‹ Lettres à la Princesse (volume 2)Chapitre 102 sur 194 · ATA1A ET M. VIN ET · texte numérisé non relu

ATA1A ET M. VIN ET

ne les sait dire soi-même de soi. En un mot Atala, pas plus gue Chactas., n’a une physionomie morale, une'et reconnaissable. C’est lin mélan ge d’imprcssum s, d’oïlse rvations déjà raf finées , e t de sent iments qui veulent être primitif s. L e Christianisme en elle est plaqué. M. V neC^comparant ces deux caractères à ceux de Paul et ~dê Virginie, a mis en relief l’infériorité, à cet égard, des deux personnages du poème de M. de Chateaubriand :

« Atala, dit l’excellent critique que nous ne pourrions qu’affaiblir, est l’exagération, je n’ose pas dire la charge de faut et I Virginie. I ci la sa inte . l’ éternelle loi de la pu deur, là Je res pect d’un v œu prononcé par une autre;; ici la mort préférécî l’ombre du mal, là îe suicide, c’est-à-dire un crime réel pré- I venant un crime Ima g inaire*: j’ai le droit de parler ainsi , ' puisque c’est au vœu coupable de sa mère* et non au devoir imprescriptible de la chasteté, que la jeune Indienne offre sa vie en sacrifice. A la lettre, il est vrai qu’Atala elle-même a fait un vœu, mais ce vœu lui a été arraché par la violence. L’intérêt du dénoiiment. est, préparé^ dans Paul et Virginie parTaTmable histoire de. leur en fanc e et de leurs amours; 09 les connaît l’un et l’autre ; on a vécu avec eux fdiararrA'cux a un caractère, une physionomie morale. Chactas et, Atala n’en ont p oint, n on pas même celle de leur pairie; sïïs sont trop sauvages pour des pro sélytes de la civilisation, ils sont trop civilisés pour dps sauvages; leur langage mêle constamment et sans aucune mesure la naïveté des races primitives aux idées abstraites et générales des Européens du xix e siècle. Cette même Atala qui dit, en parlant de sa mère : « Ensuite « le chagrin d’amour vint la chercher, et elle descendit dans « la petite cave garnie de peaux d’où l’on ne sort jamais, » elle dira plus tard : « Sentant une Divinité qui m’arrêtait dans « mes horribles transports , j’aurais désiré que cette Divinité « se fût anéantie, pourvu que, serrée dans tes bras, j’eusse « roulé d’abîme en abîme avec les débris de Dieu et du monde.» Chactas dit quelque part « qu’il avait désiré de dire les choses « du mystère à celle qu’il aimait déjà comme le soleil, » et que « le Génie des airs secouait sa chevelure bleue, embaumée

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« de la senteur des pins; » à la bonne heure, quoiqu’il soit étrange que l’homme qui a conversé avec Fénelon et qui reproduit si fidèlement le langage du Père Aubry, puisse encore s’exprimer ainsi : qu’il soit donc sauvage tant qu’il lui plaira ; mais qu 'après avoir parlé de « la chevelure bleue do ci. Génie des airs, » il ne vienne pas nous dire, en parlant d’Atala, « qu’on remarquait sur son visag e.jp ne sais quoi de yeç- « tueux et de passionné, dont l’attrait était irrésistible; qu’elle « joignait à cela des grâces plus tendres, et qu’une extrême « sensibilité, unie à une mélancolie profonde, respirait dans « ses regards; » surt o ut qu UUe garde.bien d e dire a u missio nnaire : « Périsse le Dieu qui contrarie la nature ! » Les hommes de la nature, comme on 'les appelle , n'e parlent guère de la nature; ce mot n’existe pas pour eux; c’est à peine s’il existait pour les Français du siècle de Louis XIV dans le sens que lui donne Chaetas 1 . » ' . '

M. Vinet remarque encore très-justement que les détails qui nous sont présentés dans le roman sur le caractère et sur les actions d’Atala ne répondent pas à l’idée compliquée qu’en veut donner Chaetas : « C’est ainsi que cedernier nous parle de Y élévation de Tdmed’Atala dans les grandes choses , et de sa susceptibilité dans les petites; c’est ainsi qu’Atala elle-même, aulit de mort, s’accuse d’avoir beaucoup tourmenté Chaetas par son orgueil et par ses caprices. » C’est là , disait l’abbé Morellet, la confe ssio n d'une c oque tte très-c ivilisée. Ce sont du moins des nuanças qui appartiendraient à un caractère de femme du monde, à un personnage de roman européen; mais on se demande en quoi l’Indienne Atala a pu prêter à ces éloges ou à ces reproches, et comment même son amant ou elle ont pu en concevoir l’idée si pleine d’analyse, et cela en. quelques jours de marche dans le désert*. «

1 Éludes sur la Littérature française au XIX e Siècle, tome I, page 267 (1849). .

* En vingt-sept jours , si l’on compte 'depuis leur fuite ; ou bien en

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