caractère de Chactas.
Voici donc Atala qui nous apparaît à première vue avec je ne sais quoi de vertueux et dépassionné : il est difficile de dire ce que peut être dans cette circonstance ce je ne sais quoi de vertueux. L’auteur, ou du moins Chactas, assure qu’elle y joignait une extrême sensibil ité qu’il distingue de la mélancolie profonde. Atala est-elle ou n'est-elle pas une Sauvage? Est-elle une personne civilisée? Je sais qu’elle est chrétienne par sa mère, mais il faut convenir qu ’elle l’e st par le vœu et par le désir plutôt gue par l’espri t 1 . Elle dira~d T êIle-meme qü*ëïiftmt elle croissait fière comme une Espagnole et comme une Sauvage. On laisse dire ces choses aux autres plutôt qu’on
Ce Christianisme d’Atala a JSté ^l’objet d’une remarque critique de
Slcau Uu Climat et du Sol des États-Unis (1803), le voyageur philosophe ohserre-que les Sauvages n’ont jamaispris des missionnaires que des pratiques extérieures : «MSÎsTe bon sens grossier de ces hommes ri’JTJSi naîspïPStrptfer ou s’ouvrir à la croyance des dogmes incompréhensibles ; ils allaient à l’office et disaient le chapelet uniquement afin d’avoir le verre d’eau-de-vie et le pain qu’on leur distribuait et dont le don favorisait leur paresse. Je n’ai jamais ouï citer aux États- Unis l’exemple d’un seul Sauvage réellement chrétien : aussi, lorsque cher, nous un auteur préconisé a fondé l’intcrét d’un roman récent sur la dévotion presque monacale d’une Sqwa ou fille sauvagesse , il a manqué A larèglc dc ^ vraisemblances de laquelle naît ce t intérê t ; mais, a’il n’a eu en vue que décliné à un parti ëtf d’arriver FuiTLut, il a parlaitement réussi ; et c’est particulièrement le cas de dire : Tout xhemin mène à Home ! n